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Un samedi soir de 1976

Je vis, je meurs, je me brûle et me noie Louise Labé
Mon père est en Irlande pour son travail. C'est plutôt rare. Ma sœur dort chez une copine. À la maison, il n'y a que ma mère et moi.
 
Ma mère approche de la cinquantaine. Elle est belle sans effort. Elle paraît bien plus jeune que son âge.
 
Moi, je sors avec Patrick. Il a une apparence de bad boy mais il est doux avec moi.
Il a 20 ans mais il n'a pas le permis. Du coup, pour sortir, on dépend d'Alain.
Alain a 25 ans et une Renault bleue. À nos yeux, c'est le luxe absolu. C'est même la liberté.
 
Ce soir-là, Patrick et moi, on attend Alain à la maison.
Ma mère est là aussi. Elle nous pose plein de questions.
Elle aime bien Patrick et les garçons en général, tout le contraire de mon père. Lui, il se méfie toujours de mes copains.
 
Alain arrive. Il entre avec assurance et il regarde ma mère. Il la dévisage d'un regard insolent.
Elle soutient son regard. Elle lui sourit et semble sûre d'elle.
 
En quelques minutes, ils s'échangent des compliments. Ils rigolent. Puis, Alain l'invite à sortir avec nous.
Elle dit simplement oui, comme si c'était évident.
 
Je ressens alors quelque chose de nouveau. Je ne suis pas jalouse de ma mère, ni d'Alain. Je suis jalouse à la place de mon père.
Pour moi, ma mère est à mon père. Sa beauté et son rire sont réservés à mon père. Mais ce soir, les règles ont l'air différentes.
 
La voiture d'Alain file dans la nuit.
Il nous emmène dans un restaurant isolé, loin de tout et hors jugement.
À table, je n'écoute plus Patrick. Je n'entends que ma mère. Elle rit d'un rire grave. C'est rare. On dirait que c'est un rire plus intime.
 
Je l'observe.
On dirait qu'il n'y a qu'eux au monde, Alain et ma mère. Moi, je regarde juste. Je veux m'assurer d'une loyauté qui n'est pas la mienne.
Je ressens une gêne profonde, presque une honte. Comme si j'étais au mauvais endroit au mauvais moment.
 
Mais, ce soir-là, il ne s'est rien passé.
J'ai vu ma mère redevenir une femme face au désir d'un homme. Pas seulement une épouse ou une mère.
 
On est rentrés. Elle a retiré ses boucles d'oreilles. Elle a pris sa douche. Tout semblait normal.
Sauf moi.
 
Je me suis couchée en colère contre Alain, ma mère, la Terre entière.
Je ne sais pas où commence la tromperie. Un regard ? Un rire ? Une pensée ?
Je me sens coupable. Coupable de ce que j'ai vu, même si rien n'a eu lieu.
C'était pourtant une soirée ordinaire, mais moi, j'avais changé.
 
 
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Cette œuvre est une adaptation de la nouvelle Le déplacement d'Alice.

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