Qu'est-ce que t'es belle

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Paraît que j'ai toujours aimé faire la pitre, alors peu se sont étonnés que je commence à écrire des chapitres ! Retrouvez la totalité de mes écrits Phare-Feu-Lus, –mais pas que ! – ici  [+]

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Ils sont jetés. Ils ont franchi des lèvres. Ils sont suspendus dans les airs. Comme des volutes de fumée. Ces mots qu’on ne m’a jamais dits. Je les mâchonne. Je les savoure. Ça vaut le coup qu’on se bichonne.

Qu’est-ce que t’es belle, c’est pas grand-chose, des lettres qui forment des mots. Peut-être. Sans doute. Je pause. Ai-je bien entendu ?

Je ne devrais pas me plaindre. On m’accorde tellement d’autres qualités. À défaut d’être belle, on me trouve drôle. Je me demande parfois, entre deux rires soignés, si ce n’est pas « bizarre » qu’on voudrait dire vraiment.

Bien sûr, il y a eu des garçons, des ébats, des émois. J’ai très vite vu que je ne laissais pas indifférent. Je possédais une beauté féroce, dérangeante, une beauté que l’on évite comme une vieille amante.

Il y a eu ces confidences, guidées par les seuls phares d’une voiture, quand les nuits n’ont pas assez d’étoiles pour éclairer les hommes. C’est là, dans cette douce lueur pas plus grosse qu’une bougie, qu’un inconscient me soufflait que j’avais un charme fou.

D’autres auraient sauté au plafond à ces mots d’un garçon, moi j’étais déjà pied au plancher : le mot « belle », tu sais où tu peux te le carrer.

Trouvez-moi futile, fantasque, frivole, j’ai toujours voulu qu’on me dise que je suis belle et qu’on n’attendait que moi. Comme dans la chanson.

Je voulais être belle comme dans les magazines : les mêmes cheveux, les mêmes jambes, la même poitrine. J’ai appliqué des tonnes de conseils et tout autant de crèmes : crème de jour, crème de nuit, crème de marrons, rien n’était trop cher, rien n’était trop con. J’ai appris à tricher, à me mettre en valeur. À me maquiller, à cacher ma profonde laideur. Véritable cour des Miracles que ma salle de bain, même si aucune prière ne fait pousser les seins.

Heureusement Dieu, ou un autre, a créé les chaussettes. Des chaussettes rayées dans un rond 95D, sacrée ambition pour mes pauvres nichons. Comment aurais-je su ? Quand j’ai troqué ma silhouette plate et sans aspérité pour le format en 3D, j’ai jubilé. J’étais de l’autre côté. J’ai commencé à me pavaner avec mes soutifs rembourrés. Les regards ont changé. Le mien aussi. J’ai pas pu m’arrêter.

J’ai piqué des talons aiguilles. J’ai mis du coton au bout, parce que ma mère, elle a de sacrés grands pieds.

Je voulais être belle comme ma mère qui a des pieds hors-normes qu’elle range dans des chaussons informes.

Je voulais être belle comme sur le red carpet, le corps couvert de paillettes. J’ai pris une robe dans son armoire, sans bretelles. Sans paillettes. Un soir. Pour essayer. Devant le miroir. Un samedi. Pour sortir. Profiter de la nuit, me montrer sous mon vrai jour. Là, sous les lumières des néons, au milieu de ces corps à l’abandon, embrasser l’illusion.

Je sais que je ne veux pas juste être belle. Je sais que je ne veux pas être belle juste le samedi.

Parce qu’on m’a toujours dit « qu’est-ce que t’es beau » alors que mon cœur criait « qu’est-ce que t’es belle !
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