C'est dans un petit village d'une campagne reculée des Cévennes que se déroule mon histoire.
Ce village n'était qu'une triste étendue de terre et de poussière. Mais cela n'avait pas toujours été le cas. En effet, comme le racontaient certains anciens, le village avait été par le passé l'un des plus verdoyants de la région.
Là, vivait une famille dont le dernier descendant se nommait Léo. Léo était un jeune garçon aventurier qui adorait les histoires que son grand-père lui racontait.
« Vois-tu, mon enfant, disait-il en montrant du doigt les champs de terre craquelés autour du village, c'est ici que de mon temps, brebis, moutons et vaches paissaient tranquillement au printemps. Ces champs étaient extraordinairement grands et les fleurs y poussaient en très grande quantité.
Ici, continuait-il en désignant un fossé entre les maisons, coulait une rivière. Une très belle rivière qui nous servait à boire ainsi qu'à abreuver nos bêtes. Elle abritait aussi des poissons que nous pêchions pour nous nourrir. Cette rivière formait, un peu plus loin, un petit bassin. Je me souviens, quand j'étais petit, nous allions nous y baigner l'été avec mes amis. Il y avait aussi une jolie cascade où nous jouions. Nous y passions la plus grande partie de nos journées.
Tout autour, les adultes avaient façonné de petits conduits que l'eau empruntait pour aller irriguer les champs de betteraves, de tomates, de pommes de terre et tous les autres légumes qui y poussaient. Cette terre produisait tout ce dont nous avions besoin pour vivre en autonomie.
Mais une année, au début de l'été, un incendie meurtrier dont nous ignorons la cause a tout ravagé. Les enclos, les champs et même quelques maisons. Nous avons dû utiliser l'eau de la rivière pour le stopper. Les bêtes se sont enfuies, la rivière s'est asséchée. Et aujourd'hui, disait-il en baissant la tête le regard triste, le village que je connaissais luxuriant et fleuri n'est plus que sable et poussière ».
Léo connaissait chaque rue, chaque pierre et chaque odeur de ce sol sec, il en était heureux mais au fond de lui, il rêvait d'autre chose. Il voulait découvrir l'herbe, les fleurs, les fruits !!
Léo s'endormit donc avec ce désir en lui. Le lendemain matin, il avait pris la décision de tenter de réaliser ce rêve. Il quitta le village sans prévenir qui que ce soit.
Il marcha longtemps, laissant derrière lui la terre qu'il avait toujours connue. Peu à peu, le paysage changea. La route devint plus raide, l'air plus frais, et la terre céda sa place à l'herbe, telle que son grand-père la décrivait dans ses récits. Léo n'en avait jamais vu. Devant lui, des dizaines de papillons volaient dans tous les sens, de magnifiques fleurs de toutes les couleurs s'épanouissaient sous le soleil chaud de l'été. Lui s'émerveillait de la beauté de cette immense prairie.
Il y avait même une source d'eau claire dans laquelle Léo plongea la tête pour se rafraîchir. Il cueillit des fleurs et but de l'eau, si transparente par rapport aux verres d'eau trouble qu'il tirait du puits de son village ! Il pêcha un gros poisson qu'il fit griller sur un petit feu pour le manger accompagné de quelques baies sauvages. Il mangea la moitié et mit l'autre dans son sac pour le repas du soir puis reprit son ascension.
Au fur et à mesure de sa progression, l'herbe se faisait plus rare et le paysage devint minéral. Il était désormais devant les falaises d'une montagne. En montant, il découvrit un nouveau monde, un monde qu'il n'avait jamais vu auparavant.
L'eau qu'il buvait encore quelques heures plus tôt - liquide et translucide - était devenue blanche et silencieuse : de la neige. Il n'avait jamais observé une telle chose !
La neige recouvrait tout, étouffant le bruit des insectes, ne laissant entendre qu'un craquement sous les pas de Léo qui avançait désormais avec difficulté, essayant de résister au froid. Plus il montait, plus l'air se faisait rare. Respirer devenait un effort insoutenable. Chaque souffle brûlait sa poitrine. Le vent sifflait autour de lui comme pour le repousser et lui intimer de faire demi-tour.
La nuit tomba rapidement, et avec elle, le froid s'accentua encore. Léo refusa d'abandonner mais épuisé, il décida de s'arrêter.
Il laissa ses affaires derrière un rocher et chercha du bois, les doigts tout engourdis par le froid. Ce n'était pas facile dans cette immensité blanche, mais il trouva quelques branches abritées du vent et de la neige. Léo passa un très long moment à allumer un feu pour se réchauffer.
Enfin ! sa persévérance fut récompensée et le bois s'enflamma ! La flamme tremblait, fragile au début, puis grandit peu à peu. Sa chaleur enveloppa Léo, rougeoyant dans la nuit glacée. Il tendit ses mains vers le feu, sentant la vie revenir dans ses doigts.
Il n'arrivait pas à imaginer que la petite flamme qui le sauvait du froid maintenant, avait pu ravager le village de son grand-père par le passé.
Assis là, sous les sapins, essoufflé par le manque d'air, avec pour seuls compagnons le Silence des montagnes et la Lune réconfortante, il réalisa qu'il avait quitté sa terre natale pour découvrir un autre monde, plus rude, mais plus vaste et plein de merveilles.
Et pour la première fois, il se sentit vraiment vivant.