Monsieur Anton

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Monsieur Anton souffrait d’une pathologie rare mais sérieuse, appelée scientifiquement le syndrome de la lèvrosite maniaco-compulsive.

Certains étaient des obsédés sexuels, d’autres des obsédés de la chair, lui l’était des lèvres féminines.

Il les aimait toutes, les charnues, les pincées, les lippues, les gourmandes, les boudeuses, les rieuses, les satinées, les rouges, les exsangues, les vermeilles, les fines, les moqueuses, les sensuelles, les cruelles, les petites, les étroites, les ourlées, bref, c’était une véritable idée fixe qui le tiraillait du lever jusqu’au coucher.

Il aurait pu se contenter de les admirer de loin, comme ces hommes qui apprécient en toute discrétion les seins et les fesses des femmes sans aller jusqu’à les toucher. Mais pour Monsieur Anton, toutes ces lèvres appelaient inévitablement un baiser, chaque type de lèvres imposant un baiser bien précis. Depuis le temps et sa vaste expérience, il était devenu un vrai spécialiste en la matière ; ainsi des lèvres chastes ne devaient pas être effarouchées, un bécot suffisait, en revanche des lèvres minces attendaient bien souvent un baiser fiévreux, quant aux lèvres charnues, la promesse d’un baiser goulu était à prévoir, et ainsi de suite.

Chaque jour Monsieur Anton se mettait donc en chasse de nouveaux baisers les lèvres en fête.
Il devait cependant s’avouer que tous ces baisers distribués, certes avec ferveur, n’en demeuraient pas moins des baisers volés. Par conséquent, il élargissait un peu plus son territoire de recherche, afin d’éviter de croiser des victimes de ses pillages de bises, de bisous, de patins, de pelles, de bécots, de palots, et même de baisers esquimaux, ça le prenait parfois devant un nez ravissant.

Il fut donc surpris un matin en sortant de chez lui, qu’une jeune femme se jetât à son cou. Ses lèvres étaient les plus belles qu’il eut jamais vues, des lèvres de corail, un peu enflées, sensuelles à souhait, un véritable trophée.

Lorsque la petite retira ses lèvres des siennes, encore palpitantes, elle dit :
« Cher Monsieur, celui-là vous ne l’aviez pas encore testé, c’est un baiser enchanté. »

La sensation délicieuse de cette bouche sur la sienne perdura jusqu’au soir.
Le lendemain, Monsieur Anton se réveilla, se leva, s’habilla, prit son petit déjeuner, et s’apprêta à sortir en jetant un coup d’œil dans le miroir. Un cri terrifiant, affreux, inhumain, resta étouffé dans sa gorge.

Sa bouche avait disparu.

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Phil BOTTLE · il y a
Mieux vaut aimer des lièvres... mais gare au bec...
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Les Histoires de RAC · il y a
Une passion bien décrite et une fin déroutante ♫

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