3
min

Aux origines de l’Union européenne

Image de Edouard Latour

Edouard Latour

285 lectures

9

Qualifié

Le 18 janvier 1871, la naissance de l’Empire allemand était proclamée dans la galerie des glaces du château de Versailles : une page de l’histoire de l’Europe se tournait.
Le lendemain, un événement certes moins important mais presque aussi extraordinaire se produisit au pied du mont Valérien. Alors que les parisiens, épuisés par des mois de siège et par le froid intense de janvier, peinaient à trouver dans les égouts les rats dont ils se nourrissaient ; alors que pour alimenter les grands restaurants de la capitale, on avait débité les zèbres et les éléphants du jardin des plantes, une poule se promenait tranquillement, sans se soucier d’être dérangée dans sa promenade par un quelconque prédateur.
Le premier à voir l’animal fut un lieutenant français d’une trentaine d’années qui l’aperçut du haut du fort.
Quand il arriva sur place, l’oiseau était toujours là mais n’était plus le seul. Un homme plus âgé que lui, plus grand, plus fort et qui tenait dans la main droite une canne surmontée d’un solide pommeau d’argent était en effet sur le point de l’attraper.
Le lieutenant était descendu sans fusil et n’avait sur lui qu’un couteau. La lutte s’annonçait difficile. Bien entendu, il aurait pu évoquer son statut et les besoins de l’armée pour s’approprier l’animal mais l’individu ne semblait pas disposé à négocier. Les deux hommes se jaugèrent pendant un certain temps, si bien qu’ils ne virent pas immédiatement arriver le prussien.
Tiré de sa torpeur par les gloussements de la poule que le très jeune soldat venait d’attraper, le militaire tira son couteau et se jeta sur l’Allemand. Celui-ci lâcha sa proie en tombant et se retourna sur le dos, faisant face à l’ennemi. Dans cette position, il envoya un coup de pied au Français qui fondait à nouveau sur lui, le mettant ainsi à terre et lui faisant perdre son arme.
Trop content de l’aubaine, le civil attrapa à son tour l’animal. Il s’apprêtait à laisser la France et l’Allemagne régler leurs comptes lorsqu’il entendit une voix étouffée lui demander de l’aide. L’Allemand avait maintenant le dessus et s’était assis sur son ennemi. Allongé sur le dos, ce dernier vit fondre une dague sur son œil. Il esquiva le coup, mais la lame lui entailla profondément l’oreille et le sang se mit à couler le long de sa tempe. Son adversaire laissa alors tomber l’arme blanche et attrapa le cou de sa victime. Le Français songea un instant que pour lui, la guerre était terminée.
Sans doute mu par une sorte d’élan patriotique, le civil laissa tomber son déjeuner et, utilisant sa canne comme un gourdin, asséna un coup sur la mâchoire du prussien qui vola en éclat en même temps que l’objet se brisait. Le pommeau roula en contrebas et tomba dans une bouche d’égout.
Le prussien était à nouveau à terre, sonné et presque inconscient.
S’étant relevé non sans quelques difficultés, le militaire fit un signe de reconnaissance pour remercier son compatriote.
Il donna ensuite quelques coups de pied au soldat allemand, se baissa et commença à le déshabiller sous le regard interrogateur de son compatriote.
— Aidez-moi ! Il a mérité plus que la mort. On va voir si l’ennemi est aussi fort qu’on le dit. Nu comme un ver et par ce froid, il y a peu de chance qu’il s’en sorte. Si par miracle il y arrive, les Allemands verront ce qu’il en coûte de se mesurer à un officier français.
Peu enclin aux tortures raffinées, le civil décida néanmoins à obéir, s’approcha du corps et entreprit sans conviction d’enlever la botte gauche du soldat qui se débattait de moins en moins. Lorsqu’il fut entièrement nu, le lieutenant fit un pas en arrière pour regarder le corps étendu et s’adressa à son complice qui ne s’était pas encore relevé.
— Le travail est presque terminé, il ne lui manque qu’un détail : retirez-lui son alliance.
Choqué, le civil le regarda avec mépris.
— Je n’approuve pas vos méthodes, mon lieutenant. Si vous y tenez, vous n’avez qu’à lui retirer vous-même mais je pense que cet homme en a assez vu.
Empoignant la main du prussien, Durieux sortit son couteau de sa poche et coupa l’annulaire. Le soldat poussa un dernier hurlement. Dans un brouillard, il vit sa campagne du Wurtemberg se fondre avec le sourire et la chevelure rousse de sa jeune épouse. Il jura que, si par miracle il s’en sortait, il aurait la peau des deux français.
Ironie du sort, c’est sa nudité qui le sauva. Peu de temps après, il fut en effet ramassé par une patrouille française qui ne vit pas l’uniforme prussien posé contre le mur d’une maison à quelques mètres du corps.

PRIX

Image de Été 2014
9

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Carole Bauvers
Carole Bauvers · il y a
Et ensuite ? C'est pas possible de nous laisser sur notre faim de cette façon !
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS

— J’étais attaché sur une chaise et j’avais dans les yeux des pinces qui m’obligeaient à les garder ouverts, comme dans Orange Mécanique. Il ...

Du même thème