En route pour l'espace

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Auteur de 5 romans au déroulement surprenant dont 4 publiés aux éditions du Net . Les 3 premiers livres content l’extraordinaire saga d’une jeune femme qui résout d'étranges énigmes. Dans le ... [+]

Image de Grand Prix - Hiver 2019
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Observant l’étoile Sirius à travers l’un des hublots de sa cabine, le commandant Goenik était songeur. Il pensait à celle pour qui son cœur palpitait depuis six mois. Le glissement des portes du sas séparant sa cabine du couloir le fit sortir de sa rêverie. Une femme officier venait d’entrer. C’était le lieutenant Johanna Bumley.

— Excusez-moi commandant, je cherchais le bouton du carillon pour vous prévenir de mon arrivée lorsque les portes de vos quartiers se sont subitement ouvertes.
— Ne vous excusez pas, vous êtes la cinquième à qui cela arrive depuis que nous avons embarqué sur ce maudit vaisseau.
— Un oubli technique, mon commandant ?
— Je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, j’ai alerté le service dépannage pour qu’ils posent un carillon et un bouton au plus vite, ce qui me permettra de communiquer en vidéo avec ceux qui se présentent à ce sas afin que je puisse déterminer qui entre ou non.

Le lieutenant observait les trois hublots du salon.
— Excusez-moi commandant, mais n’est-ce pas étrange que vous n’ayez que des hublots aussi étroits pour observer le vide sidéral ? Ils font à peine la largeur de ma main.
— Oui, je suis aussi surpris que vous. D’autant plus que dans les autres quartiers, les officiers bénéficient d’une immense baie vitrée leur offrant un panorama à couper le souffle. J’ai par ailleurs aussitôt fait changer celui du milieu par lequel s’échappait l’air de cette pièce. Un petit sifflement à peine perceptible m’a alerté. Le joint était poreux. Un véritable scandale !
— Peut-être est-ce encore une simple erreur de conception.
— Je trouve que cela fait beaucoup pour un vaisseau spatial tout neuf censé transporter mille hommes d’équipage. Je me suis même demandé s’il n’y avait pas eu une confusion entre une cellule pour prisonniers et ma cabine.

Johanna Bumley observa d'un tour d'horizon les différents éléments internes de la pièce.
— Pourtant, tous les panneaux signalétiques alentour indiquent bien où se situent vos quartiers. Par ailleurs, si je puis me permettre, il y a autre chose qui me choque ?
— Quoi donc ?
— L’interrupteur qui se trouve au bas de votre couchette.
Goenik négligea cette troisième erreur. C’était admettre qu’il aurait dû inspecter ses quartiers bien avant l’achèvement de la construction du vaisseau, et plus particulièrement l’équipement de ses propres quartiers. Et pour cause, il avait eu, dans ces moments, bien plus intéressant à faire. Il avait, en effet, une relation amoureuse occupant une bonne partie de son temps.
— Je m’y habituerai.
— Même s’il se trouve du côté de vos pieds.
— Ainsi, après lecture, je me lève pour éteindre la lumière et le matin, je fais de même pour allumer. Cela me fait un peu d’exercice.

Les mains entrelacées dans le dos, le commandant traversa son salon pour observer à nouveau à travers l’un des hublots.
— Je ne vois pas où se situe le coin toilette, remarqua le lieutenant.
— Pourquoi ? Vous désirez vous repoudrer le nez ?
— Pardon ?

Excédé, le commandant finit par lâcher:
— Les commodités se trouvent sur le palier.
— Vous plaisantez ?
— Absolument pas ! Allez donc le constater par vous-même, mais méfiez-vous du sas. En passant tout à l’heure, les portes se sont refermées sur moi. J’ai eu de la peine à me dégager.

Le lieutenant se dirigea vers le sas. Le commandant lui emboîta le pas. Une fois dans le couloir longeant une grande partie du vaisseau, Goenik guida Bumley sur une cinquantaine de mètres.
— Voyez un peu. Ils sont ici. Et dix mètres plus loin, c’est la douche.
— C’est vraiment étrange. D’autant plus que votre matricule sur les portes indique que ces lieux vous sont réservés.
— C’est à n’y rien comprendre, oui. Comment peut-on, en 2345, commettre de telles erreurs ? Et attendez, ce n’est pas fini.
Goenik ouvrit la porte de la douche.
— Ce matin, j’ai failli m’électrocuter en appuyant sur l’interrupteur. Il n’est même pas étanche.
— Je croyais que ce type d’éclairage était en très basse tension.
— Eh bien, il faut croire que non. J’ai fait intervenir un électricien pour me changer ça.

Goenik revint dix mètres en arrière pour ouvrir la porte des toilettes. Le lieutenant inspecta la cabine
— Ah, je vois ! s’exclama Bumley. Des toilettes à la turque ! Pas très pratiques, mais plus hygiéniques qu’un trône.
— Oui, sauf que je suis seul à m’y rendre. Par conséquent, je ne risque pas de contamination. Et regardez-y de plus près. Aucun ustensile pour installer le rouleau de papier toilette. Après la douche, pensez bien que j’ai pris garde de ne pas poser directement le doigt sur l’interrupteur. J’ai utilisé un crayon, et figurez-vous que l’interrupteur s’est détaché du mur laissant apparaître les fils à nu. Lorsque j’ai tiré la chasse, l’eau souillée est remontée du siphon. J’en avais partout sur les pieds. Un plombier est venu déboucher ces toilettes et devinez un peu ce qui était coincé dans le siphon...
— Je l’ignore, mon commandant.
— L’un de mes pyjamas en soie du Japon que j’avais égaré il y a plus de six mois. Je me demande bien comment il a pu atterrir ici.
— Il faudra interroger l’installateur de ces toilettes pour le comprendre.
— Rassurez-vous, je mènerai mon enquête. En plus, une fois à l’intérieur, la porte s’ouvre sans prévenir. C’est ce qui m’est arrivé ce matin au moment où des demoiselles passaient dans le couloir. J’avais l’air malin. Franchement, tout dans ce secteur est un véritable travail de sagouin. Alors que je parie que vos toilettes sont avec douchette et lunette chauffante prévues pour votre délicat arrière-train, sans oublier l’éclairage qui doit être variable selon le jour ou la nuit avec en plus une petite musique douce.
— C’est exact, commandant, je bénéficie des mêmes équipements que le reste de l’équipage. Le mystère reste entier. Il faudra en parler avec le concepteur du vaisseau dès notre retour de mission. Mais vous pourriez, en attendant, changer de quartier.
— Pour me couvrir de ridicule ? Je vous ordonne, par ailleurs, de garder ces détails problématiques pour vous. Et par ailleurs, je peux commander toutes les opérations et recevoir les ordres du haut commandement à partir de mes quartiers. Hors de question de m’établir ailleurs, on se poserait des questions et j’y perdrai en crédibilité.
— Évidemment, c’est embêtant.
— Mais au fait, dites-moi. Vous étiez venu pour quoi au juste ?

Johanna Bumley lui donna une enveloppe cachetée.
— Pour ceci, un message codé reçu aujourd’hui. Le radio l’a décodé, il vous est destiné. Puis-je maintenant disposer ?
Les bras croisés, Goenik, la toisa un court instant.
— Oui lieutenant, vous le pouvez.
Elle s’éloigna en pouffant de rire.
— Quelque chose à ajouter, lieutenant ?
— Non, non, juste un simple éternuement.

Goenik décacheta l’enveloppe pour lire le message : « Mon amour, Bob m’a avoué tout savoir depuis le début de notre relation. Il m’a dit avoir trouvé, il y a six mois, un pyjama d’homme en soie du Japon sous le lit. Tu avais dû l’oublier. Bob m’a ordonné de prendre la porte. N’ayant pas de revenus autres que les siens, j’ai dû m’engager sur un vaisseau amiral pour une mission de cinq ans, c’est tout ce que j’ai trouvé. Je pense que d’ici mon retour à la base, tu m’auras oubliée. Au fait, nous n’en avons jamais parlé, mais Bob est le concepteur du vaisseau dans lequel tu voyages. Il m’a dit t’avoir réservé quelques surprises aussi, méfie-toi, c’est un vicieux. Adieu mon amour. »

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