Une nouvelle vie !

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Née en 1974, je vis à Liège, en Belgique. Auteur de quatre romans, de nouvelles et d'une pièce de théâtre, je sillonne depuis 2014 les routes de Belgique et du nord de la France à la  [+]

L’aube se lève enfin sur le port de Tralee. Le froid et la faim me dévorent. Tapie derrière cette montagne de barriques, j’observe transie le va-et-vient des dockers. Dans quelques instants, il me faudra agir. J’étire un à un mes membres engourdis ; chaque mouvement est une torture. Mon vieux manteau râpé fut une bien maigre consolation durant cette nuit de novembre passée à la belle étoile. Mais ce temps quasi hivernal devrait être mon allié ; le mur de brume qui s’étale sur les quais me servira de rempart.

En face de moi, le "Jeanie Johnston" étale fièrement sa coque de bois et ses trois mâts ; avant de fendre les flots, il se repaît paisiblement de la cargaison qui s’amoncèle en son ventre. Les premiers passagers commencent également à embarquer. Un regard apeuré se pose soudain sur moi. Il est vrai que mon apparence crasseuse et mes airs de fauve à l’affût n’ont rien de rassurant, mais un sourire et un doigt sur la bouche en guise de secret partagé ont tôt fait d’apaiser le bambin trop curieux.

Voici que sonne enfin l’heure de vérité ! Profitant d’un instant de distraction des transporteurs, je cours à toute vitesse vers le navire et me glisse subrepticement à l’intérieur de la cale. Mon Dieu, que me semblent loin les landes verdoyantes de mon Connemara natal !

À l’abri des sacs de céréales, j’entends le brouhaha du chargement peu à peu s’estomper. Bientôt, le roulis qui s’empare de moi annonce le départ tant attendu. Pourvu qu’il n’en soit pas ainsi durant les quarante-sept jours de traversée !

Il me faut à présent gagner discrètement la partie supérieure. Sans un bruit, je me faufile par la trappe et tente d’accéder au pont en parcourant les couloirs étroits à pas de loup. Poussant une porte, je me retrouve tout à coup à l’air libre, accueillie par une rafale de vent qui me fait perdre l’équilibre. M’accrochant au bastingage, je découvre fascinée l’horizon qui s’étend à perte de vue et prends réellement conscience du périple qui s’annonce.

Là-bas, de l’autre côté de l’océan, nous sommes des milliers à partir à la conquête de l’Eldorado ! En cette année 1848, la famine a eu raison de nos familles et nous avons tout perdu, mais moi, Ailie O’Connor, du haut de mes seize ans, quels que soient les obstacles à franchir, je saisirai cette chance !
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