La saga du canapé

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En compétition

— Allo ? Madame Martine Marteau ?

— Oui, c’est moi.

— Bonjour Madame. Je suis Anastasia Jouvet, chargée du recrutement par le cinéaste Jules Furby. Vous le connaissez ?

— Euh… Non… Qu’est-ce que c’est que ça encore ? Qu’est-ce que vous cherchez à me vendre ? Je suis la seule du département à avoir gagné une super compil de DVD, c’est ça ?

— Je suis surprise. Vous ne connaissez pas Jules Furby ? Vous n’allez jamais au cinéma ?

— Si ! Une fois au moins par semaine, mais je ne lis jamais les génériques ! Il a fait quoi comme films ?

— « Le satyre du coin de la rue », « Bon vent, Pire ! »…

— Pas mon style ! Moi, quand je vais au cinéma, c’est pour rigoler, pas pour faire des cauchemars en rentrant chez moi ! Bref, et alors ?

— Et bien voilà : Jules Furby a choisi votre région pour tourner son prochain film : « Sa dent dans son cou », et pour la scène principale, il a besoin d’un canapé spécial. Il m’a donc chargée d’appeler les ébénistes du coin afin de trouver quelqu’un pour le fabriquer. Les coûts de transport seraient alors réduits.

— Sans blague ?...

— Vous êtes bien ébéniste ou tapissière ?

— Depuis douze ans, oui… Ça alors ! Et… on est combien sur la liste ?

— Et bien trois, en fait. C’est un métier qui ne court pas les rues ! Alors, qu’en dites-vous ?

Qu’est-ce que je lui dis ? Que je n’en reviens pas ? Que, enfin, il va se passer quelque chose d’intéressant dans ma petite vie, que je peux venir tout de suite si elle veut, que j’ai toujours rêvé d’assister à un vrai tournage de long métrage, que si je vais au ciné toutes les semaines, c’est pour me délecter de tous les décors, observant leurs moindres détails, et leurs adéquations à l’ambiance, que la plus belle image de « La soupe aux choux », c’est la comtoise du salon, que..

— Allo ? Vous êtes toujours là ?

— Euh… Oui… C’est d’accord.

— Alors, venez mardi prochain le 7 juillet à 16 h à la salle St Antoine de Vallers. Jules Furby en personne recevra les trois candidats et vous expliquera ce qu’il attend de vous. Bonne chance !

— J’y serai… Merci… Madame…

Je note immédiatement sur mon agenda à la page du 7 : « R.V. Cinéaste »… comme si j’allais l’oublier d’ici là !

Une longue semaine suit.

Une semaine passée sur un petit nuage. Pas un instant sans y penser ! Concevoir et réaliser un canapé pour la scène principale d’un long métrage ! Moi ! Quelle aventure !

Mardi 7 juillet arrive enfin. J’y suis, au rendez-vous.

Deux autres personnes, ébénistes aussi, que je connais un peu, attendent avec moi. La porte s’ouvre. Un homme distingué au corps d’athlète malgré un âge avancé s’avance vers moi et me surprend d’un baise-main :

— Chère Madame…

Un vrai metteur en scène du festival de Cannes, comme je les ai toujours imaginés ! Il se dirige ensuite vers les deux hommes, la main tendue :

— Bienvenue à vous… Entrez, je vous en prie… 

— Asseyez-vous, dit-il en refermant la porte, et ouvrez bien vos oreilles, j’ai horreur de répéter.... Mon film raconte l’histoire d’un vampire tombant éperdument amoureux d’une beauté espagnole. Il se jure de résister à sa pulsion meurtrière et de ne jamais lui sucer la moindre goutte de sang. Mais, lorsqu’elle lui offre ses lèvres pour un baiser sur un canapé, il ne peut plus résister et lui enfonce ses canines dans le cou ! C’est la scène principale du film. Je tiens beaucoup à sa réussite. Il me faut donc un canapé capable de renvoyer au spectateur l’ambiance du film, tout le suspens du scénario, tout l’amour de ce couple, et toute la torture intérieure du vampire tentant de résister à l’appel du sang… Vous me suivez ?

— Tout à fait, dis-je, encore sous le charme de ses paroles.

— Très bien, continue-t-il, alors vous avez jusqu’à jeudi pour me faire parvenir vos esquisses. Joignez les échantillons de tissus. Et que vos dessins soient les plus réalistes possible ! Je vous dirai dès vendredi lequel de vous trois aura le privilège de faire partie de mes collaborateurs. Madame, Messieurs, au travail ! 

Quelques secondes s’écoulent et un des ébénistes ose :

— Et… pour le règlement ?

— Vos propositions devront être gratuites, et si vous remportez le contrat, 10 000 euros à la livraison du canapé, matières premières fournies. Si le film marche comme je l’espère, ils se l’arracheront à la vente aux enchères ! Vous toucherez 50 % du montant de la vente. D’autres questions ?

Après une telle réponse, je crois qu’il n’y a plus grand-chose à demander. Les deux ébénistes vont, sans doute, comme moi, plancher jusqu’à plus d’heures sur leur table à dessin. Non seulement c’est un privilège de travailler pour un film, mais à ce prix, c’est vraiment une occase en or, pour nous, petits artisans de province ! Et en plus, quelle publicité si le film fait salle comble !

Les idées créatrices envahissent déjà mon cerveau. Je vois « mon » canapé prendre une forme galbée pour un style glamour, satin rouge vif pour évoquer le désir de sang du vampire, les accoudoirs décorés d’un fil doré pour ajouter une touche de précieux et renforcer le côté décisif de la situation. J’entends déjà Jules Furby « s’emballer » pour ma création : « Vous avez conçu exactement ce que je voulais ! Bravo Martine ! Je peux vous appeler Martine ? »

La voix forte de Jules Furby me ramène à la réalité :

— Au revoir, Madame. 

Je réponds poliment, d’un air posé et confiant, en serrant la main que, cette fois, il me tend :

— Au revoir, Monsieur Furby.

Dès mon retour à la maison, je me mets à noircir feuille sur feuille, corrigeant à chaque fois un détail, une courbe, une forme. Les heures passent. Quatre heures du matin, je suis enfin satisfaite : tout à fait comme je me l’étais imaginé tout à l’heure dans le bureau du cinéaste. Parfait. Il me plaît. Un tissu rouge sang lui donnera son caractère… de passion amoureuse tout autant qu’un aspect terrifiant. Il me semble avoir dans mes échantillons cette étoffe exceptionnelle. Je me mets à parcourir avec courage l’ensemble de mes catalogues. Après deux heures de recherche, je la déniche enfin ! Quelques fignolages, et à huit heures du matin, il ne manque plus rien à mon projet. Je place les dessins et les échantillons précieux dans une grande enveloppe et sors rapidement pour aller la poster.
Je n’ai plus ensuite qu’à attendre.
Un long jour… Un deuxième long jour… Un troisième long jour… Ça y est ! Il sonne, mon téléphone !

— Allo ? Martine Marteau ?

Je reconnais tout de suite la voix d’Anastasia Jouvet.

— Oui, c’est moi.

— Voilà : Monsieur Furby a étudié les projets. Vous décrochez le contrat. C’est plutôt une bonne nouvelle, non ?

— Plutôt oui.

— Mettez-vous au travail. Nous attendons votre canapé dans quatre jours pour le tournage. 

— Quatre jours ? Aouf ! Bien, bien… Je m’y mets tout de suite.

Dès la fin de notre conversation, je décroche de nouveau le téléphone pour commander le tissu. Par chance, ils l’ont en stock et peuvent me l’envoyer immédiatement. C’est une chance !

Pendant trois jours, et pratiquement deux nuits, je scie, je rabote, je ponce, je couds, je cloute… Dès réception du tissu, je découpe, je plisse, je tends, je couds… Et grâce à cette habileté et cette rapidité que j’ai pu acquérir en douze ans, « il » est là, devant mes yeux : les accoudoirs poncés à la laine d’acier triple zéro pendant de longues minutes, puis cirés et brossés avec amour et patience éclatent de leur brillance insolente sur le tissu satiné rouge. Une merveille ! Je remercie Jules Furby de m’avoir donné l’occasion de réaliser un tel chef-d’œuvre ! Les commandes de ce style ne sont pas fréquentes. Il est magnifique, mais ne convient pas au salon de monsieur tout le monde… quoique…
J’ai réussi une courbe du dossier qui force l’admiration et les pieds tournés en spirales donnent une touche nostalgique à l’ensemble et laissent présager un destin funeste à celle qui va s’y prélasser… Une merveille, je vous l’assure !

C’est d’ailleurs l’avis de Jules Furby quand il découvre l’objet le lendemain. Il ne cesse d’aligner des qualificatifs enchanteurs : « Excellent ! Formidable ! Remarquable ! Miraculeux ! En un mot : “Classieux” ! »

Je retourne sur mon petit nuage. La vie n’avait jamais été aussi généreuse avec moi ! Même la plus belle déclaration d’amour qu’il m’avait été donnée de recevoir n’arrivait pas à la cheville de celle de Jules Furby à l’égard de mon canapé ! J’en pleurais comme une madeleine !

Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, son discours s’achève brutalement sur ces mots :

— Mais nous verrons tout à l’heure ses défauts. L’épreuve du tournage est toujours terrible pour les scénaristes, les acteurs, mais aussi les décorateurs et les accessoiristes. Allons tout de suite sur le plateau, chère amie…

Il donne des directives aux manutentionnaires pour le port du canapé et je le suis dans un couloir immense.

— J’étais un peu secptique, je dois vous l’avouer, me dit-il tout en marchant, j’avais du mal à croire qu’une femme puisse être aussi habile en menuiserie. Mais votre projet m’a séduit, je suis passé outre mon instinct conventionnel. Je ne le regrette pas. Félicitations. Vraiment.

Nous voilà arrivés dans les entrailles du studio. Décor époustouflant éclairé magnifiquement par des rampes entières de spots dirigés habilement. Les murs en contreplaqué sont recouverts d’un papier peint satiné jaune pâle. Une fenêtre s’y découpe. Elle est ouverte et donne sur une forêt de chênes synthétiques éclairés par dessous par une lumière bleu nuit. L’effet est saisissant de réalisme et de mysticisme. Les doubles rideaux rouges, assortis à mon canapé que les manutentionnaires viennent de mettre à sa place, donnent à l’ensemble un côté snob, mais pas vulgaire. Comme pour accentuer l’ambiance, voilà que Pétassia fait son entrée dans le décor. Pétassia, c’est l’actrice principale, l’Espagnole : poitrine arrogante sous une dentelle noire, se prolongeant, pour recouvrir ses jambes par une jupe longue en satin rose pâle… On se croirait au Moulin Rouge ! Dommage ! Je me dis que la costumière (ou le costumier) doit penser l’inverse : un canapé trop sophistiqué fait disparaître la beauté de son travail ! Mais Jules Furby a, en professionnel, pensé qu’il valait mieux forcer la dose de luxe jusqu’au ridicule plutôt que de jouer sur les contrastes. À chacun son style !

— Classieux ! clame-t-il lorsque les acteurs sont placés dans le décor. Il paraît très fier de ses choix. Toute l’équipe présente sur le plateau est soulagée après cette intervention du « chef », et se prépare à une grande concentration.

— On tourne !

Mon sang tourne, lui aussi, un peu trop rapidement dans mes veines. Quelle chance j’ai, quand j’y pense ! J’assiste, en tant que membre de l’équipe, au tournage d’une vraie scène de cinéma ! L’ambiance est telle que je l’imaginais mais encore plus tendue, plus… silencieuse. De ce silence pesant qui fait craindre à chacun la petite faille, le petit courant d’air, la petite phrase malheureuse, le trou de mémoire, la fermeture éclair qui se coince, ou la mèche de cheveux qui rebique… Que sais-je encore ? Tout est possible à cet instant !

« Coupez ! Ça ne va pas ! Qu’est-ce que c’est que cette lumière intermittente dans la forêt, là, derrière la fenêtre ? Simon, va voir ! »

L’homme à tout faire contourne le décor et revient rapidement :

— C’était Maud, elle profitait de sa pause pour envoyer un texto. Elle ne pensait pas gêner derrière le décor !

— Et bien si, elle gêne ! C’est malin ! Bon, allez, on refait… 

Jules Furby fait preuve d’un calme désarmant.

— Tout le monde est en place ? On tourne !

Même silence, même tension. Que va-t-il encore se passer ?

— Coupez ! On voit rien ! L’angle de prise n’est pas bon. La morsure se trouve cachée par l’accoudoir du canapé !

Canapé ? Je panique. Mon canapé ? Il ne va pas l’enlever tout de même ou me faire retirer les accoudoirs ? Je réfléchis déjà à la manière de remédier au problème. Les esquisses se bousculent déjà dans ma tête !

— Charly, mets-toi là, et prends un peu plus à gauche. Fais voir… 

Jules Furby jette un œil à la caméra

— Oui, ça ira comme ça. C’est bon.

Ouf ! Je respire. Pas de modification à apporter à mes accoudoirs.

— On tourne ! résonne une troisième fois à nos oreilles.

Re-silence. Re-tension.

Les minutes défilent. Tout semble bien se passer cette fois. Le moment ultime de la scène approche… ça y est. Il a mordu. Le sang rouge coule sur le cou de l’Espagnole…

— Coupez ! On reprendra la scène demain. Cette fois, le problème demandera plus de temps à résoudre. 

Jules Furby m’impressionne par son calme. Je suis, moi, surexcitée, incapable d’aligner trois mots de manière calme et cohérente, alors que lui, haut responsable de la réussite du film, et par là même des retombées financières sur toute l’équipe, ne laisse échapper aucun signe de colère après ces trois essais ratés.

— Madame Marteau, venez me voir… 

Je blêmis.

— C’est un problème avec le canapé ?

— Oui, c’est à cause de lui que je dois retourner la scène. 

Je dois être maintenant aussi blanche que sa chemise.

— Pas de panique, Madame Marteau, vous n’allez tout de même pas faire une syncope ! Ressaisissez-vous, voyons ! Vous allez avoir besoin de toute votre énergie !... Je vous explique : lorsque les dents du vampire s’enfoncent dans le cou de Pétassia, le sang qui coule ressort formidablement sur sa peau claire, mais quand il arrive sur le canapé, on le voit à peine sur ce tissu rouge… 

Je n’ose bouger un cil… Que va-t-il m’annoncer ? Finalement, il lâche :

— Il faut le refaire en blanc !

En fait, je préfère cela. J’ai eu peur qu’il soit évincé purement et simplement. Je pose la question qui m’affole un peu :

— Et… j’ai combien de temps pour cela ?

— Demain, à 9 h, le tournage doit reprendre. J’ai un budget à tenir. Je ne peux pas me permettre de payer toute l’équipe une journée à ne rien faire. Toutes les autres scènes sont dans la boite. On ne peut pas attendre… Mais je SAIS que je peux compter sur vous ! N’est-ce pas, Madame Marteau ? ajoute-t-il sur un ton théâtral.

— Je vais voir ce que je peux faire. Je pense avoir du tissu ivoire en stock dans mon atelier. Vous avez de la chance ! Enfin, c’est surtout moi… J’espère que ça vous conviendra…

— Ça ira, ne vous en faites pas, Madame Marteau. Allez ! Buvez une bonne tasse de café et ne tardez pas, la nuit ne compte que dix heures tout au plus !

Ça, je le sais. Et ça me hante… Comment vais-je réussir l’exploit de retapisser entièrement un canapé si compliqué en dix heures ? Et est-ce qu’il va me payer ce temps de travail supplémentaire ? Il ne pouvait pas y penser plus tôt que le sang ne se verrait pas sur du rouge ? C’est son boulot après tout ! Tout était noté sur mon projet ! Ce n’est pas ma faute à moi !
Enfin, bref… Assez de lamentations ! Au boulot !

Je décide d’apporter mes outils sur place pour gagner du temps. Me voilà partie… Les minutes s’égrainent à une vitesse vertigineuse. J’ai l’impression qu’un horloger a déréglé mon réveil : à chaque fois que je relève le nez de mon ouvrage, il a pris une demi-heure alors que je croyais avoir regardé dix minutes auparavant. Quelle sensation désagréable que de ne pouvoir rattraper le temps qui vous manque !

Encore une fois, au matin, je suis rassurée : j’ai réussi. Le canapé ivoire est prêt à huit heures cinquante !

Moi, je le trouve moins… « classieux » comme ça, mais bon… cela convient à mon maître d’œuvre. Les gouttes de sang glissant du cou le tacheront de manière incomparable. J’imagine déjà le liquide rouge s’étalant en colorant une à une les fibres du tissu !

— On tourne !

C’est reparti. Pour de bon, cette fois, j’espère. Mon cœur ne s’y fera donc pas. Même emballement. Même silence pesant. Les yeux écarquillés, j’observe l’homme aux dents pointues et au regard langoureux qu’on sent faiblir… faiblir… et soudain, on comprend qu’il va être incapable de contenir sa pulsion vampirique. Mon Dieu qu’il joue bien ! J’en ai la chair de poule ! L’instant fatidique se fait attendre. Le suspens est à son comble. Est-ce la fiction du film qui m’électrise ou la crainte d’entendre encore une fois : « coupez ! » ? Les secondes sont longues… Les canines du vampire frôlent maintenant le cou de Pétassia. Elles s’enfoncent profondément dans sa chair blanche....

… Horreur ! C’est un liquide jaune, d’un jaune citron translucide sale qui s’écoule lentement sur la peau claire, puis, d’un seul coup, c’est un flot plus opaque qui sort de la bouche de l’acteur et qui s’étale lamentablement sur le dossier rembourré du canapé avant de finir sa descente infernale au beau milieu de son assise… Par miracle, il a évité la dentelle noire et le satin rose de l’actrice…

C’est la stupéfaction générale suivie d’un grand cri de Jules Furby :

— Qu’est-ce que c’est que ça ? Qui a préparé le berlingot de sang ? Qu’est-ce que tu as mis dans ta bouche, Pascal ? Qui te l’a donné ? C’est pas croyable de voir ça !! Qui a embauché de tels incapables ? Tu les as trouvés où, Anastasia ? C’est la dernière fois que je te prends pour le casting ! Je le ferai moi-même ! Incapables !

Le grand calme du metteur en scène qui m’avait tant impressionné la veille n’avait d’égal que sa colère d’aujourd’hui ! Chacun, debout ou assis, n’ose même pas un battement de cils !
Mais les cris du cinéaste stoppent rapidement pour laisser place de nouveau à un silence lourd. Pas un silence tendu comme au moment du tournage. Un silence de désolation. Toute l’équipe du film, de la maquilleuse aux acteurs, en passant par les cameramen et les perchistes, tous ont bien compris, cette fois : Jules Furby ne pourra pas attendre que je tapisse de neuf le canapé tâché. Tous attendent, sans bouger, osant à peine respirer, sa décision. Elle ne tarde pas :

— Trouvez-moi une chaise, vite !


L’accessoiriste, qui, justement, commençait à avoir des fourmis dans les jambes, en profite pour tendre son siège à Jules Furby.

— Ça fera l’affaire ! En place, tout le monde !



Je n’aurais pas dû assister à l’avant-première du film. J’ai trop pleuré. Mais, le pire, c’est quand j’ai lu la critique d’un journaliste de presse très branché :
« Quel génie ce Jules Furby ! Un réalisateur quelconque aurait allongé son héroïne dans un canapé luxueux pour la scène finale. Mais lui, il l’a installée sur une chaise de jardin rouillée dans un salon étincellant. On reconnaît bien là l’originalité de l’artiste ! »

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cendrine borragini-durant · il y a
Tout ça pour ça!
Mais les efforts de Martine n'auront pas été vains puisqu'ils sont l'occasion de lire un excellent texte où l'humour ne gâte en rien le plaisir esthétique (merveilleux canapé). Merci, Béatrice, pour cette nouvelle très originale :-)

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Beatrice Guerville · il y a
Merci beaucoup Cendrine, j'apprécie tout particulièrement que vous ayez trouvé ma nouvelle "originale"... C'est ce que je recherche aussi en plus de l'humour et d'un style fluide... !
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Marie Juliane DAVID · il y a
C'est très beau votre texte!
Captivant du début à la fin!
J'ai adoré vous lire!
Ma voix et bonne continuation!
En passant, si vous avez un peu de temps, je vous invite à lire mon oeuvre "Mésaventures nocturnes" en lice pour le Prix des jeunes écritures. Pour y accéder plus facilement, vous pouvez cliquer sur mon nom en haut de ce commentaire!
Merci d'avance de passer!

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Beatrice Guerville · il y a
Merci beaucoup de votre commentaire sympathique !!! et encourageant!! Ravie de vous avoir fait passer un bon moment !!
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M. Iraje · il y a
Une saga que j'imaginais reposante. Mais NON 😀😀😀 !
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Beatrice Guerville · il y a
Ah! Ah! !! :D
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Claire Dévas · il y a
Mais quelle injustice après tant de travail ! Excusez ma cruauté... j’ai beaucoup rit de cette déconvenue :-)
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/a-lombre-de-sa-devotion

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Beatrice Guerville · il y a
Ravie de vous avoir fait rire !! C'était quand même le but premier !!! :D
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Firmin Kouadio · il y a
On ne peut pas s'ennuyer quand on est en train de vous lire. L'attention du lecteur se capte, le lecteur lui-même se délecte...! Très belle écriture. Je vous invite à découvrir mon texte ! Je l'ai intitulé "EN MAL D'HUMANISME"!
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marco leplusbo · il y a
Un style fluide. Une lecture agréable. Une chute amusante
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Kristine G · il y a
Bravo pour cette nouvelle.
Une fois commencée, on ne peut s'arrêter et on veut connaître la suite!
Texte super vivant et vocabulaire très imagé!
Bravo pour ces lignes que je viens de dévorer...en quelques minutes!

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Woodlande Joseph · il y a
Tres beau texte. J'ai beaucoup aime, le texte est tres original et tres captivant
Si vous avez le temps passez me rendre visite et si le coeur vous en dit vous pouvez voter pour me soutenir
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/brisee-6
Merci et bonne chance !!!

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Bibiana Mathieu · il y a
Texte captivant! J'ai aimé!
Vous avez mes voix!
Si vous avez du temps, passez découvrir mon oeuvre. Je compte sur vos voix.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/vivre-tout-simplement

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Beatrice Guerville · il y a
Merci .. ravie que ma nouvelle vous ait captivée!
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Moliere Jose Tsadjia Donfack · il y a
très séduisant
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Beatrice Guerville · il y a
Séduisant? C' est étrange comme qualificatif... merci à vous!

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