Dernière mission

il y a
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Finaliste
Jury

« De tic et de tac Mon égo part sous les piques De stuc et de toc. »  [+]

Image de Hiver 2021
L’aéronef entra dans l’atmosphère. Paul laissa l’intelligence artificielle gérer l’atterrissage. Il pensa à Sara. Sa femme s’inquiétait quand il partait aux confins de la galaxie, sur des mondes dangereux.
— C’est la routine. Je pars inspecter une planète désertique.
— Comment sais-tu qu’elle est déserte ?
— J’ai lu les relevés télémétriques réalisés par les sondes. Il n’y a pas de vie sur cet astre, malgré sa géologie active et ses conditions propices. Et puis, c’est ma dernière mission de terrain. Ensuite, c’est promis, je remise ma combinaison au placard.

Sara avait boudé. Paul comprenait ses inquiétudes. Ses missions l’envoyaient seul dans l’espace, uniquement assisté d’une intelligence artificielle, à des distances tellement lointaines qu’il fallait des jours à tout message pour atteindre une borne de secours. C’était son idée de l’aventure, prendre des risques dans un infini froid et inconnu, loin des certitudes et du confort. Sara l’avait épousé en connaissance de cause ; il ne lui avait pas menti sur ses aspirations et ses rêves. Seulement, après vingt-cinq ans de mariage, deux enfants et un tiers de son existence passée dans l’espace, il était temps pour lui de raccrocher, d’ancrer définitivement ses pieds sur la terre ferme.

***

De fines gouttes d’eau tombaient du ciel. Des volutes de vapeur soufrée sortaient des antres du volcan. Le paysage désertique paraissait encore plus beau dans ce concert chimique. Paul pensa aux légendes d’antan, quand les déesses et les dieux manifestaient leur passion en choquant les éléments. Béa, l’intelligence artificielle mit fin à ses pensées.
— Les analyses sont bonnes, Paul. L’atmosphère est viable et la gravité conforme.
— Quelle est la fenêtre de tir pour la première sortie ?
— D’ici une heure et demie.
— Tu peux préparer mon matériel.

Paul ressentit la montée d’adrénaline de l’explorateur quand il se préparait à fouler un sol inconnu. Il adorait cette sensation. À cet instant, il regrettait sa décision de tout arrêter, de prendre un poste sédentaire au centre de commande. Mais Sara avait raison. Tout avait une fin, même l’aventure. Il lui resterait des images merveilleuses, celles de planètes fabuleuses, de mondes parfois aquatiques, parfois ensablés, noirs, blancs, bleus, rouges, plats, montagneux. Beaux.

***

La mission touchait à sa fin. Avec l’aide de Béa, Paul avait suivi toutes les étapes de la procédure d’exploration jusqu’à l’envoi des informations au centre de commande. Bien que sujette à un climat agité, la planète lui plaisait. Elle risquait même de figurer parmi ses meilleurs souvenirs. Il n’expliquait pas cet attrait pour un monde privé de toute vie biologique, assez hostile parfois. Il trouvait cette planète romantique. Il se souvint de sa récente discussion avec Béa.
— Tu dis que cette planète a connu la vie ?
— Oui, Paul.
— Pourtant, il n’existe nulle trace de ce passé, aucun fossile.
— C’est exact.
— N’est-ce pas surprenant ? Avec la technologie dont nous disposons, rien ne peut nous échapper, normalement.
— En théorie.
— Tu es bien mystérieuse.
— J’énonce simplement des faits. La théorie est une croyance. La réalité peut s’avérer différente.
— En clair ?
— Je pense que la planète a dévoré ses enfants, a digéré toute forme de vie.

Paul avait tressailli. Le plus étonnant n’était pas la thèse élaborée par Béa mais la façon dont elle l’avait formulée. Béa était une intelligence artificielle. À ce titre, elle raisonnait de manière logique, presque mathématique, sans user et abuser de symboles, même pour vulgariser des concepts trop compliqués pour le profane. Pourtant, elle avait utilisé cette fois-ci une image symbolique, proche des religions d’antan, quand un dieu cruel avalait ses enfants par crainte de se voir un jour détrôné.

***

Paul avançait bien dans ses travaux de clôture. Il terminait de vérifier les balises au sol conçues pour continuer les mesures d’ici la prochaine mission. Elle serait plus longue, avec un équipage conséquent. Les analyses des relevés avaient donné leur verdict : la planète était viable et disposait de nombreuses ressources naturelles faciles à exploiter. Le centre de commande allait probablement mandater un programme de mise en conformité, avec pour but ultime la colonisation de ce monde désertique. Ce scénario était peu fréquent dans la vie d’un explorateur, aussi Paul ressentait une certaine fierté à terminer sa carrière sur une telle perspective. La voix de Béa résonna soudain dans son implant auditif.
— Le manteau planétaire se reconfigure. Il faut vite revenir à l’aéronef, Paul.
— Peux-tu préciser ?
— La convection des plaques tectoniques s’accélère. Une tempête se lève. La pression au sol est en train d’augmenter. La probabilité d’un séisme local se précise.
— Est-ce normal, en cette saison et à cette latitude ?
— Les relevés précédents ne permettent pas de répondre avec certitude mais c’est une option à ne pas négliger. Appliquons le principe de précaution.
— J’avais presque fini de toute façon. Je rentre maintenant.

Paul rangea ses instruments de mesure dans son sac à dos puis prit le chemin du retour. Il sentit une première secousse, imperceptible, venue du sol, une sorte de frisson. La neige tomba plus dru. Les fumées volcaniques se teintèrent de pourpre. De longues stries parcoururent le sol gelé. Paul pensa à Sara, à sa moue boudeuse quand il lui avait annoncé cette dernière mission.

La terre trembla de nouveau. Le ciel se chargea en électricité. La température se mit à baisser. Le vent s’amplifia, rendant la marche difficile. Paul ne paniqua pas ; il regarda l’aéronef au loin et évalua ses chances d’arriver dans les temps. Béa ne lui envoyait plus de message. Il l’imagina en train de mesurer les constantes, évaluer les risques, calculer des options et préparer le départ. Cette pensée le fit sourire. « Peut-être que ma dernière compagne sera synthétique et immatérielle » se dit-il. La planète hoqueta une dernière fois, avala l’explorateur, l’aéronef et tout le paysage alentour puis établit le silence.
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Ralph Nouger · il y a
Un récit bien écrit sur une planète "imaginaire" et pourquoi pas notre planète, la terre. Un soupçon d'anticipation.
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Donald Ghautier · il y a
Merci Ralph
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Felix Culpa · il y a
Ma première mission, en tant qu'amateur de SF, est de voter pour la dernière mission. Mes 5 voix Donald !
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Donald Ghautier · il y a
Mission réussie, Felix.
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loup blanc · il y a
sacrée Béa !! elle a une audience d'enfer !!
la planète , en question de cette dernière mission , ce ne serait pas Saturne ,par hasard , car c'est la planète qui tue ,qui mange toutce qui bouge et fait disparaître toute trace !!
Faut envoyer la brigade du capitaine Marleau !! elle est fortiche pour trouver le coupable ou ...............Colombo !!!!

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Donald Ghautier · il y a
C'est une bonne idée, ça.
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loup blanc · il y a
ces jours -ci ilya bien une mission sur Mars , avec les Aùéricains , pui deux autres qui s'y dirigent
il est même prévu aussi que les Américains aillent sur Jupiter d'ici 10 ou 20ans !!
alors Saturne , pourquoi pas ??
d'ailleurs le fusées lanceurs avient bien comme nom Saturne 4 et saturne 5
ou Saturne V
on ne sait plus comment écrire le chiffres , en romains ou en arabe s!!!!

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Mirgar Dudou · il y a
Bonne chance ! Une planète qui remet les pendules à l'heure.Mes voix
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Donald Ghautier · il y a
Merci Mirgar
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Marc D'ARMONT · il y a
Génial. Une bonne nouvelle de SF comme je les aime. Très bien écrite de surcroît. Bravo.
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Donald Ghautier · il y a
Merci Marc. C'est le genre dans lequel j'écris le plus souvent sur Short Edition.
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Françoise Cordier · il y a
Pas trop fan de SF habituellement mais la poésie m'a portée jusqu'à la fin. Je me demande s'il va au moins retrouver Béa pour le meilleur et pour le pire.
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Donald Ghautier · il y a
Je remarque que Béa a la cote dans les commentaires.
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Frédéric Gérard · il y a
J'ai avalé votre texte et ne l'ai point recraché. J'aime bien la SF vous avez tout mon soutien.
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Donald Ghautier · il y a
Merci Frédéric
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Marie MOS · il y a
Une fin qui convient à Paul
mais sans doute pas à Sara 😥

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Donald Ghautier · il y a
C'est probable.
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Albert Lefroy · il y a
Bravo pour cette faim d'un monde !
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Donald Ghautier · il y a
Merci pour le jeu de mots, mon cher Albert. 😜
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Alice Merveille · il y a
Je découvre avec plaisir ce texte, bonne finale Donald !
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Donald Ghautier · il y a
Merci Alice.

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