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Réveil en sueur

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Méline Darsck

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J’ouvre les yeux, cligne, mais il fait si noir que je ne vois rien.

Pas de reflet, ni d’éclat ou de lueur. C’est une nuit sans lune et ma chambre se trouve loin des lampadaires de la rue.

Je tends l’oreille mais le bruit qui semblait être à l’origine de mon réveil, a cessé. Le silence est à nouveau présent, presque trop. J’attends, retiens mon souffle, ma respiration se fait par à-coups, et mon imaginaire se joue de moi.
Le couinement aurait pu être le cri d’un animal déformé par mon état somnolant, mais mon esprit répète inlassablement que cela ne peut être que la porte d’entrée. Surtout suivi par le claquement significatif de la poignée contre le porte-manteau s’amusant comme à chaque fois, avec les vestes suspendues. De jour tous ces bruits n’ont aucune importance, au pire j’en souris ou je râle, mais souvent je n’y prends pas garde.

Alors que ce soir, cette nuit... je ne peux m’empêcher d’imaginer un cambrioleur, un long couteau de cuisine dans la main, forcer la serrure, pousser le battant, heurter les vêtements suspendus, se pincer les lèvres pour éviter de lâcher un juron. Sa lampe torche pourrait se balader à la recherche des trésors cachés, et bien cachés puisque je n’en ai pas, si ce n’est quelques appareils technologiques, mais rien de particulier, et une trentaine d’euros dans mon porte-monnaie. Mais forcément le voleur ne le sait pas. Il a vu ma voiture dans l’allée, une berline assez cossue, la maison héritée de mes parents sans chichi mais qui me permet d’avoir un toit à moindre frais et le quartier paisible, loin de l’agitation des banlieues. Vue de l’extérieur, cela pourrait attirer une certaine convoitise, je l’avoue.

Soudain j’entends un nouveau bruit. Sans même réfléchir, je me dresse dans le lit, les yeux écarquillés fixés sur la porte avant de retomber lourdement sur l’oreiller me cachant sous la couette et grondant le sommier de grincer sous ma chute.
Mon cœur cogne, le souffle saccadé siffle entre mes lèvres alors que je le voudrais silencieux et mon corps se met à trembler. Un bourdonnement chante dans mon oreille. Ce n’est plus le couteau qui me fait peur, mais que le voleur soit en réalité un violeur et qu’en plus de m’effrayer il me fasse mal. Des images de lacérations inondent mon esprit, les jambes écartées, les vêtements déchirés, la bouche bâillonnée, une main sur mon cou m’empêchant de respirer et les premières gouttes de sueurs perlent sur mon corps.

Je tente de me rassurer. Il faut que je me calme. Rien n’indique qu’une personne est vraiment entrée chez moi. Il faut que j’aille vérifier. Que j’affronte cette épreuve pour pouvoir enfin me rendormir.
Mais d’abord trouver mon téléphone. Avec lui, je me sentirai plus forte, il m’apportera de la lumière et un secours après avoir composé le numéro de la police.

Timidement je glisse une main hors de la couette et parcours le dessus de ma table de chevet sans succès. Au moment où je me pose la question, je me souviens l’avoir branché au salon. Quelques injures me passent par la tête, puis ma conscience tente de me convaincre : je suis chez moi, seule, la porte n’a pas été forcée, les fenêtres sont closes, et demain je rirais de ma panique. Demain...

CRAAAACKKKKKK

Je ferme les yeux, non, je les scelle, me pince les lèvres pour ne pas hurler, déglutis péniblement et un goût de fer inonde ma bouche. Je ne sais plus respirer, j’ouvre la bouche, écarte mes narines, soupire... le tout dans le désordre ce qui affole plus encore mon palpitant.
Pourquoi moi ? Pourquoi ce soir ? Pourquoi cette nuit ?

J’évalue les objets qui pourraient me servir d’arme à portée de main mais je ne suis pas très riche en bibelots ou autres fatras suffisamment lourds et durs pour me défendre. Et rester sans rien faire sous la couette ne résoudra rien.
Si je peux atteindre l’entrée de ma chambre, je saisirai ma raquette de tennis. Même si ce n’est pas la meilleure des armes, cela peut déstabiliser le visiteur suffisamment longtemps pour que je puisse alerter le voisinage.

Forte de cette idée, je soulève la couette, ouvre un œil – même si ça ne servait à rien, je les gardais fermés – et j’ose mettre un pied hors du lit. J’avale les minuscules gouttes de salive qui me reste et qui m’irrite la gorge. La paume contre le mur, je longe la pièce évitant les meubles pour ne faire aucun bruit.
Lorsque je distingue enfin le reflet de la poignée, un faisceau lumineux passe et repasse sous la porte. Je me fige, plaque une main sur ma bouche, espérant ainsi calmer le claquement de mes dents. Mais sans succès.

Il y a vraiment quelqu’un ! Quelqu’un chez moi !

Et ne cherchez pas... cela ne peut pas être mon petit ami rentré tard, je n’en ai pas. Pas plus qu’un frère ou une sœur. Quant à mes amies... pas une ne me ferait une trouille pareille. Non, personne de ma connaissance se permettrait d’entrer chez moi au milieu de la nuit sans frapper à la porte.
Cela ne peut être que....

J’étouffe un cri. Ma main sur la poignée bouge toute seule... Enfin non pas toute seule, mais aidée par la poignée qui s’abaisse par une force extérieure. Je lâche le métal, retiens ma respiration, me colle contre le mur pour éviter que la lumière de la lampe du voleur ne m’aveugle ou qu’il me voit. S’il y a quelques minutes à peine je tremblais comme une feuille en pleine tempête, là, je me trouve d’un incroyable sang-froid.

Mes mains saisissent le manche, heureusement rangé à sa place. Je soulève la raquette au-dessus de ma tête et comme pour me donner plus de courage, je hurle en fonçant sur cette silhouette encore à moitié dans la nuit. Je la frappe, l’assomme de coups, j’ai même l’impression que mes ongles le griffent. Et je cogne, abats mes mains dans un rythme incroyable, heureuse de trouver toujours quelque chose de résistant sous les coups. Ma voix est tonitruante et étouffe tous les autres bruits. S’il crie aussi, je ne l’entends pas, pas plus ses gémissements ou ses plaintes. Il n’y a plus que mes grognements, mes gestes et ma raquette qui semble grandit à chaque geste, jusqu’à ce que je sente une main saisir mon poignet de force et...

— Elodie, réveille-toi !

J’ouvre les yeux, secoue la tête, me frotte le visage, avant de fixer bêtement le visage de ma colocataire penchée au-dessus de moi.

— C’est fini pour toi les films d’horreur. A chaque fois c’est pareil. Cauchemars et hurlements.

PRIX

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Janine Rubeli · il y a
Écriture agréable à lire. En lisant, des souvenirs de ma jeunesse ont ressurgi. J’ai toujours eu peur de bruits insolites la nuit.
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Méline Darsck · il y a
Merci Janine :) Ravie que mes mots t'aient apporté un petit voyage au pays des souvenirs.
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Keith Simmonds · il y a
Une fin étrange pour cette histoire bien contée, dense et effrayante, Méline ! Mes voix ! Une invitation à frissonner, à sentir cette “Odeur de Mort” qui est également en lice pour la Matinale de la Mort en Cavale 2019. Merci d’avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/odeur-de-mort

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Méline Darsck · il y a
Merci Keith pour vos mots et vos votes. J'en suis ravie.
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Keith Simmonds · il y a
A bientôt sur ma page, Méline !
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JARON · il y a
Bonsoir Méline une texte bien écrit avec des mots puissants. Un récit qui nous tient en haleine jusqu'au bout. Une fin surprenante et bien amenée. Mes voix avec plaisir. Si vous avez un instant venez donc faire la fête au château de Bran en Transylvanie, vous y serez bien reçue . En attendant, belle soirée à vous.https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-chaeau-de-bran
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Méline Darsck · il y a
Merci beaucoup pour vos mots et vos votes. Je suis ravie de votre avis
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Sandrine Michel · il y a
C'est rassurant à la fin, une très mauvaise nuit pour Elodie...
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Méline Darsck · il y a
Oui, rassurant ;) C'est le mot. Merci
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Frédéric Bernard · il y a
Beaucoup de sensibilité chez le personnage d’Élodie, ce n'est pas du tout un défaut mais, au contraire, la garantie de passer une fête d'Halloween des plus réussies :-D. On est malgré tout rassurés pour elle car on partage son angoisse au fil du récit et à la lecture de ses pensées, du fait de sa vulnérabilité.
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Méline Darsck · il y a
J'aime que mes personnages soient remplis d'émotion et plus encore lorsqu'ils le font ressentir. Merci pour vos mots
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JACB · il y a
c'est très visuel et la densité des bruits prend une forme effrayante sous votre plume. Cavalez bien Méline !
Je ne vous propose pas de venir lire "Y'a match ce soir" sur ma page, vous allez encore avoir des sueurs froides!!!!

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Méline Darsck · il y a
Je suis ravie d'être arrivée à vous procurer des émotions. Merci pour vos mots
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Brigitte Baube · il y a
quel suspense!!!
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Méline Darsck · il y a
Heureuse d'y être arrivée
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Blackmamba Delabas · il y a
Une pointe d'humour, un zeste d'érotisme, une part d'horreur...
Félicitations...

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Méline Darsck · il y a
Merci beaucoup :)
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Felix CULPA · il y a
J'aime cette histoire, cette cette narration puissante et efficace : j'étouffe un cri ! Bien vu.
Votre récit nous emmène loin dans l'imaginaire ! Je vote 5 voix pour vous et je m'abonne à votre profil ! Je vais aussi découvrir votre site !

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Méline Darsck · il y a
Merci beaucoup Félix pour vos mots et votre attachement. J'espère que vous trouverez de quoi satisfaire votre envie de lire.
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Felix CULPA · il y a
A première vue c'est érotique ! Puis-je vous inviter à découvrir :
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Méline Darsck · il y a
Oui en partie, mais pas que... J'ai découvert MDR, la SF n'est pas trop mon domaine, mais je lirai prochainement
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Chateaubriante · il y a
un reveil salutaire !
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Méline Darsck · il y a
Merci :)
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