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L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitre 14

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Thom Burnet

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Quelque part en France, un 24 décembre 2017

« C’est à cause des lutins. » dit-elle dans un souffle.

« Encore eux ! » réagit Mathieu.

« Le petit lutin de bois les a mis sur ma piste. Ça fait presque cent vingt ans que je les fuis, il fallait bien qu’ils me retrouvent un jour. »

« Cent vingt ans ? » s’exclama Esther, incrédule. « Vous êtes quoi ? Immortelle ?
- Immortelle ? Non. Je vieillis, comme vous. Mais un peu plus lentement. »

Julien s’exclama : « Attendez ! Attendez ! Vous essayez de nous faire croire quoi là ? Que le Père Noël est une Mère Noël et que cette Mère Noël c’est vous ? Mais c’est quoi ces conneries ? »

Madame Pène se tourna lentement vers lui. Il y avait de la douceur dans son regard. Elle eut un sourire amusé.

« Que voudrais-tu que je fasse pour te prouver qui je suis Julien ?
-Euh... vous... » hésita-t-il avant de demander : « vous pouvez faire quoi ?
- Je peux faire un peu de télékinésie par exemple. » dit-elle d’un ton modeste. « Voudrais-tu manger une clémentine ? »

De la corbeille de fruits dans la cuisine, une clémentine s’éleva dans les airs et vint se poser dans la main stupéfaite du jeune homme.

« Je peux aussi te parler de cette poupée que tu voulais tant quand tu étais petit... »

Julien rougit alors que Mathieu et Esther le regardaient en souriant.

« Alors vous êtes vraiment... ? » commença Mathieu.

Elle acquiesça.

Le portable de Mathieu vibra. « Mel » s’afficha sur l’écran. Il ne décrocha pas.

« Mais c’est une très longue histoire... » conclut-elle.

Julien fronça les sourcils : « Et vous ne nous avez toujours pas dit pour l’amnésie. C’est vous qui leur avez effacé la mémoire ? »

« Oui » admit-elle tristement avant de se justifier : « Les lutins étaient sur ma piste et ça fait tellement longtemps que je travaille seule. Je ne voulais pas risquer d’avoir des gens près de moi alors qu’ils étaient quasiment à ma porte.
- Pourtant on vous a sauvé la mise tout à l’heure. » objecta Julien.

« C’est vrai. » Elle se tourna vers lui. Il y avait de l’humilité dans son regard : « Ce n’est pas parce que je suis qui je suis que je ne commets aucune erreur. »

« Est-ce que vous pouvez nous rendre la mémoire ? » demanda Esther l’air grave.

Le visage de Madame Pène devint soudain très triste. « Malheureusement, c’est une action définitive. A part mettre la main sur des objets qui vous provoquent des flashs, j’ai peur que vos souvenirs ne reviennent jamais. »

Quelques larmes coulèrent sur ses joues fatiguées. « Je suis vraiment désolée de vous avoir fait ça... »

Le silence emplit la pièce.

« Mais les lutins et vos souvenirs ne sont pas le seul problème. » reprit-elle en s’essuyant le visage.

Les trois amis la regardèrent avec étonnement.

« Il y a aussi ces gens, les « Délumineurs » » continua-t-elle avec inquiétude. « Ils souhaitent éteindre Noël. »

Mathieu leva les yeux : « Les amis de Katie ! J’en ai croisé un tout à l’heure, il m’a dit de surveiller les informations ce soir.
- Oui, ils répètent ça à tout le monde car apparemment, ils vont frapper un grand coup pour marquer les esprits. Je suis tombée sur un jeune homme assez énervé. Il m’a dit que ce serait violent. »

Mathieu s’inquiéta : « Ma mère m’en a aussi parlé ce matin... mais je ne la vois pas se mettre à tout casser en ville ! »

Madame Pène écarquilla les yeux.

« Qu’est-ce qu’il y a ?» demanda Julien.

« Ta maman Mathieu... Tu es parti en urgence le week-end dernier pour régler une affaire avec tes parents. Je n’en sais pas plus. Ça a peut-être un lien ? »

Esther demanda : « Tu ne veux pas rappeler tes parents pour en savoir plus ? »


C’est son père qui, cette fois-ci, décrocha.

« Papa, bonjour.
- Ah, Mathieu ! J’allais t’appeler ! » Il y avait de la panique dans sa voix.

« C’est maman ?
- Oui. ELLE EST PARTIE ! » Il avait crié si fort que Mathieu éloigna par réflexe le combiné de son oreille.

« Comment ça elle est partie ?
- ELLE A REJOINT SON FOUTU GROUPE !
- Arrête de crier papa, calme-toi et explique-moi. »

L’homme bafouilla, respira bruyamment avant de reprendre : « Je voudrais bien t’y voir toi !
- Elle t’a dit où elle allait papa ?
- Non, elle m’a juste dit qu’ils allaient faire ce qu’il faut pour changer les choses ! » Son père était fébrile. Mathieu ne l’avait jamais entendu ainsi.

« Papa. J’ai besoin que tu ne poses pas de questions mais que tu répondes à la mienne : qu’est-ce qu’il s’est passé le week-end dernier ?
- TU TE FOUS DE MOI ? TU ES VENU ! TU LE SAIS BIEN.
- Papa, s’il te plait. Calme-toi. C’est fou mais je ne m’en souviens plus. C’est une longue histoire et je promets de tout t’expliquer après mais rappelle-moi ce qui s’est passé...
- Comment est-ce que tu as pu oublier ça ? Ta mère a été arrêtée par la police ! Voilà ce qui s’est passé ! » Mathieu n’en revenait pas. Il continua : « Elle s’est faite arrêter par la police parce qu’elle a agressé un Père Noël dans un centre commercial ! Tu es venu, on a payé la caution pour la faire sortir, vous vous êtes engueulés et tu es reparti !
- C’est pas possible ! » soupira le jeune homme.

« Bien sûr que si ! Depuis ta rupture d’avec Katie, ta mère s’est beaucoup rapprochée d’elle et maintenant elle fait partie de ces Délumineurs ! Et là, elle est partie faire je ne sais pas quelle connerie alors que tes oncles et tantes arrivent ce soir à la maison pour fêter le réveillon ! »

Mathieu promit à son père qu’il allait faire ce qu’il pouvait pour découvrir ce que préparait le groupe de Katie et qu’il le rappellerait.

Après avoir raccroché, il revint dans le salon de madame Pène et déclara, l’air grave : « C’est la merde ! »

Le lien vers le chapitre 15 est rappelé dans les commentaires ci-dessous
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-15

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