La boucle est bouclée

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Âgée de vingt ans, je suis passionnée de lecture et d'écriture depuis mon enfance. Je rêve de devenir autrice et je participe régulièrement à des concours d'écriture. Je compte partager ici  [+]

Si vous lisez ceci c'est que vous devez être amateurs de mots, des lecteurs à la recherche d'une bonne histoire ou alors des écrivains cherchant une distraction afin d'oublier leurs pages blanches.
Comme je vous comprends. Il est parfois difficile de trouver quoi écrire. Moi même, j'écris quand l'inspiration me vient. Écrire n'est pas donné à tout le monde vous savez car l'écriture est un pouvoir. Le pouvoir de mélanger le réel et le fictif de façon très subtile. C'est l'art de rendre tout possible. Alors écrivains, soyez fiers de vous. Vous êtes des magiciens !
Mais, je m'écarte, je me doute que vous n'avez pas trop envie de parler de cette page blanche...
Dès lors, je me propose de vous conter une petite histoire de mon cru. Êtes-vous partants ?
Super !

Pour commencer, nous allons planter le décor. Imaginez un petit parc de quartier paisible avec une atmosphère familiale. Nous sommes en plein été, en fin d'après-midi. Pendant la journée, il a fait relativement chaud mais l'air commence à se rafraîchir légèrement. Sentez-vous cette odeur si particulière qui caractérise les douces soirées d'été ? Celle qui vous picote agréablement le nez ? Oui, oui, celle-là même ! A cela, nous pouvons également ajouter celle de l'herbe fraîchement coupée par le jardinier.... Puis le son de l'eau coulant de la fontaine.

Deux êtres anonymes sont à l'origine de ce lieu de paix et de détente. En effet, depuis plusieurs générations, cet endroit appartenait à la famille du gardien. C'est lui qui, il y a une vingtaine d'années, l'a ouvert au public. Il vit dans la maison au sein même du parc et, du haut de son bel âge, il veille à ce que personne ne trouble la sérénité des promeneurs de passage. Jusqu'ici, il n'a jamais rencontré de problème à faire respecter l'ordre car, même si il n'est plus de toute première jeunesse, il ne craint pas de prendre des coups. Il faut dire qu'il a été à l'armée. Il en a vu d'autres comme il dit. Le jardinier est une de ses vieilles connaissances. Il adore les espaces verts et c'est lui qui est en charge de l'entretien du parc depuis son ouverture. Il passe ses journées à tailler les buissons, ramasser les feuilles mortes, tondre le gazon, arroser certaines fleurs par temps trop sec, tout cela dépend des saisons. Le jardinier n'a pas fait l'armée mais c'est quelqu'un de très vaillant. Il refuse catégoriquement d'engager quelqu'un. « Moi vivant, avait-il déclaré à une promeneuse, personne ne touchera à mes plantes ! ». Mais, personne ne s'en plaint. Il fait un travail d'orfèvre ça c'est certain. Il suffit de voir les haies pour ne plus avoir aucun doute : rien ne dépasse. Un régal pour le regard ! Le gardien et le jardinier, tout deux vieux garçons, ont passés leurs vies à courir. Aujourd'hui, ils sont seuls au monde. A l'un il ne reste plus que l'autre. Mais cela ne les attriste pas. Ils le vivent très bien même. Le parc est tout ce qu'il leur reste alors il ne faut pas s'étonner qu'ils veillent au grain.
Ce parc voit circuler en son sein bon nombre de personnes bien différentes : il y a les habitués, ceux qui ne font que le traverser, les habitants du quartier,... Et les dimanches de beau temps, de nombreuses familles viennent y passer la journée.

Et parmi ce flot de promeneurs, il y a Tim. Tim, c'est un garçon de 17 ans, de taille moyenne, légèrement maigre. Il porte des lunettes noires rectangulaires et ses cheveux, noirs eux aussi, sont toujours en bataille. Il ne prend pas le temps de se coiffer, jamais. Il n'en voit pas l'intérêt. Habillé d'un simple jean et d'un t-shirt pris au hasard ainsi que de chaussures dont il néglige de faire les lacets, il semble tout droit sorti d'un autre monde.
Depuis le début des vacances, il a pris l'habitude de venir dans ce parc chaque après-midi.
Assis à l'ombre d'un arbre, sur un banc ou parfois même au milieu du chemin, il est toujours accompagné d'un carnet dont il noircit les pages.
Les habitués ont fini par se faire à cette présence singulière et ont ainsi prit l'habitude de lui sourire de loin en guise de salutation. Ils ont compris que le jeune homme ne supportait pas d'être dérangé pendant qu'il écrivait.
N'empêche, quelle bête curieuse ce Tim. Rester seul à écrire dans un parc de quartier alors que la plupart des jeunes de son âge sortaient, buvaient et draguaient.

« Enfin, avait déclaré le jardinier, il ne pose pas de problème alors tout va bien ».

«  C'est rare, avait ajouté le gardien, qu'un gars de son âge ne cherche pas les emmerdes ! Ouais car l'autre jour, j'vous raconte pas mais y avait des jeunes du quartier qui ont tenté de s'en prendre à une pauvre vieille femme non loin du parc ! Si y s'ramènent ici, ils f'ront pas longtemps les fiers ! C'est moi qui vous l'dit ! »

Tim restait donc là des heures durant à remplir les pages d'idées, de bouts d'histoires en vrac. Rien ne semblait pouvoir troubler sa paisible activité. Il était imperturbable. Plongé dans son monde, il se sentait parfaitement détendu, concentré, en paix avec lui même.

Il est maintenant temps de faire intervenir de nouveaux personnages.
Il y a une fille, Nadia, la cousine de Tim. Une fille sympathique mais qui a tendance à mal choisir ses amis. Depuis quelque temps, elle traînait avec Ludo et sa bande. Ludo, ce n'était pas un type très recommandable de par son sale caractère et l'art qu'il avait d'attirer à lui (ou de chercher....Cela dépend des points de vue) les bagarres et les ennuis.
Au détour d'une conversation, Nadia s'était mise à parler de ce cousin, un peu trop lunaire, qu'elle n'arrivait pas à comprendre, à qui elle ne parlait plus vraiment et qui, parfois, lui manquait c'est vrai. Quand elle était petite, ils étaient toujours ensemble et son imagination débordante la fascinait. Mais en grandissant, elle s'était mise à considérer qu'ils n'avaient plus l'âge pour inventer des histoires. Elle a tenté d'intégrer son cousin dans des groupes, de le faire sortir de la bulle dans laquelle il se complaisait depuis l'enfance mais elle n'a pas réussi. Tout ses tentatives n'ont eu pour résultat que leur éloignement mutuel. Ludo y avait alors vu une opportunité de s'amuser. Habilement, il avait tiré les vers du nez à Nadia pour savoir où son cousin traînait pendant la journée.

C'est ainsi qu'en cette belle fin d'après midi, trois jeunes hommes entrèrent dans le parc. Ils eurent vite fait de repérer Tim. Il était assis à même le sol, contre un arbre près de la fontaine, concentré sur ce qu'il écrivait. Il n'y avait plus d'autres promeneurs dans le parc à cette heure ci. Accompagné de ses deux acolytes, à qui nous ne donnerons pas plus de nom que d'importance, Ludo s'était avancé vers Tim qui, imperturbable, continuait d'écrire.
Ils l'avaient encerclé afin qu'il n'ait aucun moyen de s'échapper. Puis Ludo lui avait pris son carnet des mains et, sans le consulter, l'avait lancé plus loin.
Surpris, Tim n'avait pas réagi tout de suite. Arraché brusquement à son petit monde, il lui fallu une petite minute avant de réaliser qu'il était de retour dans la réalité. Avec un calme olympien, il s'était levé pour faire face à celui qui troublait sa tranquillité.

«  J'étais entrain de faire ma ronde vous voyez monsieur l'agent ? Pour faire sortir les derniers promeneurs avant de fermer les grilles. C'est à cet instant là que j'ai entendu du bruit près de la fontaine donc j'ai accouru. Et là, j'ai vu au loin trois gars s'en prendre à un autre ! J'vous dis pas à quel point j'étais étonné. Le p'tit gars qui se faisait tabasser, j'le connais, il est là presque tout les jours, à traîner avec son petit carnet là. Y passe son temps à écrire. Oh, y ferait pas de mal à une mouche, j'vous assure monsieur l'agent. A mon avis, ces brutes cherchaient à s'amuser, le frisson de la bagarre vous voyez ? Mais trois contre un, si ça c'est pas de la lâcheté, je sais pas ce que c'est. Moi, j'ai fait l'armée monsieur ! Nous, quand on faisait la guerre, on se la faisait à la loyale monsieur ! Pardon ? Comment ça c'est fini ? Ah ben moi, je ne pouvais pas rester là sans rien faire, donc je suis intervenu. Dès qu'ils m'ont vu approcher, deux des gamins se sont enfuis. Ils n'avaient pas l'air très fut-fut hein ! Vous voyez, le genre de type qui suit le troupeau sans poser des questions ? Ouais, c'était totalement ça. Alors moi, j'ai saisi le dernier gars qui restait. Un fou furieux ce gamin ! J'ai eu dur à le tenir jusqu'à ce que vous arriviez. Je l'ai séparé du mieux que j'ai pu du gars qu'il était en train de tabasser. Pauvre gosse... Je sais pas si vous l'avez vu mais ils l'ont salement arrangé... Oui, c'est celui qui est parti en ambulance. C'est mon ami qui s'occupe des plantes qui vous a appelé ainsi que l'hôpital. Il avait été attiré par le bruit aussi mais il est arrivé après moi. Ah, je pouvais pas le faire moi, je retenais l'autre gamin là !... Sinon, j'espère que vous le laisserez pas s'en sortir à bon compte. Il faut l'éduquer ce gamin, c'est une agression qu'il a fait monsieur l'agent, c'est pas rien ! Quoi ? Mais oui, j'passerai au commissariat demain pour la déposition. Ouais ouais, c'est ça bonne soirée monsieur l'agent ! »

Les grilles du parc se fermèrent enfin. Les pas du gardien se mirent à le porter doucement vers sa maison qui se trouvait à l'autre extrémité de l'espace vert. Ses yeux s'arrêtèrent alors sur le jardinier qu'il aperçut au loin en train de s'affairer sur un parterre de fleurs un peu mal au point.

« Eh ! Qu'est ce que tu fiches encore là ? Tu rentres pas chez toi ? »

« En se battant, les gamins m'ont écrasé des fleurs, j'essaie de réparer les dégâts »

« Quelle conscience professionnelle ! Passe boire un coup chez moi quand t'auras fini ! Ce sera ma façon à moi de te remercier pour tes bons et loyaux services. »

Comme je vous l'ai déjà dit, le jardinier fait un travail d'orfèvre. En quelques minutes, il réussit à camoufler les dégâts. Satisfait du résultat, il se mit à ranger son matériel tout en pensant à la bonne bière qu'il allait s'enfiler chez son ami de longue date. L'alcool déliant les langues, ils allaient sûrement se remettre à parler du bon vieux temps. Ils allaient en rire, en pleurer, le regretter certes mais c'était dans ces instants de nostalgie qu'ils se sentaient tout deux le plus vivre.Alors qu'il pensait, le soleil se mit à décliner doucement et les premières étoiles apparurent dans le ciel. Le jardinier se mit en marche tout en cherchant l'étoile polaire, la seule qu'il connaissait. Quelque chose finit par ramener son attention à la terre ferme, il avait le pied droit posé sur un truc qui n'avait rien à voir avec le gazon. Il retira son pied et se pencha pour attraper ce sur quoi il marchait. C'était un carnet. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que c'était celui de Tim. Il faut dire qu'il écrivait tellement que son carnet changeait tout les deux trois jours.
Curieux d'enfin découvrir ce que gribouillait le jeune homme à longueur de journée, il l'ouvrit à l'une des dernières pages et se mit à lire l'écriture petite et serrée du garçon :

"Si vous lisez ceci c'est que vous devez être amateur de mots, des lecteurs à la recherche d'une bonne histoire ou alors des écrivains cherchant distractions afin d'oublier leurs pages blanches. Comme je vous comprend. Il est parfois difficile de trouver quoi écrire. Moi même,..."
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