Le collectionneur

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Nouvelles, poésies, chansons : textes et musiques... tels sont mes loisirs :) VOUS POUVEZ RETROUVER MES CHANSONS ICI : YouTube : https://youtube.com/user/Conan25036890 J'en ai posté ici aussi  [+]

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Un jour clair et léger, où la chaleur solaire se dispute l’espace avec un petit vent plus que frais.

Le calme

Des enfants parqués dans des écoles.

Des parents sur leur lieu de travail.

Solitaire.

Le pas tranquille, il absorbe paisiblement le chant des oiseaux qui s’interpellent d’un arbre à l’autre.

Se sentir à part.

Maître de ces lieux abandonnés à ses pas.

Un jour hors du temps pour un agenda minuté.

Pas de place au hasard.

D’abord : le calme.

Faire le point.

Se ressourcer une heure ou deux.

Puis se restaurer.

Non pas une vague cantine d’entreprise comme cette masse salariale dont il se sent par bonheur exclu, mais le petit restaurant de quartier, prié et repéré plusieurs jours auparavant.

Digérer, à l’ombre d’un cinéma, unique spectateur d’une salle trop grande et trop climatisée.

Encore un musée, boudé par le public. Errer dans des salles vides d’échos, sous l’œil morne d’autochtones en képi.

Patienter.

Attendre.

Attendre nonchalamment.

Puis plus lourdement.

Fébrilement.

Attendre l’instant.

Guetter le moment.

Le bon...



Et puis la nuit enfin. Après la courte transhumance d’enfants et de parents vers l’étable familiale, le calme à nouveau. 22h30. Le musée ferme ses portes. Les esprits se détendent. L’attention se relâche sous l’impression du devoir accompli et de la promesse d’heures de loisirs prochaines. L’annonce préenregistrée grésille déjà dans les haut-parleurs, marquant la fin d’une journée sans heurts.

Derrière la tenture où il s’est glissé, il entend le cliquetis des trousseaux des gardiens.

Il attend encore un peu.

Trois fois déjà le vigil est passé sous son nez, toujours le même.

Est-il seul ?

Il en a dénombré quatre durant les heures d’ouverture. Combien après ? Moins, il espère !

Ont-ils chacun leur chemin de ronde ?

Ces questions trouveront bientôt leur réponse ; le quatrième passage sonne l’heure.

Il sort son arme, glisse hors de sa cachette juste dans le dos de l’homme et dans l’angle mort de la caméra. Un coup sec sur la nuque, il le retient, l’allonge.

Pas un bruit, pas un cri.

Le calme lisse du lieu.

Bâillon, lien, tout est réglé en un tour de main. Il le déleste de son trousseau et peut maintenant s’occuper sereinement de ce pourquoi il est venu.



20 minutes plus tard, une fenêtre s’ouvre au rez-de-chaussée, l’alarme se déclenche, une forme se penche à l’extérieur, saute sur le trottoir. Puis l’ombre glisse dans la nuit et disparait bien longtemps avant que la première sirène de police ne déchire le silence et les rêves des troupeaux de familles endormies.





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Midi.

Il se recule pour admirer le tableau ; parfaitement éclairé par les rais solaires, il le trouve magnifique.

Sa stéréo entame le troisième mouvement de « L’été » de Vivaldi. Son préféré.

Parallèlement à la musique qui enfle, il sent quelque chose gonfler dans son thorax : une bulle de bonheur, de fierté qui le submerge lorsque son regard embrasse la demi-douzaine d’œuvres qui décorent son salon.

Encore une virée nocturne et sa collection serait au complet. Définitivement ! Après c’est décidé, il raccroche.

Il se dirige vers le petit réfrigérateur, l’ouvre et en sort une bouteille de champagne achetée pour l’occasion. Il fait bruyamment sauter le bouchon, se sert une coupe et face au miroir de l’armoire, porte un toast muet à son reflet. Il trinque avec l’image du verre de son double puis boit d’un trait avant de se resservir une seconde coupe.

« Au prochain tableau ! », lance-t-il à voix haute cette fois avant de vider de nouveau la coupe.

« Un dernier verre et au travail, » ajouta-t-il « il ne s’agit pas de rater ces deux dernières expositions. »

Il but sa troisième coupe, s’habilla et sortit.





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- Nom, prénom, date de naissance et adresse, lance l’inspecteur d’une voix cassante.

Face à lui, sur sa chaise, l’homme esquisse un mouvement lasse du bras.

- C’est la troisième fois que vous me posez cette question...

- Je veux vérifier leur authenticité, coupe l’officier de police.

- Là, c’est moi qui vais douter...

- Que voulez-vous dire ??

- je veux dire que si vous êtes réellement policier vous devez déjà la connaître mon identité et savoir qu’elle est vraie ! répond l’homme d’une voix un peu plus forte.

- hé doucement petit malin ! Pas de ça avec moi ou tes ennuis vont s’aggraver. Et les faits tu les reconnais ?

- Ça dépend lesquels...

- Vraiment un petit comique ! Je veux parler d’effraction d’un musée et vol d’un tableau précieux lui appartenant !!! Tu reconnais les faits ?

- Oh pas la peine de hurler non plus, je reconnais l’effraction, j’aurai du mal à dire le contraire vu que vous m’attendiez. Mais le vol non !

- Ça c’est sûr que nous t’attendions. Pour tout te dire cela fait déjà plusieurs jours que nous te surveillons et te laissons filer en espérant que tu nous conduiras vers des revendeurs. Trois maisons et trois musées pour être précis. En alternance. Mais quand nous avons compris que tu les gardais pour toi, nous sommes venus te cueillir et mettre fin à tes exactions.

L’inspecteur saisit un verre d’eau et le vida d’un trait, puis il reprit, marchant dans le dos de l’accusé en lents aller-retour.

- Alors l’effraction oui mais pas le vol ?! et la toile qu’on a retrouvé pliée dans ton sac, elle est à qui ? Au pape ???

- Non !

- A qui alors, s’énerve l’homme, debout.

- Vous n’allez pas me croire...

- Sois convainquant !!

- Et bien... cette toile est... à moi, lâcha-t-il avec un léger sourire.

L’inspecteur surpris, éclata de rire.

- A toi ?? Ah ahahah ! Mais bien sûr ! On aura tout entendu ici ! Des morts qui se jettent négligemment sur des balles de revolver ou qui tombent sur des couteaux... Mais celle-là on me l’avait jamais faite ! C’est quoi l’histoire, tu es le descendant de l’artiste et le musée t’a volé ? Bon allez, ça suffit. Brigadier ! Ramenez-le en cellule, on verra ça dans quelques heures. On doit aller fouiller chez toi et passer dans les maisons et les musées que tu as dépouillés. Peut-être sera tu plus bavard après quelques heures en bonne compagnie derrière les barreaux.

Le brigadier passa les menottes au prévenu et sortit avec lui. La porte fermée l’inspecteur riait encore.

- A lui ! Elle est vraiment bonne celle-là !





- 4 -



Ils étaient de retour dans le bureau. Même pièce, même inspecteur. Seul l’auxiliaire de police qui était venu le chercher dans sa cellule avait changé. Il faisait nuit. L’autre devait avoir terminé ça journée de travail.

L’inspecteur tenait un sandwich crudités à moitié terminé et une bière était posée devant lui. Le même repas était servi face au « gardé à vue » mais bière comme sandwich étaient intacts. Les deux hommes se dévisageaient en silence depuis quelques minutes.

Lorsque l’officier eut terminé sa dernière bouchée, il se décida pourtant.

- Alors ? Tu as réfléchi ? Tu es prêt à parler ? Et tout d’abord, pour vérifier tes intentions, peux-tu enfin me dire à qui appartient le tableau que tu avais en ta possession ?

En face, l’homme s’agita. Il croisa les bras et soupira en secouant la tête.

- A moi...

- Bon sang ! C’est bon ! Tu ne vas pas me resservir cette soupe à chaque fois !! Nous finirons tôt ou tard par tout savoir, alors accouche !!

L’homme sourit un peu.

- Et que savez-vous au juste ?

- Ne posse pas trop loin le bouchon !! C’est à toi de parler pas à moi, fais attention !

- Vous ne pouvez pas comprendre...

- Oh crois-moi, nous en avons déjà compris pas mal ! Comme je te l’ai dit déjà, cela fait un moment que nous te surveillons, attendant que tu contact un réseau de revendeur, mais rien. Le problème c’est qu’à chaque passage, il ne manquait aucun tableau. Ce qui signifie que tu remplaçais le tableau volé par une copie extrêmement réussie et nous ne pouvions déléguer des experts pour authentifier tous les tableaux de chaque musée. Il nous fallait attendre de te cueillir pour savoir lesquels tu avais escamoté. A l’heure qu’il est, des experts se penchent sur les tableaux à ton domicile. Nous savons donc désormais lesquels tu as volé, et d’autres experts se trouvent dans les musées que tu as attaqués.

Il fit une pose pour regarder les réactions de l’inculpé.

- Tu vois nous en savons plus que tu ne crois désormais, donc, vas-y, soulage ton âme.

Il saisit la bière devant lui et en avala deux gorgées.

Le prévenu décrois les bras, se pencha en avant, appuyant ses mains sur l’assise de son siège, comme s’il voulait créer une espèce d’intimité, d’échange entre eux deux. Il fixa encore un instant le policier, réfléchissant, hésitant... Puis il se racla la gorge et se lança :

- Bien... Je vais tout vous raconter.

- C’est bien, cela sera porté en ta faveur à ton dossier.

- On verra, mais pour l’instant, une seule condition...

- Laquelle ? interrogea l’inspecteur soudain prudent.

- Pas d’enregistrement, pas d’autres oreilles que les vôtres...

Le planton lança un regard à son chef qui lui fit un bref signe de tête pour lui signifier de se retirer.

- Ne vous inquiétez pas. Je ne pense pas qu’il fera de bêtises, ce n’est pas son genre apparemment. N’est-ce pas ? Tu ne feras pas de bêtises ?

L’accusé fit non de la tète et le planton se retira.





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- Bien ! Je t’écoute. Alors ? Cette toile ?

- Je vous l’ai dit, elle est à moi et...

- Si tu...

- Non attendez laissez-moi vous expliquer. Apparemment vous n’avez commencez à me suivre lors de la seconde partie de mon plan. Si vous aviez commencé plus tôt, peut-être auriez-vous pu tomber sur le réseau que vous cherchiez. D’ailleurs, je suis sûr que vous êtes au courant pour mon compte à l’étranger, que vous avez pu y avoir accès et noter de forts versements quelques moi plus tôt.

Le fonctionnaire de police acquiesça :

- Evidemment ! C’est même pour cette raison que nous avons décidé de te faire suivre, pensant que tu en contacterais d’autres. Ça nous a un peu dérouté de voir qu’il n’en était rien et nous t’avons appréhendé.

- Oui je comprends. Donc, j’ai effectivement dérobé les tableaux qui sont chez moi dans les différents musées d’où vous m’avez vu sortir...

- Ah tu reconnais enfin !

- Oui je reconnais, mais je persiste à dire aussi qu’ils sont à moi.

Le policier excédé leva les yeux au plafond.

- Il recommence avec ça...

- Attendez, je n’ai pas fini. Ces tableaux sont à moi car c’est moi qui les aies peints et placés dans ces musées... Lorsque vous m’avez filé, c’était la seconde fois que je pénétrais dans leurs enceintes. Une première fois, pour y voler les vrais tableaux et les remplacer par un faux de ma facture. Je revendais ensuite le vrai, ce qui explique les sommes perçues sur mon compte. Mais j’avais en fait réalisé deux copies de chaque tableau. Vous ne vous êtes pas demandé ce que j’étais allé faire dans ces pavillons d’où vous m’avez vu ressortir ?

L’inspecteur ouvrit la bouche mais aucun son ne franchit ses lèvres. Il blêmissait.

- Je vois que vous commencez à saisir. Je récupérais les vrais tableaux, pour les remplacer par une copie, vrais tableaux qui retournait ensuite dans son établissement d’origine.

L’homme souriait désormais. Il poursuivit devant le mutisme de son interlocuteur. J’ai donc en ma possession, d’authentiques faux auxquels je suis très attaché, une coquette somme qui m’assurera un avenir relativement heureux et... allez quoi ?... une petite accusation d’effraction ?? A laquelle je répondrais par ma passion de la peinture et l’envie de peindre sur place mes copies à la lumière des originaux. Pas d’aveux, pas d’enregistrement, pas de témoin de notre discussion.

L’officier ne pouvait, ne voulait y croire. Il s’énerva.

- Attends mon bonhomme, à supposer que tout ce tissu de mensonges soit vrai !! Tu n’es pas encore tiré d’affaire.

Mais le son de sa voix n’était pas crédible. Il voulu encore se rassurer.

- Attendons l’avis des experts et tu verras si tu t’en tires à si bon compte !

- Nous verrons oui...



On frappa à la porte.

- Quoi !!! Hurla l’inspecteur. Qu’est-ce qu’il y a !!! si ce ne sont pas les résultats des expertises inutile de me déranger !

Le planton passa timidement la tête par l’entrebâillement de la porte.

- Justement inspecteur...

- Justement quoi !!! Il était cramoisi.

- Justement... ce sont les résultats, mais...

- Allons mon garçon, crache le morceau !! S’irrita encore l’officier.

- Et bien... ils sont... comment dire... étranges...

L’inspecteur leva la main ouverte intimant le silence au sous-fifre. Il sembla passer du rouge au vert puis à nouveau au blanc. Et dans un souffle à peine audible :

- Disparais... Laisse –nous...

Il retourna s’asseoir, ouvrit une nouvelle bière, et vida la bouteille d’un trait. Puis il la lança de rage sur le mur d’en face ou elle explosa en centaine de morceaux.

Le planton rouvrit la porte, curieux.

- DEHORS !!!!!!

L’adjoint ne se fit pas prier.

Le prévenu reprit la parole.

- Ne vous énervez pas ainsi inspecteur ou vous ne vivrez pas vieux. Pas assez en tout cas pour profiter de votre promotion...

- Ma quoi ???!! Que...

- Mais oui réfléchissez, vous cherchiez un réseau non ?

- Si mais...

- Vous m’avez vu sortir de pavillons non ??

Le fonctionnaire se redressa, subitement intéressé.

- Oui inspecteur. Où croyez-vous que je sois allé récupérer les vrais tableaux... Si vous êtes assez habile pour ne pas ébruiter mon affaire et faire surveiller quelques temps ces pavillons, je vous prédis un gros coup de filet et dans quelques temps, une promotion.

L’inspecteur regardait l’homme interloqué. Il se leva, marcha vers la fenêtre d’où il contempla les lumières de la nuit, les mains croisées dans le dos. Il resta ainsi un long moment, les idées se bousculant, se combattant en son for intérieur. Puis sans se retourner, peut être pour chasser l’image de l’accusé, ou peut être afin que ce dernier ne lise pas un peu de honte en lui :

- PLANTON !

- Oui chef ?

- Raccompagnez Monsieur jusqu’à la sortie.

- Mais chef...

- Faites ce que e vous dis ! Nous nous sommes trompés...

L’ex-accusé se leva. Et suivit le subalterne. Puis arrivé à la porte, il s’arrêta, et se retourna.

- Vous voyez, personne n’y perd. Adieu, inspec... non, Adieu Commissaire !!

La porte se referma, laissant l’officier en prise avec sa conscience...
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