Jour bleu

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Porteur d'encre. Et garçon de café  [+]

Huit janvier 1996, il fait noir. Une petite tête repose au creux d'un oreiller. Des yeux clos, des cheveux en bataille, une bouche entrouverte qui bave. Une lourde couette recouvre un petit morceau d'homme. Les rêves prennent forme un instant avant le réveil, toujours, et ces derniers temps le petit homme est dans une phase abstraite. Cela fait longtemps qu'il n'a plus eu d'images folles. Longtemps pour un petit homme. De ces flashs qui tambourines aux paupières, parfois surgissant dans le sommeil et qui le font hurler de terreur. Ce matin c'est une couleur, un vert de conifère. Et il y a des formes. Des sorte de lattes de bois qui se soulèvent et retombent, comme un clavier qui bat la mesure et fait des fausses notes. Dessus en équilibre, un boxer martèle l'air et fait face à un poulpe violet plongé dans un aquarium trop petit pour lui. Ses tentacules débordent. Le boxer se rue sur le poulpe géant, l'aquarium se brise et tout s’écroule plein d'eau sur les latte. Les lattes se désolidarisent les unes des autres, elles s'envolent. Tout s'envole. Un silence dure un peu. Puis un bruit de cloche. Et une voix au loin. Il y a une foule aussi, comme dans un stade. Un stade rempli de petits tambours mécaniques font un grand vacarme et tombent dans le vide les uns après les autres. Il y a une voix aussi au loin. L'appel raisonne. La voix, la voix ! La porte de la chambre s'ouvre d'un coup sec sur la lumière du couloir. — Maintenant tu te lève et tu te dépêche, on part dans vingt minutes. Un filet de bave se rompt tandis que le petit homme se raidis, sur son postérieur au milieu des couvertures. Un épis se dresse sur son crâne. La porte est restée grande ouverte sur le couloir plein de lumière. Il reste un moment sur son socle. Une rumeur s'élève dans le couloir. Le petit frère se débarbouille la figure à grands bruits. Il est innocent le pauvre, pense le petit homme en posant le premier pied à terre. Il glisse sur un tas de livre de toutes tailles en cherchant le fil de sa lampe de chevet. Le moment ou il s'est endormis lui reviens tout à coup en tête. Il n'a pas fini sa bande dessinée hier. Sur le dessus de la pile, sa préféré, raconte l'histoire d'un homme courageux auquel il arrive sans arrêt des aventures extraordinaires. Aventures, qu'il cherche pourtant à éviter. Le livre est ouvert entre les page quarante cinq et quarante six. Presque finie. En marchant dessus, la dernière s'est cornée à moitié, dévoilant sur l'une des cases, la plus large, un paysage de désert, un horizon lointain et une femme assoiffée. Elle va mourir se dit le petit homme. Elle était cruelle et la voilà bien eue. Il tourne la dernière feuille en aplatissant la pliure au mieux. Il parcoure les dernières vignette rapidement. La morale est simple, et il l'avait deviné depuis le début : la femme cruelle, la voilà seule, abandonnée. Et le désert quand on est tout seul c'est nul, on y meurt. L'homme courageux et bon poursuit sa route ; C'est lui le héro. D'habitude il fini toujours par tendre la main à ses ennemis, et les sauver. Pas cette fois. Il est cruel aussi alors. Un peu. Le petit homme regarde le dehors. Il fait encore nuit, c'est un matin d'hiver. Ça ne fait pas envie. C'est pour l’école, toujours, encore. Pantalon, tee-shirt, chaussure, un peu d'eau tiède. Il longe le couloir jusqu'à la la grande table. Le grand frère est déjà parti, gloire à lui. Le petit homme s'assoie et prépare sa mixture de lait de vache et de corn-flakes. Le petit frère a sa gauche à le menton presque reposé sur son bol tandis qu'il rumine ses céréales. Il à l'air de lire. Il observe plutôt, le dos de son énorme boite de Miel Pops. Il y a un abeille dessinée dessus qui parcours un labyrinthe en faisant des blagues. De là ou il est, le petit homme parvient à lire la tranche, en penchant un peu la tête. Farine de maïs, sucre, sirop de glucose, miel (5%), sel, extrait de malt d'orge, colorants (caramel E150c, carotènes), vitamines (vitamine PP, vitamine B6, vitamine B2, vitamine B1, vitamine B9, vitamine D, vitamine B12), phosphate tricalcique, fer. Il y a même du fer, on mange du fer, il pense. Le petit homme mâche en cadence. C'est toujours un peu écœurant trouve t-il, le goût du lait. Son frère à sa droite le fait penser à un petit animal. Son coup frêle et sa grosse tête, à E.T, l’extraterrestre avec son long doigt téléphonique. Lui il à une grande cuillère. Il peut pelleter en plus grande quantité. Pas con. Il ferais ça demain, s’il y pense. Finalement, plus on mastique longtemps, plus c'est agréable, ce bruit qui croustille. En face de lui la mère tapisse de beurre salé ses morceaux de pain grillé. Elle mange la bouche mi-close à moitié réveillée. Elle à trois épis sur sa tête et elle regarde le petit, attentive. C'est elle qui l'a levé, comme chaque matin. Le père, à la gauche du petit homme lui parait être une entité supérieur. Le fou d'un échiquier de petits pions attrapés par leur vacarme au petit jour. Il à l'air d'un gardien de phare cintré, descendu de son donjon en chemise et cravate. Il racle son petit pot de yaourt, il en inspecte la transparence du verre au creux des coups de cuillère. Il à l'air d'un enfant, en plus grand. Ils terminent de manger. Il faut passer la porte maintenant. Le petit homme embrasse sa mère et sort dans la nuit. Le père enclenche la soufflerie dans la voiture, la radio lance une comédie jouée par des bonshommes bien éveillés. Ils parlent de la rentrée des classes pour tout les écoliers. Pas de grève des instituteurs, pas de neige au programme. Noël s'est bien passé, il faut se remettre à travailler. Le petit homme à le ventre un peu serré. Pour un peu, c'est l’excitation de revoir quelques visages. Des petites filles bien jolies et qui l'aime bien lui aussi. D'autres tête qu'il va falloir supporter. La route est bouchée, comme avant. Les phares des voitures clignotes en rouge comme une chenille au virage suivant. C'est tout comme avant. La maison aux fenêtres pleine de briques, avec ses morceaux de tôles, de bouts de voitures dans le jardin sans herbe. C'est tout en désordre chez eux. Ceux là ils sont étranges. Il n'a jamais vu personne là dedans. Ils sont absent. Ou bien peut être qu'ils ont choisis de ne pas se lever, ils ne veulent pas sortir le matin dans la nuit. Et cette maison, la haut, au dessus du pont. Ils habitent le long de la voie de chemin de fer. Ils devaient être là avant le train. On quitte l'embouteillage au second virage. C'est la grande ligne droite avant de tourner à gauche. Le train apparaît à droite entre les maisons collées et se pose le long de la voiture, comme pour les accompagner. Le petit homme, de sa manche, essuie la buée pour mieux voir. Il colle presque son œil sur la vitre et repose sa tête sur ses coudes contres la porte. Ses cils battent sur le carreau froid. Il ne fait que regarder de loin. Rapidement le train prend de l'avance et les dépassent. A la radio le ton monte. Un satellite à été lancé par des Russes. Un satellite de la famille Parou. Ils sont tous dans le ciel en ce moment pour surveiller les bateaux de guerre et les sous-marin nucléaires. C'est marrant se dit le petit homme, de se dire qu'ils sont en famille. C’était le derniers des vingt satellites à être mis en orbite. Encore un mot marrant. Il se dit qu'il en parlera à ses copains à la recréation. Hors-bite ! Ça le fait sourire un peu. Ils sont répartis en quatre constellations sur des plans orbitaux séparés par 45° pour obtenir une position avec 100 mètres de précision. Certains d'entre eux sont équipés avec un récepteur Cospas-Sarsat destiné au sauvetage en mer. Le père travail dans les satellites. — Tu connais toi les satellites Parou, demande le petit homme ? C'est des satellite brun alors, s'ils ne sont pas roux. Ou blond. — T'est un peu bêta, hein, lui répond le père dans un demi-sourire et sans quitter la route des yeux. Ils amorcent le dernier virage sur la gauche. Il est encore temps de penser que pour tous les gens perdus en mer, maintenant, ils peuvent être repérés et sauvé plus facilement. Pas comme cette cruelle femme, perdue dans le désert. Dans le désert, personne ne regarde. Ceux qui y vivent tout le temps ils n'ont besoin de personne. Le père le dépose devant la grille d'entrée et l'embrasse. — A ce soir. — A ce soir, répond le père. Ça recommence se disait le petit homme. En se disant ça, il évitait de chercher trop à comprendre ce qui poussait tout ses semblables à se laisser entraîner dans la nuit et le froid. La grille est maquillée d'une peinture blanche et propre. Elle laisse sur la main sa couleur, comme une poudre. Ça n'est pas salissant, mais ça reste, blanc comme de la craie. Et ça sent le fer. Ce matin là n'en finis pas de se lever. Dans la classe, par la fenêtre, la nuit teinte la cour vide, la longue haie et le grillage, la route et les maison derrière. Ces fantômes qui vivent, les habitants tout autour. Des enfants aussi, peut être y dorment pense-t-il. Il y a un grand silence. La maîtresse parle tout doucement. Le vieux président est mort. Dehors, le bleu repose longuement, tout est vide. Le petit homme regarde surtout la couleur. C'est agréable. Les cahiers sont fermés, on ne les a pas ouverts. Le regard du petit homme est pris au dehors tandis que la maîtresse chuchote la consigne. Il faut reposer sa tête sur ses bras et se tenir en silence, sans fermer les yeux.
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