Un plan foireux

Cette œuvre est
à retrouver dans nos collections

Nouvelles - Littérature Générale Collections thématiques
  • Humour - Tout Public
— Moi, je dis juste que c'est une idée à la con, cheffe. C'est tout.
 
Polder était accroupi derrière un bloc de granit, fixant la route qui serpentait dans la vallée. Il avait chaud, son armure le grattait au cou et il devait pisser. Mais surtout, il trouvait que c'était vraiment une idée à la con.
 
— Un plan foireux peut pas devenir bon même s'il est bien exécuté. Une bouse, ça devient pas un dessert juste parce qu'il y a une cerise dessus. Sans offense, cheffe.
 
La Buse, accroupie à ses côtés, fouillait un sac. À vingt et un ans à peine, elle était la plus jeune lieutenante des Rapaces. Grande, les cheveux noirs coupés court, elle portait un plastron en cuir et un vieux manteau d'une couleur indéfinissable.
 
— Désolée, le commanditaire a été clair. On ne tue pas les deux gusses à l'intérieur du carrosse. Ce sont ses fils. On ne doit récupérer que les documents. Donc on n'y fout pas le feu et on peut pas non plus risquer une poursuite, reprit-elle.
— Mouais... Et pour le reste ? demanda Polder.
— C'était un peu plus flou concernant les gardes.
— Toujours les mêmes qui morflent, grommela Trompe-Cul qui s'assit à leurs côtés.
La Buse haussa les épaules, croqua dans une pomme et, la bouche pleine, ajouta :
— Et puis l'employeur veut que ça se passe ici. Je crois qu'on est sur le territoire d'un marchand concurrent et qu'il veut un petit casus belli pour sa guerre commerciale.
— Toujours nous qui nous retrouvons dans ces complots à la con, soupira Trompe-Cul.
— Allez, sérieux les gars, un de mes plans a déjà foiré ? demanda la Buse en souriant.
— La passe de Kelleburg, répondit Polder sans hésiter. Et la flotte du duc Vifpendu. Et l'assaut sur la maison forte d'Eosya...
 
Un sifflement aigu les interrompit. Sombrage descendit de son arbre :
— Ils arrivent.
 
Comme un seul homme, les Rapaces s'activèrent. Le plan était le plan et La Buse était leur cheffe. Plus de récriminations.

 ***
Et ça, c'était le plan.
 
Huit hommes dans un fossé, deux troncs prêts à se glisser dans les rayons du carrosse. Les roues cassent, le carrosse s'arrête. Simple. Efficace. Rien de foireux.
 
Globalement, tout le monde avait trouvé ça foireux.

 ***

Les Rapaces se taisaient, tendus, concentrés. Même les mouches avaient compris qu'il ne fallait pas déranger.
 
Au loin, on entendait les sabots ferrés des deux chevaux de l'avant-garde et le grondement sourd du lourd véhicule. Le cortège état encore masqué par un coude de la route mais le sol vibrait déjà de sa présence. L'escorte de tête apparut enfin et dépassa Les Rapaces sans se douter de rien.
 
Le carrosse apparut.
 
C'était une forteresse sur roue, tout en bois et en acier. Sur le toit, une plateforme permettait à huit défenseurs de combattre, abrités par des créneaux. À l'arrière, un hourd fendu de meurtrières. Six chevaux tiraient le tout.
 
Soudain, Polder se redressa, jura et, se tournant vers la Buse, dit :
— Bordel cheffe, les roues sont pleines !
— Pleines de quoi ? demanda la Buse, qui n'avait visiblement pas compris.
— Ben de bois, de fer !  Y'a pas de rayons sur ces putains de roues !  

 ***

Et comme attendu, le plan foireux foira.

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation