Le bonheur se présente-t-il deux fois ?

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Elle venait de déposer ses trois enfants chez son ex-mari pour les vacances de la Toussaint, il faisait gris et froid et elle ne voulait pas s’attarder dans les rues de Lyon en fin de journée. Elle pressa le pas pour regagner sa voiture garée relativement loin quand une voix familière l’interpella. Elle pivota et reconnut aussitôt Mathias qui accourait vers elle à grandes enjambées. Il était assis à l’intérieur du restaurant-bar ‘Le Quatre-Vingt-Et-Un’ quand il la vit passer. Sans réfléchir, il était sorti en vitesse et était allé à sa rencontre poussé par une envie soudaine de revoir son visage, d’entendre sa voix. Après la surprise et les salutations rapides, Mathias proposa qu’ils rentrent au chaud. Sarina hésita, vérifia l’heure à sa montre puis songea qu’elle pouvait bien se permettre de rester un peu plus longtemps puisque personne ne l’attendait. Mathias qui espérait qu’elle accepte, la vit frissonner. Il eut envie de la serrer dans ses bras mais se força à refréner ce désir. Les secondes de silence lui parurent interminables. Quand elle acquiesça il soupira intérieurement et l’invita à le suivre à l’intérieur du bar dans lequel il avait pris place. Le serveur vint prendre les commandes et déposa quelques minutes plus tard deux verres de vin blanc moelleux. Ils trinquèrent à la joie de ces retrouvailles inattendues sans trouver les mots à se dire. Il sourit et baissa les yeux en traçant avec deux doigts des lignes imaginaires sur la table. Elle rompit le silence.
- Tu habites dans le coin ?
- Non, mais pas très loin non plus ; en réalité, je gère les travaux dans un appartement que ma mère voudrait rafraîchir avant de mettre d’autres locataires dedans. Les précédents étaient restés neuf ans et ils n’avaient pas vraiment été soigneux. Ils sont partis il y a deux mois environ et j’ai fait appel à des artisans pour réaménager la cuisine, créer des placards dans les chambres, changer le parquet dans le salon, mettre du carrelage dans la salle de bain, refaire les peintures, bref.
- C’est un beau projet.
- Oui ça m’occupe et puis ça aide ma mère.
- C’est sympa. Comment va-t-elle ?
- Bien, toujours la même, elle ne change pas, elle savait bien qu’en s’adressant à moi elle ne craignait pas d’avoir un refus. Avoua-t-il non sans amertume.
Une fois de plus ni son frère aîné, ni sa sœur cadette n’avaient été sollicités par ses parents. Les arguments de sa mère étaient invariables : « Même s’il habite plus près, tu as moins de contraintes que ton frère qui galère avec ses jumeaux et puis ta sœur est toujours par monts et par vaux, elle a beaucoup de travail, je ne vais pas l’embêter avec nos histoires. » Ses parents s’étaient déplacés pour se rendre compte de l’ampleur des travaux de rénovation à faire dans l’appartement, puis son père avait listé ce qu’il voulait et c’est par sa mère que Mathias avait eu le récapitulatif de leur désidératas. Pour sa mère, uniquement pour elle, il avait accepté de donner de son temps. Il venait en général le vendredi soir et faisait le point avec le ou les artisans directement sur place, il lui arrivait aussi de rester le week-end sur place pour faire du bricolage lui-même. C’est dans ce contexte qu’il avait ainsi pris l’habitude de s’arrêter au Quatre-Vint-Et-Un pour boire un café ou un verre de vin, l’heure et ses envies. Bien avant de voir Sarina ce soir-là, il avait aperçu son mari Gildas au bras d’une autre femme. Il ne s’était pas montré mais l’avait observé discrètement en se demandant si Sarina et lui étaient toujours ensemble. Alors qu’elle se tenait là, en face de lui, cette question lui brûla les lèvres mais il ne voulut pas la lui poser directement par peur de dévoiler une information difficile à entendre. Il se contenta de lui sourire.
Bien qu’elle ne les ait jamais rencontrés, Sarina avait l’impression de connaître les parents de Mathias. A plusieurs reprises, il en avait parlé assez ouvertement, elle l’avait écouté sans prendre la défense des uns ou des autres mais lui avait tout de même avoué qu’elle l’enviait d’avoir une vraie famille avec un lien du sang unique, des souvenirs à partager et une histoire commune à transmettre.
Sarina ne s’épanchait jamais sur ses relations avec ses parents. Elle éludait les éventuelles questions et trouvait toujours une parade pour ne pas révéler que ceux qu’elle appelait ‘parents’ n’étaient pas vraiment les siens. Elle, l’orpheline née au Cambodge, trimbalée dans le dos de sa grand-mère maternelle alors en fuite avait trouvé asile en France. De santé trop fragile Jorani avait dû se résigner et confier sa petite fille de deux ans à une famille d’accueil française. Hospitalisée quatre ans après son arrivée en région lyonnaise, Mamie Jorani s’était éteinte peu après les sept ans de Sarina. Monsieur et Madame Boidin, ses parents adoptifs l‘avaient entourée et accompagnée pour les obsèques de son unique parent. Avant de rendre son dernier souffle Jorani avait confié à Sarina un journal dans lequel elle avait relaté toute son histoire, son mariage, la naissance de sa fille puis l’arrivée de son unique petite-fille dans ce camp où tous étaient maltraités. C’est dans sa langue natale qu’elle avait couché sur le papier tout ce qu’elle avait enduré, traversé, supporté et affronté pour lui offrir une vie digne et heureuse dans un pays en paix. Du haut de ses sept ans Sarina avait promis que jamais elle n’oublierait ni sa grand-mère, ni ce qu’elle avait fait pour elle. Plus tard, elle ferait traduire ce journal, trésor de sa vie.
- Et toi ? que faisais-tu par ici ?
- Moi et bien, j’étais là pour, hmmm, je sors de chez Gildas, on n’est plus ensemble. Dit-elle, embarrassée, sans développer davantage sur son échec personnel.
A court d’argument, Mathias exposa sa propre situation dans l’espoir de chasser le voile de tristesse qui venait de se poser sur le visage de son amie. Il expliqua que sa compagne l’avait quitté un an auparavant en avançant comme argument qu’il ne correspondait plus à ce qu’elle attendait de lui. Cette rupture récente le faisait encore souffrir et il avait du mal à ne pas se culpabiliser du triste dénouement de sa relation avec Raquel. Sarina éprouva de la compassion pour lui. Comment une femme pouvait-elle lui faire ce type de reproche si blessant, si douloureux. De son point de vue, Raquel et Mathias étaient le couple parfait : Lui, bel homme, brillant et intelligent avec une situation professionnelle confortable. Elle, une actrice magnifique qui enchaînait les tournages de publicités et courts métrages. Il avait persévéré et mis tout en œuvre pour qu’elle ne manque de rien. Il souhaitait qu’elle soit heureuse et comblée, pour cela, il avait investi dans une maison de vacances en Espagne et un chalet en Savoie. Elle avait aussi l’embarras du choix quant aux voitures qui occupaient l’immense garage sous leur villa en périphérie de Lyon. Seule ombre au tableau, Raquel refusait d’avoir un enfant. Elle avait annoncé la couleur dès le début de leur relation mais Mathias avait espéré qu’elle changerait d’avis. Lui qui aimait tant les enfants, ne se voyait pas sans des petits qui courent autour de lui, avec qui il pourrait jouer, partager, voyager, skier, faire du bateau, cuisiner. Il conclut brièvement sur sa vie en disant que le passé était écrit et qu’il ne pourrait rien y changer.
A la fois peinée et rassurée d’entendre le récit de son ex-collègue, Sarina apporta davantage de précision quant à sa propre situation.
Après avoir démissionné d’YK-Lacco pour suivre Gildas à Nice puis à Paris pour finalement revenir s‘installer à Lyon, leur couple avait littéralement explosé. Elle n’en pouvait plus de se déraciner, de quitter un job, changer les enfants d’école, les rassurer quant à la possibilité de se faire de nouveaux amis, une fois tout le monde à peu près stabilisé, elle s’obligeait à trouver un travail pour quelques mois seulement avant que monsieur ne se lasse de son poste et en brigue un autre à 500 ou 600 km du précédent. Les déménagements successifs et les ruptures avec un quotidien qui commençait à se mettre en place avaient fatigué Sarina. Elle avait fini par jouer carte sur table avec Gildas. Lui qui ne voyait pas en quoi il y avait un quelconque problème dans leur vie avait rétorqué. « C’est une excellente opportunité de faire de nouvelles rencontres, c’est une formidable ouverture d’esprit pour les enfants, ça leur apportent bien plus que tu ne peux l’imaginer. Et puis, je ne t’empêche pas de travailler, reconnais que cela de permet de vivre des expériences enrichissantes. De toute façon, pour toi qui n’a jamais eu de vraie famille, je ne vois pas en quoi cela te pose un souci qu’on bouge régulièrement.» Sarina avait pris sa réflexion en pleine figure et avait compris que leur couple n’avait plus d’avenir. Gildas qui n’avait que peu de considération pour elle avait rapidement accepté le divorce, convaincu que sa femme et ses enfants étaient plus un frein à son épanouissement personnel qu’un vrai trésor. Son travail de journaliste sportif avait été considéré par la juge comme une fonction peu compatible avec un rythme de vie scolaire imposé par des enfants grandissants. Après deux déménagements, son ex-mari semblait s’être enfin posé en plein cœur de Lyon, dans un grand duplex dans lequel il pouvait accueillir leurs enfants dont il avait la garde aux vacances scolaires. En gérant son nouveau travail et la garde des enfants la majeure partie du temps Sarina avait souvent du mal à voir le bout du tunnel. Ses beaux-parents lui avaient offert une pseudo bouffée d’oxygène une fois quand elle avait fait appel à eux pour s’occuper des enfants (deux jours et non sans commentaires désobligeants à son égard) après une opération bénigne. Même dans ce type de situation il n’avait pas été à la hauteur. Malgré tout, elle restait optimiste et confiante en un avenir plus serein.
En écoutant son récit, Mathias se sentit bouillir de l’intérieur. Il avait eu l’occasion de croiser à plusieurs reprises Gildas, le fiancé puis le mari de sa collègue. Affable et assez pince sans rire, il l’avait tout de même trouvé sympathique et l’enviait secrètement d’être tombé sur la perle rare. Il s’était réjoui pour sa collègue et avait été de ceux qui avaient organisé une cagnotte pour financer une partie de sa liste de mariage. Après cet événement qui n’avait en rien changé Sarina, Mathias ne portait plus le même regard sur sa collègue. Il avait continué de travailler avec le même plaisir avec elle mais s’interdisait de laisser son cœur lui jouer des tours quant aux sentiments qu’il éprouvait.
Au fil du temps, il la voyait épanouie et heureuse, et fut un des premiers à savoir qu’elle était enceinte. Sérieuse et investie elle travailla jusqu’à la dernière limite arborant fièrement son ventre rond. Son énergie débordante fascinait tellement l’homme qu’il était que lorsqu’elle partit en congé maternité, il ressentit comme un vide inexplicable. Il s’interrogea sur sa propre vie sentimentale et s’inscrivit sur un site de rencontre. Deux semaines plus tard, il donnait rendez-vous à Raquel qui serait quinze ans sa compagne.
- Tu te souviens de notre première rencontre ? interrogea-t-il songeur.
- Comme si c’était hier, la première fois que je t’ai vu, je t’ai détesté. Dit-elle en riant.
- Sérieusement ? demanda Mathias, ne pouvant pas s’empêcher de pouffer.
- Je t’assure. Tu avais rejoints l’équipe grâce à ce c***** de Patrice que je ne pouvais pas piffrer, alors j’étais sur mes gardes.
En repensant à leur première rencontre Sarina éprouvait encore du dégoût pour celui qui avait été son supérieur hiérarchique pendant près de dix-huit mois. Toutes ces semaines à devoir lui rendre des comptes, à le supporter, à repousser ses avances, à ne pas relever ses allusions. Fraîchement embauchée, elle était tombée des nues quand il avait proposé que les points mensuels sur l’avancement de son travail se fassent en fin de journée autour d’un verre d’abord, puis au restaurant ensuite. « Pourquoi pas à l’hôtel pendant qu’on y est. » Elle avait rapidement dénoncé la situation à son directeur général et au service des ressources humaines qui avaient pris en compte la situation en lui suggérant de simplement décliner. Déçue de ne pas être davantage épaulée, elle avait provoqué une réunion avec Patrice dans le but d’avoir une discussion franche avec lui. Elle tenait à lui montrer qu’elle n’était pas du genre à se laisser faire. Evidemment, il avait sur-réagi : « Très bien, ne compte plus jamais sur moi pour t’aider ou te faire progresser dans la société, je ferai tout ce qui est mon pouvoir pour que les opportunités de sujets à traiter et les postes intéressants ne te soient pas attribués. » avait-il rétorqué avec méchanceté. Elle s’était levée sans dire un mot et c’est toute tremblante qu’elle avait quitté la pièce dans laquelle ils s’étaient réunis.
Le mois suivant cette mise au point, il avait fait le bilan par téléconférence avec tous les membres de son équipe, le mois d’après il était en congé et avait préféré annuler tout simplement plutôt que confier l’animation de la réunion à Sarina, comme c’était le cas jusqu’à présent. Un mois avant de démissionner, il avait convoqué les autres personnes de son équipe, en prenant soin d’exclure volontairement Sarina. Pendant toute cette période instable, elle voyait d’un mauvais œil les protégés de Patrice. Recruté et formé par ce dernier, elle ne voyait qu’en Mathias le collègue ambitieux déterminé à reproduire le schéma de celui qui réussissait incontestablement dans la société.
Cependant après toutes ces années à travailler ensemble et surtout avec le recul, elle avait vu en Mathias un homme attentionné et enclin à faire le bien autour de lui. Parce qu’ils étaient collègues, elle s’était interdit toute relation personnelle avec lui. Leur amitié s’arrêtait à la porte de l’entreprise. Jamais elle n’aurait imaginé qu’il puisse y avoir quelque chose de plus intime entre eux. Alors qu’il se tenait en face d’elle, dans ce café, elle se demandait si elle n’était pas passée à côté de celui qui aurait dû être l’homme de sa vie.
- Et toi ?
- Moi, la première fois que je t’ai vue je t’ai aimée.
- Tu plaisantes ! Rit-elle en rougissant.
- Pas du tout.
- Arrête, ça me gêne.
- Je suis sincère. Il posa son verre et ajouta : Je me souviens même de ta tenue : une petite robe moulante noire avec une veste moirée bleu ciel.
Amusé de la voir s’empourprer, il replongea dans ses souvenirs. Il avait rejoint l’équipe Marketing après avoir été recruté par Patrice. Cet homme ambitieux voulait constituer une équipe performante qui raflerait tous les honneurs et les compliments de la direction. Il avait toujours eu le flair pour repérer les compétences chez les autres et les utiliser à son profit, c’était donc tout à fait logique que Mathias intègre son service. Dès les premières réunions de travail il avait compris que le courant passait bien entre Sarina et Mathias. Aussi, pressentant que l’association de leurs talents faciliterait son ascension dans l’entreprise, il fit en sorte qu’ils travaillent conjointement, tout en gardant bien sûr le contrôle de la situation. Sarina était une jeune femme talentueuse au charme indéniable, Mathias, le jeune homme brillant et intelligent qu’il façonnerait et formerait à sa manière, du moins c’est ce qu’il croyait.
Avant même de devoir travailler avec elle, ce qui avait frappé Mathias c’était la beauté singulière de Sarina. Un visage asiatique, aux traits fins, des cheveux très bruns lisses et des yeux en amande couleur noisette. Quelque chose d’unique se dégageait de sa personnalité : une fraîcheur, un dynamisme incroyable mêlée à une bonne dose d’humour. Alors qu’il préférait prendre le temps d’observer avant de se lancer, elle était allée vers lui spontanément pour se présenter et lui souhaiter la bienvenue dans l’équipe.
- Quelle mémoire, je suis impressionnée. Elle saisit son verre et but deux gorgées de vin blanc avant de poursuivre. Tu sais, Mathias, quand ils t’ont nommé chef de service, j’étais contente pour toi, tu le méritais vraiment.
- Pas autant que toi. Je ne me sentais pas légitime à ce poste.
- Pourtant tu t’en es bien tiré.
- C’est parce qu’ils avaient accepté que je conserve la meilleure co-équipière dans mon service. Après avoir travaillé dix ans à tes côtés, enfin avec toi en tant que collègue, je ne pouvais pas me séparer de toi, enfin,...
- C’est gentil.
- Et je dois avouer que de ce côté-là, ils n’ont pas trop discuté pour que je te garde. Quel dommage que tu sois partie si tôt. Confessa-t-il en posant sa main que celle de son ancienne collègue.
Sarina attendit quelques secondes avant de retirer sa main, à la fois surprise et gênée par ce geste tendre. Elle se racla la gorge et héla le serveur qui s’avança pour remplir leurs verres. Elle en profita pour lui demander s’il n’avait pas quelque chose à grignoter car sa constitution ne lui permettait pas de boire de l’alcool sans manger. Il revint avec un ramequin de cacahuètes et un autre contenant des olives. Elle en avala rapidement plusieurs pour absorber l’alcool ingurgité mais ce n’était pas suffisant. Elle se sentait happée par le sommeil et avait du mal à résister. Alors qu’il avait encore la sensation de sa peau sur la sienne, Mathias se souvint de son manque d’audace, quand une fois il avait voulu lui dire combien il l’estimait et s’il pouvait envisager une relation qui allait au-delà de l’amitié professionnelle. Il n’avait pas osé révéler ses sentiments, se contentant de ne voir en Sarina qu’une vraie amie.
- Tu ne tiens toujours pas l’alcool ? Demanda-t-il en riant.
- Non, je n’ai pas changé pour ça. J’aime vraiment le goût et l’odeur mais mon corps n’a aucune capacité d’absorption. Je finis toujours dans un état pitoyable, ajouta-t-elle en baillant malgré elle.
- Moi qui comptais te proposer de marcher toute la nuit dans les rues du Vieux-Lyon, c’est râpé. Rétorqua-t-il en se moquant gentiment d’elle.
- Tu peux toujours proposer, je ne te promets pas de marcher droit. Non, trêve de plaisanterie, il faut vraiment que j’avale quelque chose de consistant avant de reprendre la route.
- Je vois ce qu’il me reste à faire, je t’emmène au resto et après un bon repas tu te sentiras mieux.
- C’est gentil mais je ne voudrais pas abuser de ton temps.
- J’ai tout mon temps.
Il déposa l’argent dans la coupelle, se leva et l’aida à enfiler son manteau. En posant ses mains sur ses épaules il eut envie de s’attarder et caresser son cou mais il se retint. Elle se tourna vers lui, lui sourit et crocheta le bras qu’il lui tendait. Dehors, il faisait maintenant complètement nuit et froid. Ils marchèrent d’un pas rapide jusqu’à un petit restaurant en retrait de rue dont l’ambiance feutrée était apaisante. Mathias choisit une table près de la cheminée et ils s’attablèrent tous les deux. Tout en étudiant le menu, Sarina luttait contre cette envie de dormir qui semblait ne pas vouloir la quitter. Sous le regard bienveillant de son ami qui aurait voulu que cette soirée n’ait pas de fin, elle but deux grands verres d’eau fraîche afin d’aider son organisme à y voir plus clair en attendant d’être servis.
Mathias qui n’avait pas quitté YK-Lacco donna des quelques nouvelles de ceux et celles que Sarina connaissait. En prenant la direction du service, Mathias avait eu accès aux dossiers du personnel. Ce qu’il avait appris sur Sarina l’avait touché et alors qu’elle avait quitté la société il comprit pourquoi elle avait parlé de chance d’avoir une vraie famille. Au fil de la soirée qui s’écoula rapidement, ils partagèrent des souvenirs communs de leur vie de collègues, des moments joyeux et d’autres plus difficiles. Sarina sortit son portable et y jeta un rapide coup d’œil : 23h07, ça veut dire, pas avant minuit à la maison, songea-t-elle. Sa raison lui dictait de rentrer chez elle mais son cœur l’incitait à prolonger cet instant. Il pressentit son hésitation mais par peur de tout gâcher, se tut.
« C’était bon de te revoir. » Avoua Mathias en raccompagnant Sarina à sa voiture. Elle acquiesça en souriant silencieusement, déverrouilla les portières mais ne monta pas tout de suite à bord. Elle sentait son rythme cardiaque croître pour une raison qu’elle ne comprenait pas. Pourquoi ne parvenait-elle pas à partir, simplement, en lui disant au-revoir et c’est tout. De son côté, Mathias n’osait pas lui proposer de venir chez lui, il craignait qu’elle ne réagisse mal et redoutait de ne pouvoir résister à l’envie de l’aimer. Il devait laisser le temps au temps même si la voir partir, ce soir-là lui aurait causé du souci, la sachant seule sur la route pour un trajet d’une heure. Il posa sur elle un regard doux et affectueux et y lut en retour une lueur de désir mêlée au doute.
- Reste. Murmura-t-il en saisissant sa main.
- Je ne peux pas. Je dois rentrer.
- Sarina, c’est plus prudent.
- Je te remercie mais ça va aller.
- Tu es sure que tu n’es pas trop fatiguée, renchérit-il en pressant sa main si douce.
- Je t’envoie un message quand je rentre si tu veux, pour te rassurer.
- Ecoute, on n’est plus des collègues, rien ne nous interdit de. Mais elle lâcha sa main, le coupant dans son élan de lui avouer ce qu’il ressentait de façon de plus en plus nette à son égard.
- Non. Souffla-t-elle en se tournant vers son véhicule.
Il agrippa son bras et la fit pivoter puis, il saisit son visage et déposa un baiser sur ses lèvres. Elle ferma les yeux et l’embrassa à son tour se laissant envahir par le bonheur de l’instant présent. Délicatement, il caressa son cou et ses bras tandis qu’elle l’encerclait, se rapprochant tout près de lui jusqu’à plaquer sa poitrine contre son torse. Il introduisit sa langue dans sa bouche la pressant plus fort encore contre lui. Sarina sentit les battements de son cœur monter en puissance à mesure que son désir grandissait. Il glissa ses mains sous son manteau et souleva son tee-shirt effleurant sa peau si douce. Il la désirait si fortement qu’il pétrit ses reins à deux mains, remonta le long de sa colonne et massa son dos. Elle s’efforça de retenir un gémissement de plaisir alors qu’il couvrait son cou de baisers ardents. « J’habite à deux pas d’ici, viens, tu rentreras demain. » Susurra-t-il.
Elle se fit violence pour refuser, embrassa une dernière fois ses lèvres charnues avant de s’engouffrer dans sa voiture. Elle mit en route le moteur, il referma la porte et la laissa s’éloigner, le cœur déchiré. Elle mit d’abord la climatisation pour faire baisser la chaleur de son corps qui bouillonnait littéralement, puis elle eut froid, alors elle inversa la température. La musique entraînante que crachait le lecteur CD lui permit de garder les yeux ouverts. Une heure plus tard, depuis son salon elle envoya un message rassurant à Mathias qui répondit aussitôt. Ils se couchèrent respectivement, seuls, dans leur lit froid et vide. Quelques secondes plus tard, il attrapa son téléphone tout juste éteint, le ralluma et après plusieurs formulations qui ne lui convenaient pas, il composa un nouveau message et le lui envoya : « Accepterais-tu que l’on se revoit ? ». La réponse se fit attendre. Sarina chercha à se convaincre de ne pas accepter mais ne trouva aucune raison de refuser. Après tout, il avait raison, ils n’étaient plus collègues, il n’y avait donc aucun obstacle à leur relation amoureuse, qui plus est ils étaient tous deux célibataires et libres. Elle envoya un message aussi court que clair : O U I. Elle savait ce que signifiaient ces trois lettres : elle ne pourrait arrêter ni les élans de son cœur ni les ardeurs de son corps, encore moins le désir d’être aimée. Mathias s’enquit aussitôt du lieu dans lequel ils pouvaient se revoir. Elle suggéra un restaurant qui venait d’ouvrir dans l’ancienne orangerie du château à proximité du lieu où elle résidait.
Le lendemain en milieu de matinée, Mathias quitta le Vieux-Lyon et prit la direction de Villefranche-sur-Saône. Elle était déjà sur place et l’attendait dans le vestibule d’entrée. Elle l’accueillit avec un large sourire, il l’enlaça et l’embrassa tendrement. Ils partagèrent le repas et malgré le temps froid rien ne les dissuada de marcher côte à côte dans le parc du château. Ils parlèrent de tout et de rien savourant chaque minute de bonheur. Puis, après avoir hésité maintes fois, elle invita Mathias à venir chez elle. Il accepta et main dans la main, ils allèrent jusqu’à son appartement situé au deuxième étage.
A peine la porte refermée sur eux, avec frénésie, ils se déshabillèrent l’un l’autre explorant chaque parcelle de leur corps brûlant de désir. Gémissant sous l’effet des baisers et des caresses dont il couvrait ses bras, ses jambes et son ventre, elle le mordilla par endroit. Haletante, Sarina s’abandonna à celui qu’au fond, elle avait toujours aimé tandis que Mathias serrait enfin contre son cœur celle qu’il désirait depuis le premier jour.
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