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FINALISTE
Sélection Public

L’appareil est posé sur l’une des planches qui composent la vitrine de la boutique. Aucun nom sur la façade. Une simple pancarte suspendue à une chaîne indique « Appareils photos neufs et occasions ».
Oskar est debout face à la vitrine. Il en est si proche que l’air rejeté par sa bouche forme contre la vitre un nuage de vapeur qui disparaît lorsqu’il inspire. Il ne peut s’empêcher de fixer son regard sur le Voigtländer Bessa qu’il a aperçu par hasard. Il s’agit d’un vieil appareil à soufflet dont la production avait été lancée en 1931 et qui fut la première production de masse de la marque. Il le connaît par coeur. Il avait eu la chance d’en tenir un entre ses mains il y a quelques années, chez un ami collectionneur qui ne comptait malheureusement pas s’en séparer. Oskar n’est pas collectionneur, mais ce modèle l’a toujours fasciné.
Il se décide à décoller son visage du verre et entre dans la boutique. Une odeur de renfermé lui remplit les narines. Ce lieu paraît ne pas avoir reçu de visiteur depuis une décennie. L’homme qui se trouve derrière le comptoir semble ne pas avoir bougé depuis au moins autant de temps. Oskar dit bonjour. L’autre lève les yeux, le fixe une seconde en guise de salut et les redescend sur ce qui semble être un livre de comptes. Les rides qui parcourent le visage du vendeur sont creusées de manière à le faire ressembler à une marionnette dont les traits auraient été grossièrement sculptés. Difficile de se dire que l’homme puisse être avenant ou qu’il l’eut été un jour... La boîte qui lui sert de lieu de travail et de vie, si l’on prend en considération le matelas et la couverture jaunâtres à peine dissimulés derrière le comptoir, mesure à peine plus de cinq mètres carré. Oskar, occupé par bien autre chose que son hôte, se dirige vers la vitrine. Alors que sa main quitte sa poche, la voix du vieux résonne contre les murs :
— Ne pas toucher ! gronde-t-il en tapotant du doigt le panneau qui hurle la même interdiction.
— Je n’allais...
— Vous alliez.
Oskar ne répond rien et regarde le vieux avec des yeux d’enfant désolé.
— C’est le Voigtländer qui vous intéresse ?
— Oui, ça fait longtemps que j’en cherche un et quand je suis passé devant votre...
— Deux-cent.
— Pardon ?
— Cent-cinquante mais je ne descendrai pas plus bas.
— Non je...
— Cent.
— ...
— Cinquante et quatre pellicules. Je ne peux pas faire mieux.
Le vieux a négocié son article sans aucune émotion apparente. Les rides de son visage se sont articulées au même rythme que le leur imposaient les ouvertures et fermetures de sa bouche.
— Très bien, répond Oskar.
Sans plus discuter, il sort son portefeuille et en tire les quelques billets. Il ajuste la somme de quelques pièces. Le vieux recompte méticuleusement et range la somme dans la poche de son pantalon qui fait office de caisse enregistreuse. Il se lève de son tabouret. À la surprise d’Oskar, l’homme mesure près de deux mètres. Passer tant d’années dans un monde qui n’était pas à sa taille a courbé le haut de son corps. Il se penche légèrement au-dessus du comptoir et n’a qu’à tendre le bras pour traverser la boutique. Il prend l’appareil entre son pouce et son index, et le pose délicatement dans une boîte qui ressemble à celle d’un pâtissier. Il se rassoit, glisse la main dans un tiroir, en sort quatre pellicules qu’il pose à l’intérieur et referme le tout qu’il fait tenir avec un morceau d’adhésif. Oskar s’attend à voir le vieux y ajouter un ruban de soie, mais il n’en est rien. Il prend son achat, salue le personnage qui daigne lui faire un mouvement du chef et sort de la boutique.
Trop impatient pour rentrer chez lui, il entre dans le parc adjacent et s’assoit sur un banc de l’allée principale. Il pose la boîte sur ses genoux avec la délicatesse d’une nourrice posant son propre enfant. Il l’ouvre, admire quelques instants et prend l’appareil entre ses mains. Il emboîte une pellicule dans le mécanisme qu’il connaît par cœur depuis qu’il a décortiqué la vieille notice, seul vestige qu’il ait pu se procurer chez son ami. Après quelques manipulations, il pointe l’appareil en direction d’un arbre et déclenche l’ouverture de l’obturateur. Il se lève et entreprend de prendre des photos dérobées des citadins et touristes qui se promènent dans le parc, discutant sur les pelouses ou se bécotant sur les bancs publics.
Sa première pellicule terminée, il rentre chez lui, un appartement implanté dans une ancienne boulangerie héritée de ses arrière-grands-parents, et se dirige directement dans son laboratoire de développement situé dans ce qui était auparavant la réserve, au sous-sol. La porte à peine ouverte, les produits chimiques qui permettent de rendre visible en grand les images qu’il a prises lui montent au nez et un sourire de plaisir anticipateur le gagne.
La première photo est révélée. Il sort de son laboratoire, éteint la lumière inactinique et regarde la photo sous le puits de lumière naturelle du séjour. Cette photo est la toute première qu’il ait prise. Il se souvient parfaitement de son cadrage. Celui-ci est parfaitement restitué. Mais le sujet... Le sujet n’est pas du tout le même. Il se souvient parfaitement avoir pris un arbre. Juste un arbre. Sans personne devant ou aux alentours. C’est justement cela qui lui avait donné l’envie de faire cette photo. Juste cet arbre. Sur le papier qu’Oskar tient en main, l’arbre est bien présent mais devant, un policier court derrière un homme. Autre élément perturbant, la scène semble avoir été capturée un jour de mauvais temps... Or aucun nuage n’est venu perturber ce magnifique après-midi, il s’en est même fait la réflexion entre deux prises. 
Oskar se demande alors si une photo n’était pas déjà imprimée sur le début de la pellicule et se serait donc mêlée à la nouvelle. Il retourne donc dans son laboratoire et décide de développer toutes les autres.
Quelques heures lui suffisent pour obtenir les sept photos restantes. Il remonte dans le salon et se positionne comme à son habitude sous le puits de lumière. L’éclairage du jour le rassure. Il est le meilleur juge pour ses photos. Il s’assoit et fait défiler les photos entre ses doigts. Lentement, il se les repasse. Puis, de plus en plus vite, jusqu’à ne plus comprendre qui a pris ces photos. C’était bien lui, les cadrages sont exactement les mêmes, il les connaît, il connaît son style, il connaît ses exigences. Mais ces sujets, ce ne sont pas les siens. Et cette lumière ! Ce n’est pas la sienne, ce n’est pas celle de cet après-midi ! Il est clair que ces photos ont été prises un jour de mauvais temps. Même l’asphalte semble mouillé. Il est maintenant impossible de laisser un doute sur une pellicule déjà utilisée : les sujets sont trop parfaitement raccord par rapport au décor. Et ceux-ci ne sont pas les siens... Sur toutes les photos, le parc est rempli de policiers et de manifestants. C’est une fin de manifestation qui dégénère. Les policiers sont soit en civil, soit en tenue complète d’intervention. Les manifestants ont des cagoules ou des foulards sur le visage. Des nuages de ce qui semble être des gaz lacrymogènes donnent aux photos une atmosphère de film macabre des années cinquante. Le noir et blanc ajoute à l’image son côté anachronique.
Oskar ne comprend pas. Il pose les photos sur la table basse et s’affale sur le canapé, le regard dans le vide. L’appareil est posé à côté de lui, l’objectif dans sa direction semble le surveiller, immobile.

Un an s’est écoulé depuis la dernière aventure d’Oskar. Il a décidé de laisser de côté son Voigtländer Bessa pour le moment et s’est dit qu’il irait prochainement rendre visite au géant antipathique dans sa petite boutique afin qu’il l’éclaire sur cet étrange phénomène. Mais l’idée lui est passée et l’appareil a commencé à prendre la poussière. C’est justement au moment où Oskar se décide enfin à aller demander des explications au vieux qu’il passe devant un buraliste dont les affiches racoleuses des journaux annoncent : « Une manifestation dégénère dans le parc central ». Oskar lit, passe, revient sur ses pas, relit, relit, lit la date du jour, relit, réfléchit, relit... Il entre dans la boutique, se saisit d’un journal et l’ouvre sur l’événement qui prend deux grosses pages du quotidien :
La veille, un groupe de manifestants qui défilait contre les nouvelles mesures de sécurité du gouvernement a pris d’assaut le parc central où un rassemblement de jeunes catholiques avait lieu. Les jeunes catholiques ont rapidement pris leur croix à leur cou et se sont enfuis à pleines jambes alors que les manifestants les coursaient dans tout le parc. La police, consciente trop tardivement du danger de la proximité immédiate des deux rassemblements, a, sans sommation, lancé des gaz lacrymogènes afin de disperser les assaillants. Ce qui a eu pour conséquence d’empoisonner les touristes et autres familles avec enfants présents en simple promeneurs. L’opposition a bien sûr pris la parole quelques instants après les faits pour descendre le gouvernement en place sur son incompétence en matière de sécurité et les risques qu’ils ont fait prendre à la population présente. L’affrontement s’est déroulé sous la pluie jusque tard dans la soirée.
Oskar reste bouche bée. Non pas à cause de la connerie humaine comme cela aurait pu être le cas dans un jour normal et qui fait notamment qu’il n’achète pas de quotidien, mais bien à cause du fait que l’une des photos illustrant l’article est quasiment à l’identique l’une de celles qu’il a prises avec son appareil photo à soufflet il y a de cela un an... Il sait que la photo n’est pas de lui car il n’y retrouve pas le grain du vieil appareil ni le cadrage si particulier qui fait sa touche d’artiste, mais l’événement est le même, la situation est la même et les protagonistes sont également les mêmes, il en est persuadé ! Il fait demi tour et emporte avec lui le journal, oubliant du même coup de le payer au buraliste. Il rentre chez lui et sort les photos d’une boîte enfouie au fond d’un placard. Il ouvre le journal à la bonne page et commence à comparer les photos en les étalant tout autour. C’est bel et bien le même événement, le même jour, avec les mêmes protagonistes... Il reconnaît même sur l’article un jeune homme de profil, portant un foulard, qui figure de face sur l’une de ses propres photos. Mais comment cela est-il possible ? il a pris ces photos il y a un an. Et cet événement a eu lieu hier. Les photos qu’il a sous les yeux ne seraient donc pas un mélange de photos du présent et de photos du passé mais bien de photos du présent et de photos... du futur ?! Non... Non, non c’est impossible, c’est impensable, il n’y a que dans les livres et les films de science-fiction que l’on voit des choses pareilles...
Pris d’un doute, Oskar glisse une nouvelle pellicule dans son appareil photo, referme le tout et sort de chez lui. Il y a des endroits dans n’importe quelle ville qui changent selon les périodes, notamment les cinémas et leurs affiches. Il se met alors devant le cinéma le plus proche de chez lui, cadre un plan large pour avoir un maximum d’affiches dans le champs et appuie sur le déclencheur. Il va ensuite dans son restaurant préféré et prend en photo la carte du jour écrite à la craie par le chef de salle le matin même. Enfin, il se met devant la télévision cinq minutes avant le journal télévisé. Au moment où ce dernier démarre et que le générique se termine en affichant la date du jour, il déclenche l’appareil.
Pour ne pas gâcher le reste de la pellicule, Oskar rentre chez lui et entreprend de prendre des photos de son appartement. Pour le coup, ça, ça ne devrait pas trop changer. Il n’a pris que trois photos en dehors de chez lui. Il lui reste donc cinq poses. Il prend une photo de chaque pièce : le salon, la chambre, la salle de bain et les toilettes. Et il prend une photos de la façade de l’ancienne boulangerie.
La dernière photo en boîte, il file dans son laboratoire. Quelques heures plus tard, il en ressort avec les huit photos dans l’ordre de prise entre les mains. La première montre des affiches de films dont Oskar n’a même pas encore entendu parler. La seconde indique des plats que, probablement, le chef lui-même ne sait pas qu’il va cuisiner. La dernière photo, elle, montre la date du générique du journal télévisé... dans un an !
Plus aucun doute possible ! Avant d’avoir le temps de se poser la question « comment ?! », Oskar prend les photos suivantes et tombe sur celle prise dans la salle de bain. Tout semble normal sur cette photo, à la différence près que deux brosses à dent se trouvent dans le verre posé sur l’évier. Dans le doute, Oskar se lève et va vérifier qu’une seule brosse se trouve à cette place. Ce qui est effectivement le cas. Il regarde les autres photos et s’aperçoit que dans celle qu’il a faite du salon, on aperçoit un morceau du canapé, duquel dépassent des jambes qui semblent être les siennes si l’on en croit les chaussons qui sont portés, mais également une autre paire, plus fine, épilée, luisante, légèrement hâlée... Serait-ce... une femme ? Oui, effectivement, Oskar a déjà eu l’occasion d’amener des femmes dans son appartement mais celles qui y restent et à qui il laisse la possibilité de laisser des effets personnels sont rares. Très rares. Inexistantes à ce jour à vrai dire !... Oskar observe avec minutie l’ensemble des photos qu’il a faites et tombe sur celle prise de l’extérieur. Il voit que le rideau est légèrement tiré et aperçoit une silhouette. 
Cette fois il décide de faire appel aux grands moyens et va chercher la plus grosse loupe qui soit en sa possession. Il découvre alors une femme. La femme. Des cheveux longs et noirs ou en tout cas très foncés sur le noir et blanc. Il ne peut s’empêcher de décoller ses yeux du morceau de papier. Il a la même attitude que le jour où il est tombé sur le Voigtländer en vitrine qu’il possède aujourd’hui. Au bout de quelques minutes, son cerveau se décide à sortir de son comas. Une peur le prend alors aussitôt : il ne connaît rien de cette femme ! Il est censé presque vivre avec elle dans un an, ou en tout cas partager régulièrement son appartement avec elle, mais il ne sait rien d’elle ! Où va-t-il la rencontrer ? Quel est son prénom ? Est-ce que le fait de découvrir prématurément qu’il va la rencontrer ne va-t-il pas entraîner le fait qu’il ne la rencontrera pas ?! Impossible puisque s’il a vu cette photo, c’est que ce sera le cas dans un an... Et si ces photos n’étaient pas sûres ? Et si elles montraient le futur selon les événements présents mais que les événements de l’année suivante pouvaient changer ce futur du tout au tout ? Effet papillon...
Il connaît trop peu son appareil et ses capacités pour le dire mais il ne veut pas passer à côté de l’occasion. Oskar court chercher son Voigtländer et y glisse la troisième et avant-dernière pellicule en sa possession. Sans se soucier du cadrage, Oskar photographie son appartement sous tous les angles. Il s’applique à imaginer où pourrait être le sujet du futur et y fait la mise au point en conséquence. Oskar tente de s’imaginer où une femme pourrait laisser des indices sur elle... Dans son sac à main. Il essaie alors de se souvenir où les femmes précédentes laissaient leur sac quand elles venaient chez lui. Il se souvient alors que les huit photos de la précédente pellicule vont pouvoir l’aider. Il reprend ses photos et, bingo !, il aperçoit un sac à main posé dans l’entrée. Oskar prend alors plusieurs photos de l’endroit exact où sera posé le sac dans un an. Il regarde ensuite la photo de la chambre et aperçoit un livre, dont il ne connait pas la couverture, posé sur la table de chevet. Il prend de la même manière plusieurs photos de l’endroit précis en question où pour le moment n’est déposée qu’une légère couche de poussière. Enfin, il regarde plus attentivement chacune des photos qu’il possède déjà, à la recherche de l’ultime indice, celui qui lui permettra à coup sûr de découvrir comment rencontrer sa futur belle. Enfin, il aperçoit sur le cliché du salon un papier qui pourrait ressembler à un flyer. Il photographie alors le coin de table avec une précision rare.
Il fonce dans son laboratoire et développe ses photos aussi rapidement que professionnellement. Ce sont les photos les plus nettes qu’il ait jamais sorties de son labo. Pourtant ce sont celles où il s’est le moins appliqué au cadre et elles sont finalement tout aussi intéressantes, se dit-il, avant même d’avoir observé les sujets. Il ne prend pas la peine de s’asseoir et regarde les clichés sous son puits de lumière, prêt à partir à la moindre information en lien avec sa future. Le premier cliché sur le sac à main ne montre rien de particulier. Un amas d’objets tous plus inutiles les uns que les autres selon Oskar s’empilent pour former une montagne identique à celle de tous les autres sacs qu’il a déjà pu observer. La seconde photo est déjà bien plus intéressante : une petite poche sur le côté du sac laisse dépasser une carte de visite. Il se pourrait que ce soit celle de la belle. Il réussit à lire, un prénom sans doute : Ayelle. Ayelle... C’est beau... C’est beau ! Excité par cette découverte, Oskar prend les photos suivantes. Il note sur un papier le titre du livre de chevet pour l’acheter, le lire et avoir un sujet de conversation en cas de silence gênant pour leur première rencontre ! Enfin, il arrive au flyer. Il s’agit d’une soirée dansante dans un bar du centre ville. La soirée a lieu ce soir. Ce soir ?! Il est 18h30 et la soirée démarre à... 19h !! Bien... Oskar dans la panique retire ses gants de travail, pose les photos et entreprend de se changer. Il enlève son pantalon tout en courant dans sa chambre, se prend le pied gauche dans sa jambe droite et tombe la tête la première sur le coin de son lit. Sonné mais pas vaincu, le pantalon retiré, Oskar sort son costume des grands soirs et s’habille.
19h15. Il est le premier... Ça valait le coup de s’esquinter la moitié du front pour finir le premier... Ironie... Oskar s’assoit au comptoir, au fond du bar. Une place stratégique qui lui permet de ne louper aucune des personnes qui entrent. Un martini blanc à la main, il reste le regard figé sur la porte. Les membres d’un groupe de musique se sont installés sur une petite scène qui leur est dédiée et commencent à accorder leurs instruments. Oskar attend. Il n’a encore rien bu. Il tient son verre comme une balle anti-stress. Soudain la porte s’ouvre sur un homme suivi de quatre femmes. Il les observe une à une mais aucune ne ressemble à Ayelle. Il attend encore. Des hommes entrent, des groupes de femmes trop âgées. Des groupes de femmes trop jeunes. Le verre encore plein, le barman interpelle Oskar et lui demande de consommer un peu plus rapidement sinon il devra lui demander de partir. Oskar le regarde, vide son verre dans l’évier et demande qu’on le lui remplisse à nouveau. Médusé, le barman lui sert la même chose et l’ajoute à sa note. Oskar retourne à son poste de vigie et remarque qu’une table vide avant qu’il ne détourne le regard est maintenant pleine. Six personnes dont quatre femmes. Deux sont dos à lui. Une rousse et une brune. La rousse se met à parler de profil. Ce n’est pas elle. Oskar a la sensation de jouer au jeu Qui est-ce ? et d’abattre des cartes au fur et à mesure que la soirée avance et que les gens entrent. La brune est toujours de dos. Un joli dos dont le haut laisse apparaître le relief des épaules et des omoplates. Elle détache ses cheveux... Soudain, elle laisse éclater son verre au sol. Le barman s’empare d’une éponge, Oskar la lui prend des mains et se dirige vers la table.
Il lui dit de laisser, de ne pas se blesser. Elle le remercie et lui dit qu’elle est désolée.
Oskar, à genoux, lève les yeux. Ayelle. C’est elle. Ce nez, ces yeux, ce visage. Il le reconnaîtrait parmi tous. C’est elle. Après qu’elle ait compris qu’il n’était pas employé par l’établissement mais seulement venu à sa rescousse en gentleman, Ayelle accepte de se laisser offrir un verre. Ils passent la soirée ensemble, discutent, se lancent des regards, se frôlent la main au moment de prendre leur verre...
Ils ne rentrent pas ensemble. Ayelle travaille tôt demain. Oskar aussi d’ailleurs mais il n’aurait pas été contre un dernier verre. Vraiment ? Oui. Tant pis, une prochaine fois. Un baiser au coin des lèvres, un numéro dans la poche, Oskar rentre chez lui plus heureux que jamais.

Un an plus tard, Oskar se réveille chez lui aux côtés d’Ayelle. Il se lève et va préparer le petit déjeuner. Cela fait maintenant plusieurs mois qu’ils ne passent pas un soir l’un sans l’autre. Il pose le plateau sur la table basse vitrée du salon et aperçoit au milieu d’un amas de prospectus le flyer de la soirée au cours de laquelle ils se sont rencontrés. Il se souvient alors de quelle étrange manière il l’avait découvert. Soudain, après un rapide calcul, il se rend compte qu’aujourd’hui est le jour correspondant aux clichés pris il y a maintenant un an. Il observe derrière lui, tentant d’apercevoir un signe de ces photos prises alors. Il se sent observé. Il prend le flyer et le pose sur la table, tel qu’il l’avait vu sur sa photo. Il semble apercevoir un éclair de lumière provenant du papier, un instant après l’avoir posé. Un reflet ? Ou bien un flash ?... Il regarde derrière lui, sourit. Ayelle approche et va s’assoir sur le canapé. Un an de bonheur.

Un an... Deux ans... Cinq ans plus tard.
Oskar a l’idée de ressortir le vieil appareil à soufflet qu’il appréciait tant mais qu’il avait laissé au placard après avoir rencontré Ayelle. Non pas de peur qu’elle apprenne comment était née leur rencontre mais plutôt que le hasard n’y était finalement peut-être pas pour grand chose. Et aussi par crainte de devenir accroc au futur. De vouloir en permanence savoir ce qu’il va se passer. Quel est l’intérêt de connaitre son futur ? À part se diriger inexorablement vers lui, qu’il soit bon ou mauvais. Connaître son avenir n’a aucun charme. C’est ainsi qu’est faite la vie, de surprises, de cadeaux.
Oskar s’approche de la chambre où Ayelle dort encore. Il la prend discrètement en photo. La première prise de la quatrième et dernière pellicule que lui avait offert le vieux, mais la dernière qu’il prendrait avec cet appareil. Une seule.
Il va directement dans son laboratoire et, à la lueur de la lumière rouge, il aperçoit Ayelle dormant dans la même position. Pour une fois, le sujet est exactement le même que lors de la prise. À la différence près qu’Oskar aperçoit un élément nouveau dans le coin de la pièce. Près du lit se tient un berceau au-dessus duquel trônent les lettres M I L O.

PRIX

Image de Eté 2016
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Isabelle Gaudre · il y a
Très belle histoire. +1
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Poupette · il y a
on a envie d'y croire à cette belle histoire; mon vote et bienvenue à Milo!
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Moonath · il y a
Mon vote renouvelé pour ces pixels enchanteurs...
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Virgo34 · il y a
Bonne chance !
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Dominique Hilloulin · il y a
J'étais déjà passé , sans cliquer sur le rectangle rouge ! Voilà qui est fait , à J-2 de votre finale,bonne chance ! La mienne , à la même date , en catégorie poèmes http://short-edition.com/oeuvre/poetik/la-pomme-au-compotier si cela vous dit d'y apporter votre soutien. Merci
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Utilisateur désactivé · il y a
Nouvelle lecture ce soir en vous souhaitant Bonne Chance pour la finale !
Marie Haubot, auteure du poème-fable "le coq et l'oie", en finale jusqu'au 20.
Ensuite, ils passeront à la casserole...

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Lammari Hafida · il y a
Un texte original, lecture captivante +1 Mon poème en finale http://short-edition.com/oeuvre/poetik/voyage-24 et merci!
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Emma · il y a
Je relis. J'aime de nouveau...
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Dominique Hilloulin · il y a
Pourquoi avis je omis de voter la première fois ? Ben ...sais pas! Voilà qui est fait ,avec mes complimets! bonne chance à J-6 ! Mon poème, également finaliste été, est ici pour lecture, voire + http://short-edition.com/oeuvre/poetik/la-pomme-au-compotier merci
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Lambda · il y a
En général je préfère les TTC (question de temps lol), mais votre texte m'a tenue en haleine jusqu'à la fin !
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