La fortune des mirages

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Au bord du fleuve, j'ai planté des fleurs, au cœur d'un jardin. Là chaque jour, le guetteur des mots surgit pour donner voix à la poésie moderne, bon vent à la plume que j'envie! Enseignant  [+]

Marcus et Doria vivaient décemment dans leur luxueuse maison, jusqu'au jour où Marcus était allé se consulter à l'hôpital. Mauvaise nouvelle, les résultats de ses examens lui délivraient une grave maladie pulmonaire. Et ça lui restait très peu à vivre. Depuis dix ans qu'il est marié à Doria, ils ont maintenant deux gosses. L'aîné ASI, âgée de six ans et Anne qui vient tout juste d'avoir ses trois ans. Ils vivaient tellement heureux dans la cité de Misra, précisément en pays Dogon*.

Depuis l'annonce de sa maladie, Marcus passait des heures à faire des calculs sur le budget familial, et autres dépenses inutiles. Un soir, de retour du boulot, il trouva sa femme Doria coucher sur le divan; elle était à l'aise, elle se connectait sur son smartphone. Elle portait une robe de nuit qui mettait en relief sa forme coca-cola. Marcus la dévisagea un instant, puis attaqua :

— Qu'est-ce qui ne va pas Doria, pourquoi t'es pas allé au boulot?

— J'ai arrêté le travail chéri ! Je vais me consacrer entièrement à l'éducation de nos enfants...

— Mais Doria, Safia est là pour ça, tu dois retourner au boulot, c'est très important pour toute la famille...

— Non chéri, vraiment je n'aime pas ce travail, et désormais je peux te préparer de bons petits plats, m'occuper des enfants, descendre la poubelle... Je pourrais même aller au marché, faire les petits achats...

— Non Doria, tu n'as pas besoin de faire tout cela, il y a des gens pour exécuter tout ceci. J'ai payé des personnes pour s'occuper de ces choses là, tu dois retourner au boulot, dès demain matin... N'en dis rien... Je sais de quoi je parle...

— Non Marcus, je ne blague pas, je ne retournerai plus à ce fichu boulot, pour ton info, j'ai déjà démissionné depuis hier...

Marcus s'arrêta net, caressant sa barbe touffue, ne sachant quoi lui répondre, il s'enferma dans sa chambre. C'est normal, il était vachement riche, et ça lui restait très peu à vivre. Marcus était débordé de fatigue et d'énervement. Encore il ne voulait pas en informer son épouse, aucun mot, ni rien là-dessus.

Alors comment faire pour pouvoir canaliser sa famille sur le droit chemin ? Comment faire pour leur inculquer les bonnes valeurs? Marcus sait bel et bien de quoi il parle, il connaît parfaitement leur tradition ancestrale qui dit ceci:

« Quand un homme meurt dans une famille, tous ses biens reviennent à ses parents et non à sa femme et ses enfants. »

Alors comment à son absence, Doria arrivera-t-elle à joindre les deux bouts avec les enfants sur le dos?
Il pensait toujours à cela, raison pour laquelle il veut coûte que coûte que sa femme retourne au boulot pour mieux s'adapter au moment venu.
Il sait tout de même que ses frères et sœurs ne les laisseront jamais tranquilles. Que faire maintenant pour changer tout ça ? Oh, mon Dieu!

Il n'a pas fini de prier quand sa femme Doria le rejoignit, il était assis sur un petit salon, en manteau de nuit; pensif et analytique.

— Qu'est-ce qui ne va pas, chéri ? Je te trouve calme ces derniers moments... Même l'amour, nous ne le faisons plus; dis-moi, tu en as ras-le-bol ou quoi?

— Non chérie, tout va bien, je suis juste fatigué par mon travail, tu sais...

— Non chéri, je te connais depuis toujours, et je sais que ça ne va, ne me mens pas Marcus... Marcus...

— Écoute Doria, tout beigne, c'est la vérité, je suis comme un poisson dans l'eau...

Sans insister, Doria se lança dans ses bras en s'étalant confortablement, et lui avoua tout doucement :

— Tu connais mon amie Anissa?

— Oui, je la connais bien, elle est malade?

— Non chéri, garde ton calme, elle organise une sortie sur Dubaï, et j'aimerais bien y aller...

Sans terminer ses mots, elle lui porta une bise sur la joue gauche.

— D'accord chérie, tu as gagné... C'est quand le départ ?

— C'est prévu pour ce week...

— Mais une chose Doria, fit enfin Marcus, modère tes dépenses, je te parle en âme et conscience...

— Ne t'en fais pas chéri, je saurai quoi faire, je t'aime tu sais...

La semaine suivante, tout a été fait comme convenu, Doria était revenue de son séjour sur Dubaï. Mais Marcus n'en croyait pas à ses yeux. Hum, dix valises emportées, sans compter d'autres achats plus exhorbitants. Marcus n'en revenait pas.

— Qu'est-ce qui a bien pu te traverser l'esprit à ce point? Hein, pourquoi toutes ces dépenses ? Vraiment je n'en peux plus, c'est quoi toutes ces valises...?

— Oh chéri, ce n'est rien tout ça, j'ai juste voulu me sentir femme parmi mes amies, ne le prends pas sous cet angle...

— Non, Doria, tu es allée trop loin, je ne peux plus tolérer ces achats inutiles. D'ailleurs même, à partir d'aujourd'hui, je te confisque ma carte bancaire, c'est fini, tu n'auras plus accès à cette fichue carte...

Sans plus tarder, elle se renferma dans sa chambre en pleurant à chaudes larmes.
Le lendemain matin, Marcus informa sa femme et ses enfants d'aller vivre en campagne ; ils avaient une splendide maison au bord du fleuve. Tout est organisé, la voiture, les valises, les accessoires; le petit bateau occupait la partie arrière de la Peugeot-Citroën. Et c'est parti ainsi pour un mois entier d'évasion à travers la nature; le fleuve, les oiseaux, la flore, tout était parfait.

Mais voilà qu'une semaine seulement après leur arrivée en campagne, Marcus tomba gravement malade. Il était couché sur le lit, entouré du vieux prêtre, et de sa femme. Après quelques paroles délirantes, Marcus mourrut sur le coup. C'était douloureux, sa femme pleura, le prêtre en fit de même. Comme une traînée de poudre, la nouvelle a englouti le village, et aussitôt les frères de Marcus, sa sœur, sa tante, enfin toute la famille se précipita chez lui pour confisquer ses biens et autres. Il y avait même son frère aîné qui voulut tout de suite se marier avec la femme de Marcus, Doria c'est ça. Tous sans exception, se soûlaient la gueule au salon; ils riaient et maltraitaient Doria avec ses enfants. Ils les menaçaient même de les exterminer sur-le-champ. Personne dans le village, n'osait lever un seul doigt pour contrecarrer cette atrocité.

Tous les villageois savaient qu'ils étaient victimes d'une coutume ancestrale utopiquement dangereuse pour le bien commun des générations futures.


_ Pays Dogon*: pays où les habitants faisaient des sacrifices au dieu « Foudre ».
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