Le mystère d'Elsédior

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Chroniqueur littéraire pour Actualitte.com, étudiant en Master Métiers du livre et de l'édition, entre autres. Bonne lecture  [+]

Image de Automne 2018
Il y a fort longtemps, dans un pays lointain, vivait un vieil homme que l'on appelait le Duc d'Elsédior. Cet homme, aimé et respecté de tous, habitait dans une vaste demeure couverte d’or et passait le plus clair de son temps à organiser des ventes aux enchères. Les objets mis en avant provenaient la plupart du temps de contrées fort éloignées, ramenés par le duc pour décorer les innombrables pièces que comptait son habitation. Un jour, alors qu’il s’apprêtait à clôturer la vente d’un coffret scellé à clé pour la modique somme de dix mille pièces d’or, un homme se leva soudainement et s’écria alors :

— Je propose une somme ! Une seule pièce d’or, ni plus, ni moins.

Interloqué, le duc d’Elsédior regarda cet homme mince d’un air dubitatif mais amusé, au dos courbé et vêtu d’un chapeau usé. Il prit une profonde inspiration, puis répondit :

— Mon cher, ce coffre provient d’un lointain pays que j’ai visité il y a fort longtemps. Il a plus de valeur que n’importe quel objet de ma collection. Pourquoi m’en offrir une pièce, quand ce coffret peut m’en rapporter dix mille galions ?

L’homme, sûr de son avance, prit la peine de se lever et riposta avec une insolente sérénité :

— Mon cher monsieur, savez-vous ce qu’il contient ? Non, je le crains. Vous ne vendez pas la clé, uniquement le coffre. J’en déduit deux choses : soit que vous n’avez pas ladite clé, auquel cas ce coffre est dénué d’utilité, soit vous l’avez en votre possession, et dans ce cas-là vous avez déjà vidé ledit coffre dans votre maison. Si vous vendez cet objet pour dix mille pièces d’or, c’est qu’une chose à l’intérieur en vaut au moins la même somme, si ce n’est plus encore. Néanmoins, comment en avoir le cœur net sans la clé ? Et comment savoir si quelque chose à l’intérieur y est véritablement enfermé ? Donc, je vous en offre une seule pièce !

Le duc d’Elsédior, embarrassé par un tel discours, avoua non sans peine qu’il ne possédait pas la clé et que, pris de cours, il ne savait pas ce que le coffre contenait. C’est d’ailleurs pour cela que le prix était si élevé, puisqu’il supposait que le coffre renfermait un objet d’une grande valeur. Mais en cela, le duc n’était sûr de rien. Plusieurs fois il avait tenté d’ouvrir ledit coffre, et plusieurs fois, il avait échoué. Maintes fois il l’avait secoué, et rien n’y avait bougé. Si quelque chose se trouvait à l’intérieur, cela avait moins de valeur que les dix mille pièces qu’il proposait. Alors, il reprit la parole et proposa un marché :

— Donnez-moi les dix mille pièces d’or que je réclame, et si vous arrivez à ouvrir ce coffre, qui peut-être contient un trésor inestimable, dès lors, vous êtes gagnant, davantage que moi.

L’homme, tenant maintenant son chapeau à la main, était bien décidé à ne pas céder à cette ruse. Il rétorqua en proposant un autre marché :

— Je vous en donne une pièce, et si j’arrive à ouvrir ce coffre et qu’il ne contient rien, je vous offre non pas dix mille, mais bien cent mille pièces d’or ! En revanche, s’il contient quelque chose, je garde le coffre et le butin.

Persuadé de faire une affaire, le duc d’Esédior secoua une énième fois l’objet, qui effectivement paraissait complément dénué d’intérêt. Pourtant, son instinct lui jouait des tours. D’aucun n’aurait pu mettre en doute le flair de ce vieil homme habitué aux ventes aux enchères, et qui avait déjà rapporté mille et une merveilles de contrées fort lointaines. Pour la plupart, des coffrets renfermant des trésors inestimables. Mais cette fois-ci, le coffre semblait totalement vide. Alors, pourquoi avait-il soudainement un mauvais pressentiment ? Déboussolé, il se tourna une première fois vers le public médusé, réfléchit quelques minutes, et annonça d’un ton assuré : « marché conclu ! ».

La transaction fut faite, l’homme au chapeau paya le coffre d’une seule pièce et demanda à une femme de s’approcher. Celle-ci s’avança lentement, un sourire démesuré trahissait une joie intense. Soudain, elle sortit d’une de ses poches une clé en or qui scintillait de mille feux. L’assemblée fit silence. 

— Est-ce bien cette clé, Joséphine ? lui demanda alors cet homme qui avait soudainement une voix plus grave alliée d’une posture plus assurée.

— Tout à fait sûre, père.

Joséphine inséra la clé. Le duc, devenu subitement inquiet, comprenait peu à peu ce à quoi il venait de se livrer. La clé en or s’inséra parfaitement dans la serrure du coffre. Joséphine fit trois tours vers la gauche, un tour vers la droite, et enfin, le coffre s’ouvrit. Là, posé délicatement sur un tissu de soie blanc, reposait un autre tissu plus ancien, jauni par le temps mais tout de même très bien conservé. Sur ce tissu d’une remarquable beauté, on pouvait apercevoir un visage, visiblement celui d’un homme avec une barbe abondante, et sur sa tête reposait une couronne d’épines. L’assemblée retint son souffle.

Le duc d’Elsédior avait maintenant la bouche grande ouverte, des gouttes de sueurs perlaient sur ses tempes, les yeux peu à peu recouverts de larmes fuyantes. Devant lui, dans le petit coffre qui lui appartenait encore quelques minutes auparavant, reposait délicatement le Saint-Suaire, l’authentique, véritable et unique. L’homme, heureux de sa juteuse transaction, pria Joséphine de refermer le coffre et de lui remettre la clé. Il se tourna alors vers le duc d’Elsédior, remit son chapeau qu’il tenait dans sa main, et avant de s’en aller, lança simplement :

— Ce fut un réel plaisir, mon brave.

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