Bon dimanche !

il y a
4 min
30
lectures
1

Retrouvez mes lectures sur ma chaîne YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCvhp3DP7NQEGYv5xPKCEaAQ/featured

C'est dimanche matin. Monsieur Merci se rend à la boulangerie pour acheter des croissants ordinaires. Il les préfère aux croissants-beurre, plus plaisants dans leur forme de sourire. Il y rencontre Mademoiselle Bonjour qui le salue aimablement :

- Comment allez-vous mon cher ?

- Assez bien merci !

- Assez bien, seulement ?

- Plutôt bien, plutôt bien !

Sur ces entrefaites, Madame Pardon entre dans la boutique et achète les deux plus gros pains au chocolat du présentoir.

- Elle ne salue jamais celle-là ! chuchote Monsieur Merci à Mademoiselle Bonjour.

- Oh, ne m'en parlez pas, figurez-vous qu'elle est ma voisine !

À ces mots, Madame Pardon se retourne et jette un regard noir qui en dit long sur Monsieur Merci. Elle quitte la boulangerie en haussant les épaules et en bousculant au passage Madame Amour et sa petite-fille Belle qui attendent leur tour :

- Aïe ! crie Belle.

- Elle ne peut pas dire pardon ! s'exclame Madame Amour.

- Pardon ? demande Madame Pardon.

- Ah, comme ça c'est mieux ! soupire Madame Amour.

Quand enfin vient leur tour, il ne reste plus aucune viennoiserie à l'exception d'un pain aux raisins trop cuit.

- Vous arrivez un peu tard Madame Amour ! s'exclame la boulangère d'un air pincé.

À peine termine-t-elle sa phrase que Monsieur Désolé fait irruption dans la boulangerie, les cheveux ébouriffés et la chemise à moitié fermée. Il fait « O » avec sa bouche en constatant qu'il ne reste plus rien sur les présentoirs et qu'il va, par là même, décevoir sa jeune épousée. Aussi, traverse-t-il la rue en toute hâte pour tenter sa chance au bistrot d'en face :

- Hep toi ! tu ne peux pas faire attention ? hurle un automobiliste en klaxonnant.

Le pauvre Monsieur Désolé s'excuse d'un signe de la main.

- Alors Monsieur Désolé, on a décidé de se faire renverser aujourd'hui ? lance le barman en guise de bonjour.

- Euh bonjour, bonjour, euh, vous reste-t-il quelques croissants, euh, c'est pour ma femme !

- Il m'en reste quatre, vous les prenez ?

- Euh oui oui merci, combien vous dois-je ?

- Dix euros s'il vous plaît !

- Dix euros ? Dites, c'est un peu cher !

- C'est dix euros les quatre et cinq euros les deux !

- Bon, je prends les quatre, merci, au revoir !

Dans l'escalier de son immeuble, Monsieur Désolé rencontre Mademoiselle Toujours :

- Bonjour Monsieur Désolé ! dit-elle timidement.

- Bonjour Mademoiselle Toujours ! répond-il pressé.

Mademoiselle Toujours est une vieille fille renfermée, un peu fade et ennuyeuse. Elle ne converse qu'avec la concierge, Madame Colle, qui l'utilise comme prétexte pour échapper à son mari, homme possessif et fainéant.

Mademoiselle Toujours aime secrètement Monsieur Désolé. À peine le voit-elle passer qu'elle rougit comme une tomate. Madame Colle la surprend et s'exclame de toute son indélicatesse :

- Hé bé, c'est pati ridicule de rêver autant. Savez bien qu'il est marié le Désolé. Et pi quand bien même il le serait pas, c'est pas avec une vieille fille rabougrie qu'il ferait sa vie !

Mademoiselle Toujours plante sur place Madame Colle et monte à toute vitesse jusqu'à son appartement puis s'effondre d'humiliation sur son paillasson. Elle sanglote si fort qu'elle n'entend pas Monsieur Désolé qui vient lui prêter assistance.

- Laissez, ça n'est rien, merci Monsieur Désolé !

- Oh, ne vous mettez pas dans cet état Mademoiselle Toujours, et n'écoutez plus cette mémère acariâtre. Allez, c'est fini, tenez, prenez plutôt un croissant, je viens de les acheter pour ma femme, moi je ne mange pas le matin !

Mademoiselle Toujours, visiblement émue par l'intérêt soudain que lui manifeste Monsieur Désolé, s'arrête net de pleurer et le fixe d'un air éberlué.

- Rentrez donc chez vous Mademoiselle Toujours.

Monsieur Plus, après une bonne sieste, prend son journal et part au parc, pour le plus grand désespoir de Madame Plus. Elle dit en levant les yeux au ciel :

- Mais pourquoi diable ai-je épousé un courant d'air ?

En effet, Monsieur Plus s'arrange toujours pour passer le moins de temps possible avec sa femme depuis le mariage de leur fille cadette. C'est qu'il s'ennuie avec Madame Plus. Elle se plaint constamment, ne s'habille pas, n'a goût à rien. Bref, Monsieur Plus n'est pas amoureux de Madame Plus, et c'est ainsi depuis trente-cinq ans.

Le parc a l'avantage de permettre aux riverains de se rencontrer. Ainsi, Monsieur Plus décide-t-il de s'asseoir sur le banc choisi par Mademoiselle Toujours, pour se laisser aller à ses rêveries dominicales et y lire son journal en bonne compagnie. Après l'avoir parcouru, il le lui tend et elle l'accepte.

- Rien de tel qu'une bonne sieste après le déjeuner, n'est-ce pas Mademoiselle ? Madame peut-être ?

- Mademoiselle !

Mademoiselle Toujours se plonge sans tarder dans le journal pour éviter une conversation qu'elle sait d'avance sans intérêt.

- Une glace ?

- Non merci Monsieur, c'est bien aimable à vous mais merci, je sors de table !

- Je comprends, je suis trop vieux, vous préféreriez converser avec un homme plus jeune, je comprends, je comprends ! dit-il songeur et un brin vexé. Bon après-midi Mademoiselle, vous pouvez garder le journal.

Le vent se lève. Mademoiselle Toujours frissonne. Que faire ? Rentrer à la maison pour n'y trouver personne ? Rester au parc ? Rentrer prendre un chandail et retourner au parc ? non, trop loin !

- On dirait que vous avez froid Mademoiselle, Madame peut-être ?

Dans un mouvement de sursaut, Mademoiselle Toujours lève la tête et voit une main tendue la saluant :

- Puis-je me présenter ? Je suis Monsieur Mot, ravi de faire votre connaissance !

- Enchantée de vous connaître, je suis Mademoiselle Toujours.

- Je vais prendre une glace, puis-je vous en offrir une ?

- Oh non merci, je sors de table !

En réalité, voilà belle lurette que Mademoiselle Toujours est sortie de table mais, prudente, elle tient à garder ses distances avec l'inconnu. Et puis quoi, que peut bien lui vouloir un homme aussi distingué ? Non, ce Monsieur Mot est sans doute un tartufe. Elle l'éconduit, avec ménagement tout de même, et quitte le parc illico.

Monsieur Merci, Mademoiselle Bonjour, Madame Pardon, Madame Amour, Belle, Monsieur Désolé, Mademoiselle Toujours, Madame Colle, Monsieur Plus, Madame Plus, Monsieur Mot, vous souhaitent un bon dimanche !

1

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Chou-fleur

Djenna Buckwell

Dans le quartier, on m'appelle Chou-fleur. C'est comme ça depuis que je suis petite, j'y suis habituée. Au début ça me rendait triste. Je savais bien que c'était à cause de mon physique ... [+]