Histoire de Pénélope F.

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"Je coupe. Une mèche après l’autre. L'eau oxygénée maintenant. Blond platine au final. Jean Seberg dans « A bout de souffle ». J’aimerais être aussi belle. J’ai juste les cheveux courts"  [+]

Pénélope est triste. Elle est aussi profondément meurtrie et totalement désabusée. Depuis quelques jours, elle erre dans son manoir, elle passe sans but d’une pièce à l’autre. Les journalistes qui font le siège devant les grilles de la propriété se relaient jour et nuit pour épier ses moindres mouvements. La pluie qui tombe sans discontinuer la prive du plaisir d’aller caresser, du revers d’un doigt, le satin d’une rose en train d’éclore. Car rien ne va plus comme avant, depuis le début de l’ « affaire ». Elle est comme une brindille de paille ballotté par un vent tempétueux. Elle est en permanence étourdie, elle peine à se concentrer sur les tâches simples qui ont jusqu’alors rythmé son quotidien. Tout en contemplant son reflet au milieu des gouttes qui parcourent les baies vitrées, elle se remémore une époque lointaine, quand elle habitait encore de l’autre coté de la Manche avec ses parents. Elle se souvient quand elle a succombé pendant un voyage d’études à la tentation du jeune François. Après quelques coïts furtifs elle est devenue bien trop vite Madame Pénélope Fictif.
François Fictif semblait promis à un grand destin, il avait de l’énergie à revendre, de l’ambition comme personne et un sens politique hors du commun. Tout jeune déjà, il avait pour habitude de ne pas se retirer. Le vagin de Pénélope fut le premier à constater cette particularité que Monsieur Fictif appliquait avec le même à-propos à sa vie sexuelle et à ses activités politiques. Ces refus de retrait entrainaient immanquablement le développement d’une demi-part fiscale dans l’utérus de la jeune mariée. Trente années de la vie de Pénélope furent ainsi englouties par la mise au monde et l’éducation d’une ribambelle de bambins. Pendant ce temps, la carrière de député n’était pas la seule à avoir été embrassée par François Fictif, il y eut aussi la femme de ménage, la jardinière, la baby-sitter ainsi qu’une multitude d’attachées parlementaires. Pénélope eut sa première grande désillusion en découvrant son jeune élu de mari au beau milieu du salon, fermement emboité dans la petite Henriette, jeune fille originaire du Mans et normalement dédiée à l’entretien des sols du manoir des Fictif. Cette dernière poussait des petits gémissements pendant que François, la besognait en levrette, pantalon baissé, mèche en bataille et cravate entre les dents. Un haussement de sourcils et un cri de bête plus tard, François ôtait sans ménagement et sans tendresse son outil de la femme de ménage. Elle était encore courbée sur le canapé qui venait d’accueillir leur accouplement rapide que déjà le député rangeait son gland luisant dans son slip kangourou. Pénélope, cachée derrière la porte entrebâillée fit un « O » parfait avec sa bouche, puis elle plaça devant cette voyelle imaginaire sa main à plat en signe de la plus extraordinaire des stupéfactions. Alors que ses yeux écarquillés à l’extrême, semblaient vouloir sortir de leurs orbites, Pénélope croyait en avoir fini avec la surprise et la honte. Ces deux sentiments atteignirent leur paroxysme dans la seconde qui suivit quand son mari fouilla dans la poche de son pantalon encore tire-bouchonné à ses pieds. Il en sortit un billet de 200 euros qu’il fourra sans ménagement dans la culotte avec laquelle la jeune Henriette venait de recouvrir son intimité. Pénélope Fictif se retira sans bruit, mais pas assez rapidement toutefois, ni suffisamment loin, pour ne pas entendre le bruit d’une claque sur une fesse nue suivi d’un trivial : « Casse-toi salope ».
On peut dire que beaucoup des illusions de Pénélope se sont effondrées ce jour là. On pourrait aussi à ce moment du récit échafauder des hypothèses sur la stabilité du couple des Fictif. C’était sans compter sur leur ciment commun : la religion. Pénélope et François, bien que ce dernier on vient de le voir, ne respectait pas parfaitement à la lettre les sacrements du mariage et les dix commandements, Pénélope et François, disais-je, partageaient une foi pratiquement identique. Du coté de Pénélope, on avait affaire à une croyance très traditionnelle, une foi de « mère en fille », on pourrait presque parler de foi sincère si l’on n’avait pas peur de commettre une sorte de pléonasme. En ce qui concerne François, c’était sans nul doute face à une Foi « opportuniste » que l’on se trouvait en permanence. En matière de politique, la religion est un aspirateur à suffrage, François Fictif l’avait compris, il eut pu tout autant être Salafiste ou Orthodoxe si cela devait servir sa carrière.
Moins le manoir des Fictifs résonnait du rire des enfants qui avaient grandi, plus le gravier de l’allée centrale crissait sous les roues des limousines qui allaient et venaient sans cesse. La carrière de François suivait une courbe ascendante dont le but secret était la fonction ultime. Pénélope, encore acquise à la cause de son mari, plus par résignation que par amour ne fut même pas enthousiaste quand François se fit ministrer. Les réceptions au manoir se firent beaucoup plus fréquentes. Elle fût vite harassée de travail, dès le matin, elle devait répartir les tâches ménagères, indiquer les travaux aux jardiniers, préciser les soins des chevaux au palefrenier, donner les menus à la cuisinière et distribuer les missions au factotum. Elle ne pouvait consacrer qu’une ou deux heures à son bain et sa toilette qu’il fallait déjà qu’elle passe une éternité à la vérification de l’application de ses directives. Le repas de midi qu’on lui servait de manière très simple dans la grande salle à manger servait de préambule à une courte sieste bien méritée. L’après midi étant ensuite dédié aux instructions qu'elle donnait pour les préparatifs du diner et au choix de la tenue qu’elle allait porter pour la circonstance. Les avocats, les députés, les architectes, les chirurgiens, les ministres, les patrons d’entreprise se succédaient à la table des Fictifs. Plusieurs fois par semaine, la vaisselle d’apparat du 18ème siècle ainsi que l’argenterie de famille brillait de mille feux sous les regards éblouis des convives. Ces repas qui étaient avant tout d’interminables débats sur la manière la plus appropriée d’appauvrir le pauvre et d’enrichir plus encore le riche se terminaient immanquablement par le rituel des valises. Bien des convives « oubliaient» leur mallette et certains invités, sans doute grisés par le bon vin, se « trompaient » et repartaient avec des bagages ne leur appartenant pas. Il est arrivé aussi, que des amis arrivés les mains vides, prennent congé avec un attaché-case au bout du bras. Pénélope, pour avoir souvent jeté un œil dans ces bagages entreposés dans le vestibule, savait qu’ils avaient tous le même contenu. Des millions d’euros en grosses coupures parcouraient ainsi les circuits touristiques de la Sarthe.
Pénélope fit connaissance avec la plus grande partie de la classe politique du pays de l’égalité et de la fraternité. Elle découvrit la galanterie à la française quand un sénateur obèse la prenant pour une servante lui confia son manteau en lui donnant une tape sur les fesses. Au cours de ces nombreux repas, elle observa l’art de la trahison pratiqué par la totalité des convives entre la poire et le fromage. Elle fut fascinée par l’absence de scrupules qui accompagnait la mise à mort des adversaires. Elle était la plupart du temps transparente, ces messieurs ayant une vision de la parité qui ne prenait sens que sur un plateau télé. Son opinion n’étant que poliment requise pour des questions météorologiques ou culinaires. Elle écoutait des conversations qui lui donnaient le tournis, tous ces dineurs n’avaient qu’un seul étalon pour leurs discussions: le milliard d’euros ! Untel préconisait l’économie de 50 milliards, un autre décidait d’un coup de baguette magique de l’investissement de cent milliards. Celui qui au cours d’un repas n’avait pas « dépensé » ses 500 milliards virtuels plongeait les autres invités dans un ennui profond. Pénélope aurait voulu leur dire que dans certains appartements en haut de tours délabrées, sur des tables en formica, des gens avaient entendu dire que la nouvelle boulangerie du centre commercial vendait la baguette 75 au lieu de 80 centimes d’euros.
Quand il y eut les élections primaires du parti de son mari et que, contre toute attente, François Fictif fut choisi pour représenter les siens, les sentiments de Pénélope furent mitigés. Que son mari accède à la plus haute des fonctions et quelle devienne de fait la « première dame » ne la réjouissait pas. Quand elle déambulait dans son jardin elle pensait avec effroi à la fin de sa relative tranquillité. Pénélope avait mille fois raison de s’inquiéter.
La presse allait donner une magistrale ruade dans ce que François et son équipe qualifiaient déjà de parcours de santé. Comme dans toute histoire de cocu qui se respecte, l’intéressé (e) est toujours dernier (e) à apprendre son infamie. Pénélope vérifia cet adage un mercredi matin. Sitôt les journaux parus, la nouvelle se répandit comme une trainée de poudre et elle apprit, en même temps que la France entière, qu’elle avait occupé un emploi d’attachée parlementaire grassement rémunéré pendant des années.
Le retour de François au manoir ce soir là donna le coup d’envoi de la plus mémorable dispute du couple Fictif. Comment François avait-il pu mentir de la sorte à Pénélope ? Monsieur Fictif essaya bien comme chez Monsieur Bourdin de développer des « éléments de langage » soigneusement choisis. Il dut esquiver en échange un chandelier en bronze qui avait soit disant appartenu à Marie-Antoinette. Il prit son air le plus docte et tout en arrangeant sa cravate, il pria son épouse de contenir sa colère, il lui signifia qu’il en allait de l’intérêt supérieur du pays, ce à quoi sa galloise de moitié répondit dans la langue de Shakespeare : «Fuck off !». Profitant d’une seconde d’inattention de François, elle faillit bien l’atteindre avec un cendrier en marbre de Carrare. Cette nuit les Fictifs firent chambre à part pour la première fois depuis leur mariage.
Le mois qui s’ensuivit fut le théâtre de grandes manœuvres médiatiques. François, comme dans des sables mouvants, se débattait maladroitement et perdait pied de jour en jour. Pénélope tenta tant bien que mal de donner l’apparence d’un soutien à son mari, mais au plus profond d’elle-même elle souffrait de cette infamie dont elle n’était en rien responsable. Son mari refusait qu’elle s’exprime dans les médias et elle supporta sans mot dire la honte d’une perquisition à son domicile.

..........

Pénélope ne dort plus. Elle ne mange pratiquement plus. Ce matin son miroir lui a renvoyé l’image de sa mère. Sa décision est prise. Elle se dirige vers la grille du manoir et à travers les barreaux elle fait signe au journaliste de BFM de s’approcher. Elle lui ouvre la porte et le précède jusqu’au salon. Ils s’assoient en face l’un de l’autre et elle commence à parler :
- Je vais tout vous dire...
Elle s’arrête une seconde en voyant son mari pénétrer dans la pièce. Elle plante ses yeux dans les siens et d’un ton sans appel lui dit :
- François, dégage !
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Hermann Sboniek  Commentaire de l'auteur · il y a
Ceci est un vieux texte que j'avais oublié dans un coin de mon PC, je me souviens avoir bien rigolé en l'écrivant. C'est totalement à charge, absolument subjectif et bien évidement animé par la plus élémentaire mauvaise foi de ma part.
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JAC B · il y a
La subjectivité n'a de limites qu'avec les fausses vérités et Dieu sait si... En tout cas si j'ai beaucoup souri j'ai quand même plaint Pénélope. Solidarité féminine ? Peut-être !
Toujours cette plume aussi incisive que "lyrique", Hermann, un plaisir comme d'hab!

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Gilles Cé · il y a
Comme quoi il y a parfois de bonnes choses dans les vieux coins et pas que du vin.
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Paul Thery · il y a
A quand le grand retour d'Ulysse Fictif ? (car nous avons tous bien compris que François était un prénom d'emprunt). Hermann, tu es notre Homer ;-))
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Hermann Sboniek · il y a
Marge me dit toujours la même chose 🙂
Merci.

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Alice Merveille · il y a
Outrageusement... jouissif !
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Hermann Sboniek · il y a
Assez "jouissif" à écrire aussi 🤣🤣
Merci.

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Fleur A. · il y a
Espérons que M.fictif ne fasse pas un procès pour propos calomnieux
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Hermann Sboniek · il y a
Comme je l'ai déjà écrit plus bas, je n'attends que ça pour lancer ma "carrière"
🙂

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Valérie Labrune · il y a
J'espère que la bonne a veillé à déclarer ses 200 euros aux impôts. Il ne s'agirait pas que la "distraction" des petites gens mette en péril la vie d'un honnête Fictif.
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Hermann Sboniek · il y a
Elle a du s'acquitter de l' ISF:
Impôts Sur Fictif 🙂

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Joëlle Brethes · il y a
🤣🤣🤣
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JLK · il y a
Petit garnement. Certes, nous avons joui de cette pépite, mais nous ne saurions
vous encourager à exploiter un tel fillon.

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Hermann Sboniek · il y a
🤣🤣🤣
C'est vrai, ne nous Fillon pas aux apparences.

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Marie Quinio · il y a
Un F word chez la F family, mmm... vous méritez une bonne claque sur la fesse, Monsieur Sboniek pour ce texte outrageusement délicieux ;)
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Marie
La claque sur les fesses !!! Vous n'y pensez pas, je suis capable d'apprécier 🤣🤣
Merci.

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Marie Quinio · il y a
Haha! On va en rester là, alors... :p
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Renise Charles · il y a
Une seule réponse possible à tant d'outrecuidance, de malhonnêteté intellectuelle : « Oh ! oh ! oh ! oh ! Je vais vous foutre un procès, moi. »
Je n'ai pas suivi vos conseils depuis le forum et grand bien m'en a pris. Ça fait du bien de rire du malheur de ceux qui le méritent. Merci Hermann.

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Hermann Sboniek · il y a
Un bon procès bien médiatisé placerait ma "carriere" littéraire sur les rails du succès bien mieux que tous les romans que je m'évertue à écrire 🙂
Merci.

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