Comme un conte de Noël

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"Savoir qu'on n'écrit pas pour l'autre, savoir que ces choses que j'ai écrites ne me feront jamais aimer de qui j'aime, savoir que l'écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu'elle est  [+]

Image de Printemps 2021

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Noël ! Noël !... Comme chaque année, la frénésie s’est emparée de la ville. Les rues tendues d’or et d’écarlate, les vitrines ensevelies de paillettes et d’étoiles, l’immense sapin dressé place de la Liberté, tout semble chanter Noël sur des airs de bal musette. Une foule hivernale gonflée de paquets se presse sous les éclairages violents des magasins. Le rythme ralentit entre les cabanons en bois du Marché de Noël, où l’on peut déguster du vin chaud à la cannelle ou acheter des bougies.
Il est à la mode de dire que l’on n’aime pas Noël, sa poésie surfaite et ses excès commerciaux. Mais qui reste vraiment insensible à la magie des illuminations, à la joie impatiente des enfants, à cette ivresse clinquante, mais tellement chaleureuse ? Même Cédric, qui piétine dans la foule, se surprend à sourire. Pourtant, sa vie actuelle ne le dispose guère à la gaieté. Revoici déjà Noël, et quels changements depuis l’autre ? Il est toujours étudiant et, à vingt-cinq ans, de plus en plus de gens sourient avec commisération quand il l’annonce. Il habite toujours la même petite piaule étriquée, toilettes et salle de bain deux étages plus bas. Ses parents, lassés, n’ont financé cette année que son inscription à l’université. Et donc, depuis Noël dernier, il a enchaîné six... non, sept petits boulots, tous aussi péniblement rémunérateurs....
À Noël dernier, il y avait Claire, aussi... Cédric préfère éviter les bilans. Il remonte le col de sa veste, plus vraiment chaude à force d’avoir été lavée, et emprunte une rue parallèle pour échapper à la foule. Il est en route vers un nouvel emploi, parfaitement de saison : une société, organisatrice d’événements le reste de l’année, recrute pour la nuit du vingt-quatre décembre une trentaine de pères Noël. Bien sûr, il faut sacrifier son réveillon, mais la nuit est rentable : deux cent cinquante euros pour quelques heures de tournée affublé d’une barbe blanche. Pour un gars comme lui, c’est inespéré. Il a dépensé tout ce qu’il lui restait en cadeaux pour sa famille : des folies pour ses neveux : une robe de princesse rose pour Julie, un château fort pour Hugo. Pour les adultes, ses parents, sa sœur et son beau-frère, un cadeau original et qui tient exactement dans la poche de sa veste d’hiver : des billets de loterie ! Quatre billets flambant neufs, à deux euros pièce et qui pourraient leur faire gagner la super-cagnotte de Noël : vingt-cinq millions d’euros ! Évidemment, Cédric n’y croit pas un instant, mais il devra se montrer convaincant face aux vrais cadeaux des autres...
Il enfile au hasard les rues grises et mouillées, finit par trouver l’adresse de l’annonce. Ce sont des locaux carrés et hygiéniques où poireaute déjà une quinzaine de pères Noël potentiels. Il s’assied à côté d’un jeune type au regard de furet et fixe ses chaussures jusqu’au moment où un homme jovial, style animateur de club du troisième âge, les invite à entrer dans la pièce voisine.
Cédric observe ses futurs collègues d’une nuit : beaucoup de jeunes, comme lui, à l’aspect plus ou moins minable (il se demande où il se situe. Il n’est pas le plus minable, non. Mais pas le moins non plus. Il conclut à un score moyen de minabilité. Peut mieux faire). Il y a quelques vieux qui doivent penser que l’âge est un atout décisif pour ce genre d’emploi. Et il y a même des femmes, deux femmes fatiguées. Cédric se demande s’ils vont les accepter.
— Le métier de père Noël, un boulot comme les autres ? Loin s’en faut ! martèle l’animateur d’une voix gesticulante. C’est une lourde responsabilité. Une véritable croisade pour la sauvegarde de la tradition et de l’émerveillement des petits et des grands. Sur ses frêles épaules de rouge enveloppées, le père Noël porte la magie de Noël. Il devient chevalier du merveilleux, garant de la féerie....
Un homme se lève et quitte la pièce dans un raclement de chaise et un haussement d’épaules. L’animateur en reste pantois. Puis il se remet, et passe aux aspects pratiques de la question. Chaque père Noël recevra un costume, des bottes, une barbe, un bonnet et une hotte. Le costume est disponible en trois tailles, les bottes en cinq pointures, mais le reste est taille unique, il faut faire avec. Chacun se verra attribuer une liste d’adresses à visiter. À chaque adresse correspond un numéro de téléphone, pour que le père Noël puisse annoncer son arrivée. Il attendra que quelqu’un sorte de la maison et lui remette les cadeaux à distribuer. Ensuite, eh bien, vous connaissez la chanson, quelques questions aux enfants, des bisous et des « joyeux Noël » en pagaille, distribution des cadeaux et basta, adresse suivante. La tournée commence à dix-neuf heures et vous en avez jusqu’à deux ou trois heures du matin, facile.
Surtout, ah ! n’oubliez pas le carnet ! Le père Noël devra en fin de visite faire signer son carnet. Au retour, en échange du carnet dûment signé, et si personne n’a appelé pour se plaindre, deux cent cinquante euros. Le soir même, nos bureaux sont ouverts toute la nuit. Correct, n’est-ce pas ? Maintenant, vous allez me rejoindre un par un dans mon bureau pour les petites formalités. Et encore une chose, le père Noël n’est pas autorisé à boire de l’alcool pendant son service, méfiez-vous, on vérifiera. Ce sera tout, merci messieurs.
À l’issue de l’entretien, on les fait sortir par derrière. Cédric ne saura jamais combien de candidats ont été sélectionnés, ni si les deux femmes auront droit à la fameuse barbe blanche....

Au début, comme toujours sous un déguisement, la sensation est étrange. Celle d’être soi-même, mais perçu comme un autre. La barbe lui chatouille les joues, et ses bottes bon marché dérapent dans la neige fondue. Si la plupart des passants l’ignorent, certains lui lancent des plaisanteries plus ou moins amusantes. Les enfants le montrent du doigt à leurs mamans qui essayent de ne pas mouiller leurs jolies chaussures de soirée.
Cédric arrive à la première adresse, et doit retirer ses gants blancs pour pianoter le numéro sur son portable. Un homme l’accueille par la porte du garage. Il a enfilé un manteau qui jure avec son costume élégant. Les cadeaux sont là, bien camouflés sous une couverture grise. Cédric les entasse dans sa hotte, puis va sonner à la porte. L’accueil est magnifique. Les enfants poussent des cris de joie, d’excitation et de terreur mêlés. Ils sont toute une petite bande, bien proprets dans leurs habits neufs, se tirant et se bousculant pour approcher le père Noël. Il y met les formes, bougonne joyeusement, prend tout son temps pour déchiffrer les étiquettes, caresse les petites têtes bien peignées, et est presque obligé d’accepter un petit verre « pour la route ». C’est un excellent vin blanc, il ne le regrette pas, et repart dans un charivari de « joyeux Noël » !
Il continue sa tournée, et c’est une variation lyrique de grand talent sur le thème de la fête et de la bonne humeur. Maison après maison, sapin après sapin, il retrouve les yeux brillants des petits, la camaraderie sincère des adultes. Bien sûr, de « petit verre pour la route » en « petit coup, il fait si froid », le père Noël est bientôt joyeusement éméché, mais qu’importe ! Il chante à tue-tête d’une adresse à l’autre, se trompe deux fois de numéro de téléphone, qu’importe, qu’importe, les gens croient à une blague, et puis, c’est Noël, après tout ! Cédric ne sent plus le froid. Il a recommencé à neiger, une petite neige ouatée qui poudre discrètement les trottoirs piétinés. La chaleur des maisons, le silence de la rue offrent un contraste soûlant, comme lorsqu’on allume et éteint sans cesse la lumière. La nuit devient tunnel de guirlandes et de flocons.
Il ne comprend pas très bien comment il se retrouve dans une cuisine, coincé entre une carcasse de dinde, quelques bouteilles vides et une jeune femme en pleurs qui s’agrippe à sa manche. Son ample décolleté tressaille à chaque reniflement. Cédric recule instinctivement vers la porte.
— Attendez... vous devez m’écouter, car ce soir c’est Noël et vous, vous êtes le père Noël, alors... Je me sens toujours si seule à Noël...
— Vous avez votre famille..., suggère Cédric en lorgnant la porte.
— Oh, ma famille !... Ils ne m’aiment pas vraiment, ils m’invitent que parce qu’ils sont obligés, mais si je ne venais pas, ils seraient bien contents, ça ne les empêcherait pas de faire la fête... Tenez, ma belle-sœur, vous avez vu ma belle-sœur ? Elle me déteste, cette grosse blonde puante...
— Bon, écoutez, je suis désolé, mais il faut que j’y aille, là. J’ai encore du travail, et...
— Attendez ! Embrassez-moi, avant de partir. Juste un bisou de frère et sœur... Je suis tellement triste...
Avec une rapidité surprenante chez une personne aussi accablée, elle le plaque contre le micro-ondes et se presse lascivement sur son ventre rembourré. Cédric la repousse sans vraie conviction. Il commence à avoir très chaud.
— Mamaaaaan ! Y a le père Noël qui embrasse Tata Sandra dans la cuisine !
Brouhaha et rires dans la salle à manger. Le petit garçon, ravi de son effet, répète en criant : « Le père Noël il embrasse Tata Sandra, le père Noël il embrasse Tata Sandra... »
Un homme en bras de chemise, la serviette à la main, hilare, s’engouffre dans la cuisine et vient tirer Cédric par le coude : « Laissez tomber les femmes, pères Noël, ce n’est plus de votre âge, ces trucs-là ! Venez plutôt boire un coup avec nous... »
Un peu plus avant dans la nuit, Cédric aligne des traces vacillantes dans la neige fraîche. Il décide de tirer une sonnette au hasard, pour faire une chouette surprise à des gens qui ne s’attendent pas à voir débarquer le père Noël... Tiens, cette maison par exemple... Il s’acharne sur la sonnette en balbutiant : « Ouvrez... braves gens... c’est le p... père Noël... »
Ce n’est pas la porte qui s’ouvre, mais une fenêtre à l’étage. Une silhouette noire dans un rectangle de lumière hurle : « Casse-toi ! Ivrogne ! Connard ! Sinon j’appelle les flics... »
Cédric en est tout déconfit. Il s’éloigne en murmurant : « On ne dit pas ça... au père Noël... si... sinon, il ne vien... viendra plus... ah, non ! ».
Ensuite, il se perd. Il loupe une rue, puis une autre, tente de lire son plan dans l’éclairage maigrichon des réverbères, marche encore, tourne encore, finit par s’assoupir sur un banc dans un square désuet avec trois balançoires lugubres.
Le réveil est douloureux. Cédric est tout ankylosé. Son costume de velours est raidi d’humidité glaciale. Dans ses bottes bas de gamme, il a les pieds transis. Dégrisé, hébété, il se traîne jusqu’à un arrêt de bus. La rue est déserte sous ses décorations pathétiques. Noël est un beau jouet cassé, abandonné dans un coin. Tout frissonne.
Le bus arrive enfin, dans un grondement familier. Assis sur la banquette en plastique, Cédric invente consciencieusement les signatures qui manquent à son carnet. Voici déjà le centre-ville. Des cafés dégorgent quelques joyeux fêtards qui braillent des chants de Noël. Des cotillons taguent la neige de pissures colorées. Comme prévu, les bureaux de la rue Marcel Cerdan sont ouverts. Un fonctionnaire blasé jette un œil à son carnet, vérifie sur son registre que personne n’a téléphoné pour se plaindre, finit par sortir d’un tiroir une enveloppe avec le nom et la somme tapés à l’ordinateur. Cédric Maréchal, deux cent cinquante euros.
Enfin, il peut enlever son déguisement poisseux, récupérer son jean, ses baskets, sa bonne vieille veste. Cette fois, c’est terminé. Il se care avec satisfaction dans ses vêtements, tâte les deux cent cinquante euros bien serrés dans sa poche. Revoici la rue où l’ombre des immeubles retarde une aube fragile. Rentrer à pied ou attendre un autre bus ? Le suivant ne passe qu’une heure plus tard, alors Cédric se met en marche, de son ample pas élastique.
Claire lui reprochait de marcher trop vite. « Je ne peux pas suivre, disait-elle, ralentis ! Ce n’est pas une course ! » Et lui ralentissait. Il calquait son pas sur le sien, traînait le long des avenues, réfrénait ses grandes enjambées. Trop de livres ? Trop de chansons ? Trop de rêves ? Il avait grandi dans les romans, n’avait guère vécu que des expériences de papier et de songes. Il avait toujours pensé que l’amour ne pouvait être que bénéfique. Il pensait qu’aimer, et surtout être aimé, donnait une force supplémentaire pour affronter les petits soucis et les vraies épreuves de la vie. Il pensait qu’une personne « en amour » était plus heureuse, donc plus ouverte, plus compatissante, plus performante dans tous les domaines.
Jamais il n’avait envisagé qu’au contraire, l’amour pouvait faire ralentir, freiner l’élan vital qui nous porte en avant. Et c’était pourtant exactement ce qui s’était passé dans cette histoire avec Claire. Cédric imagine une sorte de spécialiste en blouse blanche, triant les amours comme le pharmacien examine votre récolte de champignons. « Celui-ci, désolé, monsieur, il est toxique. On l’appelle Amour Destructeur, de son nom scientifique... »
À force de ralentir, il s’était embourbé dans le quotidien. Il avait méprisé ses cours, raté ses examens, perdu son travail. Il avait négligé ses meilleurs amis, sa famille. Il avait abandonné le sport. Bien sûr, en échange, il y avait Claire, pâle déesse insolente et sublime. L’amour de Claire, l’amour avec Claire...
Mais à quoi bon remuer tout cela ? Laissons sur place les souvenirs trop lourds. Maintenant, il marche de nouveau à larges enjambées, plus personne ne lui demande de ralentir, et il n’est pas heureux.
C’est devant son immeuble qu’il le découvre. Un sans-abri énorme sous des cartons disloqués, qui barre l’entrée et ronfle puissamment. Cédric tente de l’enjamber, de le contourner en se collant au mur, mais l’homme prend vraiment toute la place. Cédric essaye de le réveiller.
— Monsieur ? Monsieur ?
L’homme grogne, mais ne bouge pas.
— Monsieur ? Monsieur ? Je dois passer. Je dois rentrer chez moi... Monsieur ?
Cédric regarde machinalement autour de lui, mais il n’y a personne pour l’aider. Il doit être près de six heures et c’est le matin de Noël. Un chat traverse la rue et se faufile sous une voiture.
Il appelle plus fort, secoue le bonhomme avec de moins en moins de douceur. Enfin, l’autre émerge, les sourcils froncés, en râlant :
— Qu’est-ce que vous m’voulez ? J’en veux pas, d’vot’ soupe. J’aime pas ça, moi, la soupe... Fichez-moi la paix... J’fais d’mal à personne, et j’veux pas aller dans un foyer...
— Moi non plus, je n’aime pas la soupe. Et personne ne va vous mettre dans un foyer. Je veux juste rentrer chez moi, mais vous êtes en travers de la porte, vous comprenez ? Je ne peux pas passer. Je veux juste que vous me laissiez passer...
— Vous habitez ici ? Moi aussi, tiens, j’habite juste ici, regarde, c’est ma chambre...
Et l’homme se met à faire de drôles de petits chuintements. On ne sait pas s’il rit ou s’il pleure.
Brusquement, Cédric se sent ému. Il regarde cet homme usé, cet homme assis dans des cartons, là, dans l’entrée de l’immeuble. Cet homme qui s’est arrêté là où tout le monde ne fait que passer, et dont on ne sait pas s’il rit ou s’il pleure.
Il ne réfléchit même pas. Il sort l’enveloppe de sa poche, son salaire de père Noël minable qui n’a même pas fini sa tournée. Il la fourre de force dans le gant craquelé du vieil homme. Puis, sans ménagement, il le bouscule, grimpe l’escalier comme un zombie, s’écroule sur son lit, et sombre dans un cauchemar de pères Noël ivres, de rues glaciales, de sapins hallucinants et de cadeaux monstrueux...

Julie, enjôleuse, se suspend à sa main.
— Dis, Tonton, on les ouvre quand les cadeaux ? Si on les ouvrait maintenant ? Hein ? Dis, Tonton ?
Cédric dépose sa coupe de champagne et attire la petite fille dans ses bras. Elle porte une robe chasuble écossaise, avec des souliers en cuir verni. Ses cheveux bouclés sentent bon le shampoing.
— Dans deux minutes, d’accord, princesse ? On attend que mamie, elle ait fini de préparer à manger. Après on ouvre les cadeaux, et après on mange, d’accord ?
Julie plisse son petit nez. Elle va pleurer. Cédric attrape au hasard la télécommande.
— Tiens, en attendant on regarde un peu la télé, tu veux ?
Oui, elle veut bien. Mieux, elle vient se blottir dans les bras de son oncle. La télévision s’allume sur les informations.
C’est un véritable conte de Noël qui est arrivé ce matin. Un SDF de cinquante-huit ans a gagné la super-cagnotte de Noël, soit 25 millions d’euros ! Nous retrouvons en direct notre envoyé spécial Jean-Marc Paillaud.
Oui, bonjour Patrick, bonjour à tous, c’est en effet un vrai miracle de Noël qui s’est produit ici. Ce matin, dès l’ouverture, un homme s’est présenté au bar-tabac l’Amicale avec quatre billets de la super-cagnotte de Noël... Et là, miracle ! Un des billets était le billet gagnant ! Et son heureux propriétaire va empocher la somme fantastique de vingt-cinq millions d’euros ! L’homme, qui vit dans la rue depuis plusieurs mois, a été pris en charge par des bénévoles du Secours catholique. Il n’a pas souhaité s’exprimer devant nos caméras, et a seulement déclaré que les billets lui avaient été donnés par un passant, tôt ce matin...
— Attends une seconde, ma puce...
Cédric, hébété, se lève, va vers le portemanteau, cherche la porte intérieure de sa veste, mais il sait déjà ce qu’il va y trouver : une enveloppe avec son nom tapé à l’ordinateur, qui contient deux cent cinquante euros, le salaire surréaliste d’un père Noël fatigué...
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