Un bol d'air !

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Prof de Lettres pendant de nombreuses années, l'âge de la retraite me laissa, enfin, le temps d'écrire. Mon site : www.nicolemallassagne.fr Ecrire, tenter d'approcher le réel, de dire  [+]

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Image de Très très court
J’avais oublié de fermer les volets, ce qui ne m’arrive jamais ; le soleil réchauffait mon corps. J’ouvris les yeux, aveuglée par la lumière. J’ouvris la fenêtre, le printemps était là, à m’attirer dehors. Le merle sifflait, les piafs se disputaient bruyamment, je sautai du lit bien décidée à participer à cette fête de la nature. Un mois de mars aux températures douces, il fallait en profiter.
Je sortis, un bol de café chaud et odorant à la main, faire le tour du jardin, saluer les nouvelles fleurs, rencontrer mon couple de merle. La porte du garage était ouverte, encore un oubli, décidément je n’avais pas toute ma tête hier soir !

Ce garage, un véritable capharnaüm ! Des affaires appartenant aux enfants, abandonnées dans un coin, que mes petits enfants dédaignent ; des outils de jardins rouillés, entassés, le jardinier vient avec son matériel ; des valises recouvertes de poussière, cela faisait longtemps... mon mari, en continuels déplacements professionnels, n’utilise plus ces valises sans roues ! Et moi ? Comme les plantes de ce jardin j’ai pris racine, dans cette maison, dans cette vie, au service des enfants, du mari toujours très occupé... l’âme de cette maison disent-ils. La prisonnière.
Je sursaute, un chat qui s’était réfugié cette nuit, dans cet abri délaissé par les voitures, en un bond renverse un échafaudage de boites, fait tourner les roues d’un vélo ! Un vélo que j’avais oublié !
Je redresse le vélo, découvre une petite remorque, oubliée elle aussi. C’était l’époque où nous partions en randonnée avec les enfants le mercredi. Je rentre préparer mon petit déjeuner.


Ce qu’elle ne savait pas encore, c’était que la plante endormie, se réveillait avec ce printemps précoce, se déployait dans le vide de sa vie encombré de tous les autres.

Elle prit son petit déjeuner dehors, écoutant la nature, regardant les vols des oiseaux, les bonds des écureuils, sentant les premières fleurs butinées par les abeilles. Elle finissait ses tartines, pain de la veille qu’elle avait grillé, elle allait faire quelques courses. Trop loin pour y aller à pieds avec des courses au bout des bras ! et pourtant elle n’avait pas envie de s’enfermer dans la voiture ! Elle rangeait tout dans la cuisine, la fenêtre donnait sur le garage... si elle préparait le vélo, avec la remorque pour les courses qu’elle mettrait dans l’une des valises. Sitôt pensé, sitôt fait ! Elle brancha le tuyau d’arrosage, sortit vélo, remorque, valise, qu’elle aspergea en chantonnant, elle rajeunissait ; cela fait combien de temps qu’elle n’était pas monté sur un vélo ! Elle en avait même oublié l’existence !
Elle rentra se doucher, s’habiller, en attendant que tout sèche sous le soleil. Elle délaissa ses habits habituels pour se glisser avec bonheur dans une tenue de sport, un jogging diraient les enfants.

Casquette, lunettes de soleil, tenue de sport, elle prit la route pour des courses chez des commerçants médusés de la voir en tel équipage ! Vous partez en vacances à vélo s’étonnèrent-ils ! Ils ne savaient pas si bien dire ! En voilà une belle idée, oui, elle allait partir quelques jours à vélo, elle fit des courses en conséquence.
Elle arriva chez elle enthousiaste, jamais elle n’aurait pensé partir en vacances. Elle sortit une autre valise pour les vêtements, l’arrosa abondamment pour la déshabiller de sa poussière et des toiles d’araignées, rentra tout préparer.
Elle chercha une carte routière, prit ses chargeurs de téléphone et de tablette. En cette saison les touristes n’envahissaient pas encore la région, elle sillonnerait la Camargue, terrain plat pour une sportive d’occasion, les maisons d’hôtes auraient de la place, c’était la bonne saison aussi pour le temps, elle ne souffrirait pas de la chaleur.
En cherchant la pompe, elle trouva une petite boite, tout le nécessaire en cas de crevaison, et une mini tente que son fils utilisait. Cela pourrait toujours servir ! Pour la première fois depuis son mariage, elle prévoyait un voyage, sans demander l’avis de son conjoint et... seule. Un bond en arrière de 30 ans ! Elle retrouvait l’imprévoyance de sa jeunesse, elle allait partir sans savoir exactement où, insouciante et libre. Elle ne partait pas pour changer de lieu et transporter un mal être ailleurs, elle partait car un changement profond l’animait, la chrysalide se faisait enfin papillon.

Elle rendit visite à sa voisine pour qu’elle jette un œil sur la maison, lui remit les clés en cas de problèmes ; les enfants passaient parfois sans prévenir ! Devant l’air ébahi de sa voisine, qui regardait au-delà de la clôture l’étrange équipage, elle lui annonça qu’elle allait prendre un bol d’air.

Elle laissa un mot pour son mari sur la table de la cuisine. Elle sourit, c’était là qu’il irait la chercher, n’était-ce pas son antre !

J’ai besoin de respirer.
Cela fait des années que je suis raisonnable, à l’écoute, disponible.
Des années que je me suis perdue ; je pars à l’aventure pour me retrouver.
Ne m’appelez pas, je ne répondrai pas. Je reviendrai.
Profitez bien de mon absence.
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Mohamed Laïd Athmani · il y a
Après le prince perdu, c'est l'AIR qui manque.
Chacun aura l'AIR qu'il veut aussi.
Je vous invite à soutenir :
« DIGOINAISES… » qui est en finale.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/digoinaises-corps-et-ame
Il ne reste que 2 jours.

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JACB · il y a
Excellente décision ! Prendre la fille de l'air, une vraie renaissance, on suit pas à pas votre personnage dans ses aspirations et la concrétisation de ses désirs, merci Nicole, mes votes. Faites un petit détour pour rencontrer Anastasia, à bientôt .
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Nicole Mallassagne · il y a
Merci pour cette fine lecture, le détour sera fait.
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Véro-Lyse Marcq · il y a
Prendre la route, prendre l'air... une bonne idée ! Joli mot griffonné pour expliquer, en peu de mot, ce besoin de se retrouver. Une histoire très bien amenée.
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Nicole Mallassagne · il y a
Merci de votre belle lecture.
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Bernard Malzac · il y a
Toujours autant de plaisir à vous lire.
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Nicole Mallassagne · il y a
Merci. J’ai toujours autant de plaisir à écrire.
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Fleur A. · il y a
Une belle idée ce voyage pour se retrouver
Toutes mes voix pour ce texte
C est peut-être un peu loin en vélo mais si vous souhaitez me lire je vous invite à découvrir mon voyage virtuel en Amérique

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Nicole Mallassagne · il y a
Merci, j’y cours ...à pieds
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Julien Dauzas · il y a
Texte frais, léger mais tout en profondeur, une réflexion sur notre vie, le temps qui passe, qui est passé. J'aime beaucoup car c'est une partie de moi.
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Nicole Mallassagne · il y a
Merci, une belle lecture de mon texte, qui me ravit.
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Didier Poussin · il y a
Un brin de liberté
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Nicole Mallassagne · il y a
Merci, oui apprenons à utiliser cette liberté qui est en nous et qu’aucune personne, aucun virus ne pourra nous ravir.
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Guy Alvergne · il y a
Un bol d'air c'est ce qu'il nous faut en ce moment étant confiné
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Janine Denby wilkes · il y a
Ah mais c’est que l’on n’a qu’une envie : c’est de se précipiter pour aller prendre ce « bol d’air »!
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Nicole Mallassagne · il y a
Merci d’avoir pris ce « bol d’air » en ma compagnie.
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Gérard Mallassagne · il y a
Texte très agréable à lire, fluide, c'est à la fois un "bol d'air" et une réflexion sur le parcours d'une vie, parcours qui touche à ce qu'il y a de plus intime en chacun de nous....