Léon et le petit zombie

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En compétition

De mes débuts d’enseignant en école maternelle, j'ai gardé le goût de raconter des histoires. Dans ma démarche, arts plastiques, photographie et écriture interagissent, se conjuguent, se  [+]

Image de Automne 2020
Léon adore les zombies. Une vraie passion. Au début, tout le monde a trouvé ça étrange. Un garçon si gentil, quelle idée ! Mais lui, Léon, il s’en fiche. Il aimerait tant avoir des livres de zombies, des jeux vidéo de zombies. Et même des playmobils de zombies, mais c’est très difficile à trouver et c’est vraiment dommage. Tout ça ne l’empêche pas d’aller à l’école, d’avoir des copains, de faire des bêtises, d’aider ses parents. Bref, d’être un enfant comme les autres.
Ce soir, son père prépare une pizza :
— Léon, s’il te plaît, pourrais-tu descendre à la cave chercher de la sauce tomate ?
Hum… Léon n’aime pas trop la cave avec ses toiles d’araignée, ses souris qui grignotent et tout un bazar trop bizarre. Bon, Léon est un bon garçon. Il domine sa peur, serre les dents et descend chercher une boîte de sauce tomate.
Dans l’escalier, il sent une odeur épouvantable, une puanteur, un mélange de pourri et de vomi. Mais quelle horreur ! Il s’arme de courage, pénètre dans la cave en se pinçant le nez, farfouille sur les étagères. Mince, l’ampoule clignote, vraiment pas de chance ! Clac, elle s’éteint. Il se dépêche, quand soudain une main toute gluante l’attrape par le cou. Il se débat Léon. Il ne va pas se laisser faire. C’est une vraie bagarre, il tape à droite, à gauche et toc, son poing heurte l’ampoule qui grésille et se rallume. Face à lui, il découvre une drôle de tête verdâtre, avec un œil qui pendouille, des pansements dégoutants. Un zombie, tout petit, mais un vrai zombie. Ni un rêve ni un cauchemar. Non, un vrai zombie !
— Oh my god ! s’écrie Léon. Un zombie chez moi, dans la cave !
C’est tellement effrayant et tellement merveilleux qu’il n’en croit pas ses yeux.
— Éteins, éteins, j’ai peur de la lumière c’est horrible ! supplie le petit zombie.
Léon se demande si le petit zombie ne va pas se mettre à pleurer. Pour une fois qu’il rencontre un vrai zombie, il ne manquerait plus que ce soit un pleurnichard !
— Que fais-tu chez moi ? l’interroge Léon. Et puis d’abord comment t’appelles-tu ?
— Zéon, je m’appelle Zéon. Je suis chez toi pour mon évaluation.
— Ton évaluation ?
— Oui, je dois prouver que je suis capable d’effrayer des enfants. Tu es mon enfant-test. Si je réussis à te terroriser, je serai zombie certifié de premier niveau, sinon je redoublerai.
Léon n’avait jamais entendu parler d’une chose pareille.
— Eh bien mon pauvre Zéon, ton évaluation est nulle parce que je n’ai pas eu la trouille, mais alors pas du tout ! Et puis mon père attend la sauce tomate. Je repasserai te voir plus tard quand tout le monde dormira.
Bon, Léon exagère un peu. Il est bien content de remonter de la cave. Il a quand même eu peur, juste un peu, mais suffisamment pour que son père lui trouve une drôle de tête.
— Tu as l’air bizarre Léon, tu es tout pâle… Et puis c’est quoi cette odeur ? Je crois que tu as besoin d’un bon bain.
Léon renifle ses vêtements, c’est vrai qu’il sent l’œuf pourri. Sa manche de chemise est encore toute gluante, pleine de bave de zombie… Berk ! Il se précipite dans son bain mousse, parfum pamplemousse.
Il n’y a pas meilleures pizzas que les pizzas du papa de Léon. Elles sont géantes, pleines de fromage, de jambon et surtout « sans champignons ». Léon déteste les champignons. Quel bon dîner ! Personne n’a plus faim. Une petite histoire et puis au lit. Dans sa chambre, Léon guette. Le silence, enfin. Ses parents se sont endormis. Direction la cave. Il prend sa lampe de poche, passe chercher une part de pizza dans la cuisine, descend l’escalier, ouvre la porte, scrute dans les recoins, pas de Zéon. L’odeur est toujours aussi horrible, il doit bien être quelque part, se dit Léon. Quand, soudain, une main toute gluante l’attrape par le cou.
— Ah non ! Ça ne va pas recommencer !
Léon se retourne. C’est encore un coup de Zéon !
— Tu exagères Zéon ! Je t’apporte une part de pizza et voilà comment tu me remercies. Arrête avec ton histoire d’évaluation et déguste. Tu vas voir, un vrai délice !
Zéon observe la pizza, il la trouve appétissante, elle ressemble aux pizzas faites par sa mère. Mais quand il la goûte, c’est une autre histoire ! Il la trouve absolument dégoutante.
— C’est quoi ce truc ?
— Ben, une pizza avec des tomates, des olives et du gruyère.
— Mon pauvre Léon, une vraie pizza est garnie de gelée de grenouille, de toiles d’araignée et de crottes de souris.
D’un geste, Zéon retire toute la garniture, sort de sa poche un tube de gelée de grenouille, en tartine sa part de pizza, dispose de-ci de-là quelques crottes souris, puis recouvre le tout d’une couche généreuse de toiles d’araignée.
— Voilà, un vrai délice !
Bon, Léon est dégouté, c’est vrai, mais pas terrorisé… Comme dit Mamie Nadina : les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Pour son évaluation, Zéon devra trouver une autre solution.
En attendant, Zéon et Léon passent une bonne partie de la nuit à papoter de leur vie, de leurs parents, de l’école et de tout un tas de choses qui ne vous regardent pas.
Quand Léon retourne se coucher, il se demande si Zéon n’est pas en train de devenir son ami, et ce n’est pas une bonne nouvelle pour son évaluation.


Le lendemain, Zéon révise ses leçons d’horreur. Il aime bien Léon, mais il ne doit pas oublier que c’est son enfant-test. Il doit le terrifier, sinon… il va échouer et ses parents ne vont pas apprécier, mais alors pas apprécier du tout !
Pour l’odeur, Zéon se plonge dans un égout. Ensuite, il tire encore plus fort sur son œil qui pendouille. Il se plante une grosse hache sur le crâne. Surtout, il se rappelle les histoires les plus horribles que Mamie Zadina lui a racontées. La nuit venue, il est prêt. Il entend des pas dans l’escalier, c’est Léon.
Quand Léon ouvre la porte, il n’en croit pas ses narines. C’est une infection, une odeur d’égout épouvantable ! Alors qu’il se bouche le nez, éclate un hurlement terrible. Zéon surgit de l’obscurité, bondit, gesticule. Il arrache la hache plantée sur son crâne et menace de couper la tête de Léon.
Léon, lui, il rit.
— Eh bien voilà ce que j’appelle un vrai zombie ! Bravo, Zéon, j’adore le spectacle !
Décidément, Léon n’est pas un enfant ordinaire. C’est vexant… Peut-être qu’une histoire bien sanguinolente pourrait le terroriser.
— Léon, que dirais-tu d’une légende de zombies, pleine d’horreurs ?
— Cool !
— Alors, écoute bien !
Zéon choisit la pire histoire que Mamie Zadina lui a racontée : les bijoux de Zeghorra.
— Imagine une reine zombie, portant un immense collier de perles bleues, sauf que ces perles ce sont des yeux d’enfants, des yeux exorbités qui regardent tout autour d’eux et pleurent des larmes de sel. Et puis sa couronne, autant de petites mains coupées ras le poignet et qui s’agitent vers le ciel en répandant un sang tout chaud sur la chevelure de la reine. Et des bracelets bien rouges de toutes petites langues qui clapotent… et…
— J’ai compris, dit Léon, et les petits nez qui reniflent et laissent couler une morve bien verte sur la robe de la reine… Tu sais Zéon, moi aussi, Mamie Nadina me raconte des légendes horribles avec des bouchers qui découpent des enfants en morceaux et les mettent dans des tonneaux de sel.
Zéon est découragé, ce Léon est trop bizarre et il se demande bien comment il va réussir à le terrifier.
Quant à Léon, il retourne se coucher la tête pleine d’images extraordinaires de la reine Zeghorra. Ah, ce Zéon ! Malgré son odeur épouvantable, quel bon copain !


Le lendemain, Zéon est bien décidé à réussir son évaluation. Il a réfléchi toute la nuit. Le matin, quand tout le monde est parti. Il prend son courage à deux mains, sort de la cave. Quelle maison étrange ! Et cette odeur de propre, de choco et de confiture, c’est dégoûtant ! Mais bon, Zéon a un plan…
Il se dirige vers la salle de bain, là, il retire soigneusement ses bandelettes. Il se pince le nez, attrape shampoing et savonnette et commence à se laver. L’eau de la douche lui pique les yeux, l’odeur de pamplemousse lui donne envie de vomir, la lumière lui fait mal aux yeux. Mais bon, Zéon a un plan…
Une fois lavé, shampouiné, il recouvre sa peau verdâtre avec le maquillage de la maman de Léon. Ensuite, il rentre dans la chambre de Léon, s’habille avec ses plus beaux vêtements. Un petit coup de peigne pour le fun. Hop ! Il remet son œil à sa place, le fixe avec une petite pointe de colle, plus rien ne pendouille. Il se regarde dans la glace : cool, un vrai petit Léon ! Il redescend dans la cave, il ne lui reste plus qu’à attendre.
La nuit venue, il est prêt. Il entend des pas dans l’escalier, c’est Léon.
La porte s’ouvre.
Léon est très étonné, la puanteur a disparu, il y a même une odeur de pamplemousse. Bizarre.
Il cherche Zéon. Personne. Sauf un petit garçon, sagement assis sur une chaise tout près de la chaudière. Bizarre. Léon s’approche. Le petit garçon lui ressemble étrangement.
— Et toi qui es-tu ? lui demande Léon.
— Et toi qui es-tu ? répète le petit garçon, d’une voix toute douce.
— Moi, je suis Léon.
— Moi, je suis Léon. Répète le petit garçon.
— Non, Léon c’est moi.
— Non, Léon c’est moi. Répète l’étrange petit garçon.
Bizarre… Léon n’aime pas trop qu’on se moque de lui. Il s’approche, braque sa lampe sur ce drôle de petit bonhomme et découvre, avec surprise, un enfant qui lui ressemble comme un jumeau. Un clone peut-être ! Et là, il commence à se sentir très très mal.
— Mais qu’est-ce que tu fais là, chez moi ? Et puis où est Zéon ?
— Et puis où est Zéon ? répète le garçon.
Léon en a assez. Ce jeu est idiot, on se croirait à la maternelle. Il cherche Zéon à droite, à gauche, fouille et farfouille. Mais pas de petit zombie !
— Mais que cherches-tu ? lui demande le drôle de petit garçon
— Je cherche Zéon, mon ami le zombie.
— Mais Zéon, c’est toi ! Tu es Zéon le petit zombie et moi je suis Léon.
Là, Léon ne rit plus du tout. Il commence même à avoir un peu peur. Il renifle son pyjama, c’est vrai qu’il ne sent pas très bon. Il vérifie son œil, ouf ! Il est bien accroché. Il s’approche d’un vieux miroir brisé, éclaire son visage avec sa petite lampe et voit son reflet, un reflet jaunâtre et tout crispé. Ce n’est pas rassurant, mais pas rassurant du tout. Léon s’approche du petit garçon. Il a l’impression qu’en face de lui, il y a un autre Léon. Mais deux Léon, c’est pas possible !
Hum.... Tout cela est trop bizarre ! Bon, il surmonte sa peur et s’approche encore plus près de ce faux Léon. Et là, il se passe quelque chose d’incroyable. Ploc ! C’est un tout petit bruit, un petit ploc de rien du tout. L’œil du faux Léon vient de dégringoler juste à côté du pied du vrai Léon !
Léon voit le petit œil rouler tout près de lui, un petit œil tout bleu, alors il relève la tête et découvre un trou béant dans le visage du faux Léon qui éclate de rire. Le vrai Léon, lui, il crie de terreur, ses cheveux se dressent tout droit sur sa tête, il devient vert de peur. Il remonte de la cave en courant comme un fou et part se réfugier dans sa chambre. Il se cache sous ses couvertures, tout au fond de son lit.
Le cri de Léon a réveillé son père.
— Ça va Léon ?
— Oui, oui, je crois que j’ai fait un cauchemar, un cauchemar de zombie et c’était trop horrible !
— Mon pauvre Léon, tu as trop d’imagination. Tu sais bien que les zombies n’existent pas. Dors maintenant, je suis là, allez, calme-toi.
Cette nuit-là, Léon a très mal dormi et tôt le matin il est allé vérifier que ses deux yeux étaient toujours bien accrochés. Depuis, tous les soirs, il repense à Zéon. C’est sûr, son ami a réussi son évaluation. Mais, Léon, lui, n’a pas envie de retourner dans la cave, non, il n’en a pas envie du tout ! Il a bien trop peur de tomber sur un petit œil qui roule.
Zéon, lui, a obtenu les félicitations du jury. C’est un petit zombie vraiment doué et très prometteur. Souvent, il repense à Léon, c’était un enfant-test génial, peut-être lui rendra-t-il visite, un jour, plus tard, quand il se sera remis de ses émotions.
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Aurélien Azam · il y a
Récit original, bien mené, écrit avec professionnalisme. Cette histoire peut plaire à un public enfant et aux grands enfants aussi.
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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Merci beaucoup Aurélien.
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Doria Lescure · il y a
récit en mode conte horrifique pour enfant, plutôt bien écrit et construit, dans une tonalité assez joyeuse, sur un fond bien porté par les personnages. C'est plein de relief, c'est drôle et ça fonctionne.
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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Oh merci pour vos encouragements !
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Lyshinyr Wos · il y a
Sympa cette petite nouvelle, elle permet de mettre en valeur la différence de chacun à travers ses deux personnages, tout comme elle nous montre qu'à tout âge on peut avoir peur et se perdre totalement dans la fiction, malgré qu'on fait parti de la réalité. J'accroche, c'est horriblement drôle, continuez comme ça !
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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Vous avez vu juste, ma première intention était bien d'écrire sur la différence. Merci pour vos encouragements.
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Lyshinyr Wos · il y a
Mais je vous en prie, je suis ravi de voir que mon analyse était exacte.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Comment apprendre aux enfants et même aux grands à ne pas avoir peur et c'est très réussi .
Un texte d'une grande originalité .

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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Merci pour votre lecture et vos encouragements.
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Michèle Robak · il y a
S'adressant aux petits comme aux grands cet écrit amuse, terrifie ou nous fait réfléchir sur notre relation à l'autre, sur le regard que nous lui portons, sur nous-mêmes. A nouveau, un grand plaisir littéraire. Merci Jean-Yves.
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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Merci Michèle, pour ta lecture sensible et tes encouragements.
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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
Une histoire de morveux à laquelle on colle ♫
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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Merci pour votre lecture et votre soutien.
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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
Je vous en prie ! A bientôt chez vous ou chez moi ♪
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Mireille Bosq · il y a
Pour affreux jojos de 8 à 88 ans? Bon, la croisière s'amuse et amuse.
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Jean-Yves ROBICHON · il y a
A l'origine pour un garçon de neuf ans que je connais très bien. Et puis pour tout le monde, pourquoi pas? Affreux jojos ou pas.
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Yannick Pagnoux · il y a
Lu sur le CL j'ai adoré
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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Merci Yannick.
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Viviane Fournier · il y a
j'ai beaucoup aimé, c'est un sourire, c'est joliment écrit, c'est vivant .. alors oui, j'ai aimé !
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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Merci beaucoup Viviane.
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Keith Simmonds · il y a
Une imagination foissonnante pour ce conte attrayant et empreint d'humour ! Mon soutien ! J’ai le plaisir de vous inviter à venir vous dépayser dans “Dépaysement au Royaume des Animaux” qui est en FINALE pour le Prix Short Paysages –Isère 2020. Merci d’avance et à bientôt!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/depaysement-au-royaume-des-animaux

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Jean-Yves ROBICHON · il y a
Merci Keith pour votre soutien.
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Keith Simmonds · il y a
A bientôt sur ma page, Jean-Yves !

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