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Écrire la suite ensemble

Hama Keita

ÉCRIRE LA SUITE ENSEMBLE
J'ai essayé de faire le décompte des mots importants pour mon pays. 
Entre « mémoire », « justice » et « école », le mot « demain » revenait sans arrêt, même si personne ne savait trop ce qu'il contenait. 
J'ai voulu écrire la phrase parfaite, celle qui réglerait tous nos soucis en un clin d'œil. 
Mais je me suis arrêté net.

Il faut être lucide : un poème ne remplace pas un repas et aucun discours ne remplace un chantier. 
La poésie sert surtout à ce qu'on n'accepte pas l'inacceptable comme étant normal. 
Elle met des noms sur des oubliés. 
J'ai arrêté de viser la perfection.
 
J'écris juste ce que je peux tenir : apprendre, réussir sans écraser son prochain et agir sans attendre la gloire. 
Je ne sais pas de quoi sera faite la Guinée dans vingt ans. 
Mais elle ne tombera pas du ciel juste par vœux pieux. 
Elle prendra vie dans les écoles, dans les lois et dans les talents qu'on ne gâchera plus.

J'ai refermé mon carnet sur une page blanche. 
Non pas par manque d'inspiration, mais parce que l'histoire n'est pas finie. 
D'autres viendront avec leurs doutes et leurs inventions. 
La suite de la Guinée n'est plus seulement un texte, c'est une page que l'on doit construire sans piquer le stylo des autres.
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