Georges petit

il y a
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Je suis un homo economicus englouti dans mon époque, comme tous mes personnages. Retrouvez mes critiques et chroniques sur Azimut et abonnez vous: https://blogdesign.blog/ Suivez moi sur ma page  [+]

Image de Hiver 2015
— Maman, y a quelqu’un qui frappe à la porte !
— Je suis dans la salle de bains, va voir qui c’est.
Le spectre se tenait sur le seuil, enveloppé dans un grand manteau qui recouvrait tout son corps et duquel ne ressortait qu’une main squelettique. Mais ce qui impressionna surtout Georges, c’est le long manche en bois surmonté d’une grande lame. Un peu intimidé, le petit garçon leva la tête vers la capuche qui recouvrait entièrement la tête du visiteur.
— Il faudra revenir plus tard, Maman se fait une couleur.
Le petit garçon aurait été bien en peine de donner un sens à l’expression « se faire une couleur » mais elle lui plaisait beaucoup et il était content de pouvoir l’utiliser.
— C’est toi que je viens chercher.
Georges, un peu inquiet, recula d’un pas.
— Mais vous êtes qui ?
Avec les enfants, son boulot n’avait plus aucun sens. Ce qu’il aimait, c’était lire la terreur dans les yeux de vieux salopards qu’il venait chercher à l’improviste. Mais généralement, ses clients étaient des braves gens inoffensifs. Certains, souvent malades et très âgés, avaient même l’air contents de le voir.
— Tu comprendras plus tard... Ah ben non, tu ne pourras pas. Oh puis merde... Je reviendrai.
Georges fixa attentivement son visiteur qui parlait très bas et, en dépit de tous ses efforts, il ne réussit pas à comprendre les murmures du spectre. Il allait essayer de répondre quelque chose quand il s’aperçut que son interlocuteur avait disparu. Au même instant, la porte de la salle de bains s’ouvrit.
— C’était qui ?
Très embarrassé, Georges se lança dans une description physique de l’inconnu en insistant bien sur l’étrange objet qu’il tenait dans la main. Un frisson parcourut le corps de la jeune femme. Elle tenta d’effacer l’ombre qui apparut dans son regard, leva la tête au dessus de la porte d’entrée et poussa un cri en voyant la pendule.
— Déjà dix heures et demi, il faut y aller, nous allons être en retard, prends tes affaires et attends-moi dans la voiture !
Georges enfila son blouson suspendu au cintre de l’entrée, passa dans sa chambre prendre quelques Schtroumpfs – qu’il jeta dans le petit sac en toile bleue qu’il prenait toujours avec lui à l’hôpital – et se dirigea vers le garage. Il avait maintenant la vie devant lui.

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Un petit mot pour l'auteur ? 20 commentaires

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Célia Augé · il y a
bravo une histoire au top ..."fais demi tour petite mort et reviens au moment propice tu n'es pas une ennemi ...ni bonne ni mauvaise tu seras là quand tu seras là mais laisse la chance aux petits de grandir un peu ;) "
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Isabelle Lambin · il y a
J'ignorais que la mort pouvait être aussi drôle ! ;o)
Ce qui reste en suspend, c'est, que devait-il arriver à Georges pour qu'il meure ? Chute dans les escaliers, Carambar coincé dans la trachée, assassiné par le chat des voisins pour lui avoir marché sur la queue, etc... ou juste délit de sale gueule ? ;o)

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Fred Panassac · il y a
Tout est dit dans ce texte bref. J'aime les deux phrases qui se répondent. "C'est toi que je viens chercher" et la dernière phrase. L'innocence du petit Georges le sauve.
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Louyse Larie · il y a
Un beau texte et un petit Georges très attendrissant pour lequel je dépose un 22ème soutien bien sonné...Je vous invite à découvrir mon "rim'ailleurs" en catégorie poésie, au plaisir de vous retrouver chez lui comme chez vous à une prochaineoccasion :)
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M. Iraje · il y a
La mort...en question...?! Bien vu ! ( et en plus, un texte de saison : Toussaint, Halloween ...) +1
A l'occasion, j'en ai aussi quelques uns en compet. ...

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Jane Véronique · il y a
C'est vif malgré la mort...Une ombre Monty Pythonesque a plané...le sens de la vie... ne pas reconnaître la mort rend peut-être invulnérable....peut-être...merci.
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Edouard Latour · il y a
C'est moi qui vous remercie.
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Laetitia Remericq · il y a
La phrase la plus terrible : "c'est toi que je viens chercher". Qui fait écho à nos terreurs les plus sombres. +1
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Edouard Latour · il y a
C'est quand même génial d'avoir tous ces retours des lecteurs. Merci à toi et merci Short!
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Edouard Latour · il y a
Merci à tous pour vos commentaires. Ca fait chaud au coeur.
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Joëlle Brethes · il y a
Le 14ème est le mien : une mort qui s'humanise ! ! ! On aura décidément tout lu sur ce site !
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Michèle Harmand · il y a
La mort déstabilisée par un regard d'enfant : une première qui réclame un vote ! :)

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