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Le justicier des écoles

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Claire

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Depuis quelques mois, Gérard avait décidé de devenir un héros. Après avoir passé quelques années à lire des Fantômette et des Club des Cinq, il se sentait prêt à assumer cette lourde charge de sauver le monde. A l'âge de huit ans révolus, il avait décidé, contrairement à tous les autres camarades de sa classe qui jouaient aux cartes Pokémon et au chat, de rétablir un monde plus juste grâce à la force de ses convictions. Plus rien ne pouvait l'arrêter dans sa quête pour devenir le nouveau héros dont tout le monde s'arrachait les histoires.
A chaque récréation, il réfléchissait à ses nouvelles aventures. Dans les livres de jeunesse lus, il avait l'impression que sans chercher d'aventures, les héros se trouvaient mêlés à des histoires hors du commun avec des pistes de départ aussi fines qu'une simple pièce trouvée au hasard. Ceci le rassurait tout en le mettant mal à l'aise. Il savait que trouver des aventures ne devait pas se révéler aussi difficile et pourtant, quand il regardait autour de lui à la cour de récréation, il ne savait pas comment procéder.
Il observait les autres, inconscients de sa future célébrité et seul dans sa bulle, il cherchait une aventure palpitante à laquelle il pouvait participer et donner le meilleur de lui-même. De plus, dès qu'il sortait de l'école, sa mère l'amenait jusqu'à leur appartement et l'empêchait de sortir seul, il devait donc créer une opportunité au sein même de l'école même si cela impliquait de sécher les cours. Toute opportunité de faire preuve d'héroïsme devait se saisir à chaque occasion.
Au bout de quelques mois de réflexion, il parvint à une devise : « Pour un monde toujours plus juste ! » et il se créa un nom de héros : « Le justicier des écoles ! », il aimait la corrélation entre la devise et son nom héroïque qui lui donnait l'impression de garder un cap constant dans sa recherche de justice permanente. Il se convainquit sans difficultés que pour devenir un héros, il devait se trouver des missions héroïques et palpitantes, des missions qui lui permettraient de passer à la télévision et d'avoir son nom sur le journal du 20 heures.
Il se rendit compte d'un problème, si le monde entier connaissait son visage, tout le monde pourrait parvenir à l'identifier et à ce moment-là, tous les méchants de la ville qu'il aurait contribué à arrêter pourrait se servir de sa famille comme otage pour s'emparer de lui et l'atteindre assez facilement. Il devait trouver un masque ou un objet qui le rendrait impossible à identifier lorsqu'il accomplirait ses devoirs de héros. Il ne suffisait pas d'avoir un nom comme « Le justicier des école », il devait aussi trouver un masque. Il songea à la cagoule que sa mère voulait l'obliger à porter lorsqu'il faisait froid et qu'il refusait avec indignation parce qu'il détestait porter des cagoules. Avec une cagoule comme celle que sa mère lui avait acheté, il serait impossible à reconnaître. Il devait protéger avant tout sa famille qui pouvait subir des séquelles de son activité de héros, personne ne devait savoir hormis les méchants que Gérard terrassait qu'il avait endossé le masque de la justice.
Après toutes ses réflexions, il trouva une mission simple qui, sans le fixer dans ce rôle de « justicier des écoles », lui donnerait une première idée de la tâche qui l'attendait. Pour sa première mission, il décida d'agir en tant que Gérard, pour estimer ses propres forces avant de lancer son super héros dans le rang des plus grands héros jeunes de l'histoire du monde. Très vite, il se rappela d'un tyran dans la classe inférieure à lui qui terrorisait tout le monde. Pendant les cours de récréation, si les camarades de classe ne lui obéissaient pas au doigt et à l’œil, il les frappait et avec sa taille d'un mètre quarante, son poids de quarante kilos, il effrayait tous ses petits camarades avec sa carrure impressionnante.
Le justicier des écoles, pour sa première mission, allait s'occuper de ce gamin malveillant. Il devait lui enseigner une leçon dont ce garnement se souviendrait toute sa vie. Malgré sa taille deux fois moins grande et son poids de plume, il alla droit vers le méchant garçon, avec pour seul compagnon un courage sans faille. Il l'interpella avec hargne : « J'ai entendu que tu effrayais les petits de CE1, viens te battre avec moi pour t'opposer à quelqu'un de ton gabarit. »
Il vit ce tyran le dévisager avec surprise et une teinte d'ironie. Ne supportant pas cette moquerie implicite, Gérard avança ses poings avec autant de force que possible et sans comprendre, il se retrouva par terre avec un nez qui coulait du sang et le tyran qui s'esclaffait de manière bruyante. Gérard dut se battre contre lui-même pour ne pas s'évanouir à la vue de son sang qui coulait et après une visite à l'infirmerie où il mentit avec aplomb sur la provenance de cette blessure. Voir son nez couler avec tant d'abondance lui rappela sa mission, il ne devait pas faiblir parce que rien ne s'était déroulé comme prévu. Il devait prendre des mesures pour rectifier le tir.
Le soir à la maison, il prit sa mère à part et lui demanda avec le plus de bravoure possible : « Est-ce que tu peux m'inscrire à un cours de karaté ? » Malgré sa mésaventure avec le tyran, il était toujours décidé à imposer sa justice avec « le justicier des écoles ».

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Christine Śmiejkowski · il y a
J'ai voté le premier jour mais pas mis de commentaire
Très bon texte avec une fin parfaite
Il y a de quoi assurer une suite!

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Mary Benoist · il y a
J'adore la fin. +1
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Fxt · il y a
une approche de l'apprentissage de la vie intéressante. Et t'ouvres une ouverture fort plaisante sur le long travail de soi... Concept original. (bon ca fait quand même pensé à Kickass) mais je trouve ton récit moins fantaisiste et plus réaliste que la daube hollywoodienne.
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Mélanie Roland · il y a
Bon texte sur les rêves héroïques d'un écolier, +1
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