Elle choisit de vivre

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J'écris pour pouvoir lire la couleur du ciel et de la poussière  [+]

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Elle va
à petits pas sur le sentier
où s'éboulent les pensées noires
elle s'accroche aux souvenirs
fleurs blanches bordées d'épines.

Elle inspire à pleins poumons. Son regard brouillé se laisse saisir par un pâle rayon de soleil. Une feuille remue, une paire d'ailes claque le silence. Une souche de bois improvise un banc, son sac à dos se laisse tomber au sol, si lourd pour son poids plume. On dirait un petit oiseau ébouriffé par la tempête. Ses chaussures délacées, elle boit de l'eau, mange une barre de céréales, regarde l'horizon perdu entre ciel et mer.
Le vent fraîchit.

Elle étreint les gestes muets
le regard qui la frôle
chaque pensée timbale
un écho en sourdine.

En bas, les vagues font leur boucan de mer. Elles ramènent un morceau de bois, ça l'intrigue, chasse ses idées fuguées trop loin. Elle descend sur la plage, les cailloux dégringolent, personne ne passe par là. Elle s'en fiche si elle tombe. Elle finit sur les fesses, ça la fait rire, ça la surprend. Une mouette lui jette un regard de mouette, la vie est si simple pour elle, elle retourne vite à son festin de chips sablés.

Au fond du paysage, le soleil trempe la mer dans un silence de couleurs. L'océan est devenu d'huile. Il faut continuer, secouer la magie bretonne, le camping est encore loin. Elle ramasse le bout de bois flotté, un de plus pour sa collection. Finalement elle remonte par un escalier de pierres creusé dans la falaise. Elle ne l'avait pas vu tout à l'heure, c'est étrange. Ça grimpe, elle se dit que c'était plus facile de glisser. C'est toujours plus facile. De retour près de son sac, elle avale les dernières gouttes de sa gourde, ça dégouline dans son cou. Et elle repart en se laissant happer par le coucher du ciel. Ses mollets durcissent, ses cuisses brûlent, son dos et ses genoux réveillés par les accrocs du chemin comptent les pas.

Elle va
et toujours pour demain
ce vide au creux d'hier.
Un sourire s'égare pourtant sur ses lèvres, au loin un château planté de coquillages, et une pelle oubliée.
Ça fait un bruit de doigts de pied dans le sable, un goût de casquette rouge salé, une odeur de crème solaire, de sourire chocolat, un froissement de parasol pour abriter l'enfance et de roman qui se feuillette derrière des lunettes de soleil.

La mer se retire.
Elle croise des inconnus, s'enferme sous ses écouteurs, plante sa nuit, avale son sandwich jambon salade, douche son corps bronzé et sculpté d'efforts, glisse dans son sac de couchage. La fatigue avale ses cauchemars. Demain elle marchera encore.

Elle va la maman
de phare en phare, de crique en crique, une pointe après l'autre
les barrières de travers, les chevaux, les croix défilent
ses pas soufflés par l'enfant.

Elle trempe ses pieds dans les lueurs magiques pour reprendre son souffle, brasse l'océan à la recherche d'un secret, fait couler le sable à travers ses doigts, ne trouve pas. Sur la plage immense de sable blanc, où le ciel et les goélands flottent leur ombre emmêlée, elle s'allonge le temps de sécher son maillot.

Dans son filet elle attrape
les plumes de nuages
l'enfant veille
il dessine dans le ciel
des messages pour sa mère.

Le soleil s'est caché, il ne sait pas quand il reviendra. Elle se lève, reprend sa marche.

Elle ramasse les morceaux de bois, les coquillages
les fleurs, elle les laisse sur son passage
elles sont ancrées à la dune, au vent, au ciel.

Sur le sentier des douaniers, elle randonne son chagrin jusqu'à vouloir l'épuiser. Elle pose des galets, écoute les mots sourds sur le chemin des bosses. Chaque jour elle muscle l'espoir, l'affine, elle combat l'envie de glisser dans les étoiles froides qui crèvent la voûte muette.
Elle se cramponne à l'idée de vivre
à l'idée de vivre sans le futur de son enfant sous ses pas.

Parfois une rencontre avec un chercheur d'or. Un photographe tente de capturer les rayons du soleil levant sur les façades des maisons de granit, en pleins carreaux. Une artiste aux cheveux d'argent explore les dessins laissés sur le sable, par la mer et les algues. Encore de la magie. Comme elle, ils cherchent quelque chose, ou quelqu'un. Ils cherchent la présence invisible, ou l'absence visible. Elle leur dit qu'elle veut passer le cap, sans dire le cap de quoi. La réponse se lit dans son regard.

Et elle va
quelque part elle avance
elle choisit de vivre
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