Je tire sur ma jupe. Je replace la mèche de cheveux qui me tombe sur les yeux. Ma tenue doit être impeccable. Pour Tiphaine. Pour maman.
J'hésite un moment sur le maquillage. Je décide de mettre juste du mascara. Il n'est pas waterproof, mais il me suffira de ne pas pleurer. Facile, non ?
Je souris à mon reflet dans le miroir. J'ai 19 ans, mais j'ai toujours un visage d'enfant.
C'est l'âge que Tiphaine avait quand elle a disparu. Ça me fait bizarre d'être aussi vieille qu'elle au moment où on l'a vue pour la dernière fois.
Pourtant, dans le miroir, je me vois toujours comme la petite sœur. Une version simplifiée et grossière de Tiphaine.
Je me souviens parfaitement du soir de sa disparition.
Maman et papa étaient sortis dîner. Nous étions seules à la maison.
Tiphaine m'a laissée et est partie chez son petit ami. Ce n'était pas la première fois qu'elle sortait en douce quand nos parents n'étaient pas là. Elle me commandait une pizza et je promettais de ne rien dire aux parents.
Tiphaine était la fille et l'élève parfaite. Elle était naturellement jolie. Elle avait de supers résultats scolaires. Elle était aussi capitaine de son équipe de handball.
Tout le monde l'admirait. Mais moi, je savais qu'elle cachait bien son jeu.
Je voulais être comme elle. Quatre ans plus tard, je m'inspire encore de son attitude de l'époque pour que nos parents aient une bonne image de moi.
Après sa disparition, je me suis sentie coupable d'avoir parlé aux enquêteurs. J'ai brisé ma promesse de ne rien dire sur ses sorties nocturnes.
À cause de moi, son petit-ami Grégoire a été emmené au poste de police. Après il a subi les critiques et les rumeurs. Et pour cause : c'est la dernière personne a priori à avoir vu Tiphaine.
***
Depuis, notre village organise une marche pour Tiphaine tous les ans.
Au départ, il y avait beaucoup de monde. Même des personnes des villages alentour. L'affaire avait fait le tour des médias et cela attirait les curieux. Ça me dérangeait beaucoup.
Et puis, au fil des années, les gens sont passés à autre chose. On est de moins en moins nombreux désormais.
***
Aujourd'hui, lorsque j'arrive à la marche, il y a seulement une poignée de personnes. Mamie me prend dans ses bras.
— Tu lui ressembles tellement, me souffle-t-elle.
Je ne pouvais espérer meilleur compliment.
Des fleurs avaient été apportées pour l'occasion. Nous restons un moment en silence.
Le ciel est gris, le temps humide. Personne ne le dit, mais on pense tous la même chose : Tiphaine est morte. Notre rassemblement ressemble de plus en plus à un enterrement.
Maman ne veut pas l'accepter. Mais elle refuse également de penser que Tiphaine ait pu fuguer sans donner de nouvelles. Sa parfaite petite Tiphaine.
Au départ, maman a accusé Grégoire elle aussi. Elle était furieuse quand elle a découvert leur relation.
Elle s'est excusée lorsqu'il a été innocenté. Ça a été rapide : les voisins de Grégoire ont une caméra extérieure. Ce soir-là, on y voit clairement Tiphaine ressortir de chez Grégoire à 23 h. Seule.
Grégoire est un chouette type. Il est là aujourd'hui, d'ailleurs, avec nous.
J'ai toujours pensé que Tiphaine se servait de lui. Il était plus âgé qu'elle et il pouvait l'emmener aux soirées étudiantes.
Maman commence son discours :
— Merci d'être ici aujourd'hui, pour Tiphaine. Tiphaine était une jeune femme pleine de vie, aimée de tous.
Ses mots me font l'effet d'un coup de poing. Ça y est. Pour la première fois, elle parle au passé. Elle sent elle aussi que Tiphaine ne reviendra pas.
Je regarde autour de moi, mais je semble être la seule à l'avoir remarqué.
Papa baisse le menton. Je crois qu'il pleure. Grégoire hoche la tête. Doucement, l'espoir du retour de Tiphaine disparait.
Officiellement, l'enquête n'est pas fermée. Mais le dossier n'avance pas.
Papa et maman ne sauront peut-être jamais ce qui est arrivé à Tiphaine. Ça me fait de la peine. Je pensais qu'ils finiraient par l'oublier.
Tiphaine, grandir dans ton ombre n'a pas toujours été facile. Est-ce que tu as pensé à ce que je ressentais ? As-tu imaginé ce que cela me faisait de te voir aussi aimée ?
Tous les regards étaient sur toi. Personne ne s'est jamais intéressé à moi.
Les yeux rouges et gonflés, Papa et Grégoire ouvrent la marche. Maman est derrière, les joues mouillées. Et moi, je ne me sens pas à ma place.
Discrètement, je me frotte les paupières pour étaler mon mascara.
— J'espère que vous la retrouverez, me murmure Mamie. Je sens qu'elle est toujours là, quelque part.
Je hoche la tête et souris poliment. Je ne veux pas la contredire, mais je sais qu'elle se trompe. Tiphaine ne reviendra pas.
Je m'en suis assurée il y a quatre ans.
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Cette œuvre est une adaptation de la nouvelle Le poids du silence de Cyrielle Pillon.
Cette œuvre est une adaptation de la nouvelle Le poids du silence de Cyrielle Pillon.
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