2
min

Un portable sous garantie

Image de Claire

Claire

69 lectures

8

Tout partait d’une remarque faite par un ami : « Les portables tombent toujours en panne quelques jours après la fin de la garantie, c’est inévitable ! » Gérard, non porté sur les théories du complot en général, prônait plutôt la confiance collective et refusait de se plier au cynisme ambiant de son entourage. Il ne comprenait pas les gens qui pensaient que le gouvernement avait un plan secret. Loin de partager cette méfiance généralisée, il préférait croire que les politiciens faisaient de leur mieux face à une population peu réceptive et trop prompte à juger.
Pourtant, cette remarque suscita un intérêt particulier chez lui. Son téléphone, grand, tactile et de la dernière génération, lui avait été offert par son entreprise plus d’un an auparavant. Cela faisait presque deux ans actuellement, et cela le touchait directement. Il ne voulait pas revivre le désastre de la dernière fois, l’époque où après avoir perdu toutes les informations contenues dans son téléphone, tout son agenda, tous ses contacts et tout ce qui lui permettait de mener une vie professionnelle, il avait passé beaucoup de temps à réparer cette erreur. Depuis, il s’était promis de ne plus acheter de téléphones bas de gamme, acceptant même que son entreprise finance le futur téléphone qui était devenu son téléphone actuel depuis presque deux ans. Deux ans, soit la durée de la garantie constructeur.
Un pari stupide : « Tiens, si on pariait de l’argent dessus ? Deux cents euros pour moi si ton téléphone arrête de fonctionner et inversement, ça te semble raisonnable ? »
Jamais Gérard n’aurait pensé parier de l’argent, mais il se rappelait encore des spécifications longue durée du téléphone, et il décida de prendre le pari. Pour la première fois, il enregistra toutes les informations de son téléphone, cherchant par prudence à ne plus reproduire le malheur de la fois dernière, il ne voulait pas perdre son téléphone et une certaine somme d’argent en même temps.
Un mois avant la fin de ce pari, il comptait les jours dans un calendrier. J-31. J-30. Son travail en entreprise se dégradait au fur et à mesure que cette phrase stupide le torturait. Il était persuadé que contrairement aux affirmations de son ami méfiant, aucun industriel ne s’arrangeait pour pourrir un téléphone au-delà d’une certaine durée. Cela relèverait de la malveillance pure et il ne pouvait croire à une telle machination.
Le calendrier le narguait de plus en plus, il cochait les cases : J-10, J-9 et jusqu’au jour fatidique. J+1. Son ami l’invita dans un bar, pour fêter la fin du pari. Gérard ressentait une certaine excitation à l’idée de prouver à son ami qu’il fallait toujours mieux faire confiance que douter et que son téléphone résistait amplement cette histoire de garantie. Il s’efforçait d’éviter de regarder toutes les secondes son téléphone, qui fonctionnait à merveille et n’allait pas continuer à s’arrêter pour une histoire de garantie. Au bar, après de bons moments passés à raconter des anecdotes toutes plus amusantes les unes que les autres, Gérard sortit triomphalement son téléphone en parfait état de marche, se riant au fond de lui de la confusion de son ami, et empochant les deux cents euros avec une grande fierté.
Et cette histoire le conforta dans l’idée que l’obsolescence programmée n’était qu’une sombre théorie du complot inventée par des cyniques inconsolables.
Hélas, la loi de Murphy le frappa, deux mois plus tard, alors que cette histoire ne restait qu’un vague souvenir dans sa tête, son téléphone se figea et refusa de démarrer. Juste au moment où, dans un défi de bravoure, il avait effacé les données sauvegardées de son téléphone qui lui prenait de la place. Triste coïncidence, le portable n'était plus sous garantie.
Les deux cents euros lui paieraient bien un nouveau téléphone cela dit !

PRIX

Image de 3ème édition

Thèmes

Image de Très très courts
8

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
La réaction Gérard est un peu absurde. Plus l'appareil est cher, plus il est sophistiqué, plus risque de panne est élevé ! J'ai un vieux crin-crin Sagen datant de 2002 et qui marche encore avec tous mes contacts à l'intérieur. Le seul ennui, c'est qu'on ne fait plus de rechargeur avec embout spécial pour ce genre de matos ! Autrement, ce texte bien écrit et agréable à lire est un chef d'œuvre d'humour. Bravo, Claire ! Vous avez mon vote.
Si vous désirez écouter un vieux fauteuil qui raconte des histoires, c'est ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

·
Image de Dolotarasse
Dolotarasse · il y a
Foutu téléphone ! Et tout bien mal acquis ne profite jamais ;-). Mon vote pour cette histoire marrante.
·
Image de Artémis4
Artémis4 · il y a
Si peu de commentaires ? C'est pourtant un très bon texte ! Félicitation, j'ai beaucoup aimé, +1 !
Si vous avez le temps et l'envi, évidemment, je vous invite à lire : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/ce-serait-moi
Bravo et bonne chance ;-)

·
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Je compatis... avec un sourire en coin ! Encore heureux qu'au cours de la phase de travail bâclé pour cause de décompte du temps, votre Gérard n'ait pas été envoyé pointer au pôle emploi ;-)
En tout cas, 200 euros pour un "bon" (!!! ;-) téléphone, ça va être un peu juste ! Je vous mets 1 euro supplémentaire en espérant que d'autres lecteurs apitoyés en feront autant ;-)
Bon weekend !

·
Image de Claire
Claire · il y a
il n'y a pas assez d'argent c'est sûr :)
·