À peine née, mes compagnes me trouvèrent bien curieuse. Je voltigeais d'une Flamme à l'autre, étudiant minutieusement les sillons qui ridaient le visage de la dame qui, assise devant nous, semblait éprouver une bienfaisante chaleur, comptant les nombreuses boules de poussière qui harcelaient le pauvre drap usé dont la femme âgée se couvrait les jambes.
Néanmoins mes sœurs ne purent m'empêcher de contempler une large fenêtre d'où s'échappait un rayon de lune. Ah ! Qu'il était beau, ce rayon de lune, tel un tapis argenté déroulé tout spécialement pour moi ! Les poussières semblaient d'argent lorsqu'elles y dansaient au rythme d'une douce mélodie qu'entonnait la Brise !
" Méfie-toi du Vent ! me répétaient les Flammes. Il daigne quelques fois nous traiter en amies et nous faire découvrir le monde, mais souvent, il peut tout aussi bien nous éteindre dans son souffle mortel, devenant ainsi notre pire ennemi ! "
La nuit dehors me faisait pourtant signe ! Les étoiles me souriaient si chaleureusement ! Sans même bien m'en rendre compte, j'empruntai le chemin d'argent en dépit du profond chagrin de mes sœurs. Mes premiers instants de liberté me furent épouvantables. Tout était si immense ! Où aller ? Je tombais, sans parvenir à freiner mon irrémédiable chute. Pourquoi le Vent ne m'aidait-il pas? Je regrettais déjà ma fugue, lorsqu'une Brise apitoyée par mon malheur m'accueillit dans sa douce étreinte.
"Oh merci, merci mille fois, m'exclamai-je !
- Mais tout le plaisir est pour moi, me répondit-elle. Que dirais-tu de m'accompagner? Je m'en allais justement visiter l'Eau. Il fait de cela plusieurs mois que je ne l'ai plus vue. Impossible de la rencontrer durant mon périple dans le désert. Ah, quel périple ce fut..."
Il ne me fallut guère de temps pour comprendre que malgré sa profonde et indéniable gentillesse, ma nouvelle amie la Brise était très bavarde. Durant tout le trajet, pour lequel elle n'avait finalement pas obtenu mon consentement, elle m'assomma de récits tout à fait incompréhensibles pour moi, puisque je n'étais naturellement jamais allée au désert, sur des tempêtes de sable et des dromadaires, qu'elles me décrivit avec moults détails. Je préférai contempler la voute céleste et les magnifiques dômes de feuilles que supportaient d'élégants piliers d'un bois sombre, qui, remarquai-je, paraissaient chercher à m'éviter.
Je trouvai l'Eau bien plus calme et sage, bien que, m'avait rapporté la Brise, les colères conjuguées de celle-ci et ma nouvelle connaissance fussent dévastatrices. Me sentant oppressée par l'omniprésence de l'Eau – elle s'étendait autour de moi en lac immense, me semble-t-il - je préférai rejoindre une Goutte qui s'attardait sur une aimable et confortable feuille.
" Bien le bonjour, me salua-t-elle chaleureusement. Comment as-tu pu parvenir jusqu'à moi ? Je ne vois point de feu !
-Une Brise a eu la gentillesse de me porter jusqu'à toi, répondis-je. Quel beau monde !
-Mais alors, s'exclama-t-elle, ta vie est comptée ! Laisse-moi te présenter à une de mes connaissances qui est d'ailleurs la plus reconnaissante d'entre elles ! Terre ! Terre, appela-t-elle.
-Je ne suis pas sourde, marmonna la Terre d'en bas. Que puis-je pour cette nouvelle invitée ?
-Simplement assouvir une soif de connaissance et de découverte, expliquai-je humblement, impressionnée par sa grandeur.
-Me voici donc comme ton parfait interlocuteur ! Bien, commençons. Du plus loin que je me souvienne, j'étais ici il y a longtemps porteuse de pâturages, à cause desquels toutes sortes de créatures me piétinaient. Ces créatures...
-Mais alors, s'exclama-t-elle, ta vie est comptée ! Laisse-moi te présenter à une de mes connaissances qui est d'ailleurs la plus reconnaissante d'entre elles ! Terre ! Terre, appela-t-elle.
-Je ne suis pas sourde, marmonna la Terre d'en bas. Que puis-je pour cette nouvelle invitée ?
-Simplement assouvir une soif de connaissance et de découverte, expliquai-je humblement, impressionnée par sa grandeur.
-Me voici donc comme ton parfait interlocuteur ! Bien, commençons. Du plus loin que je me souvienne, j'étais ici il y a longtemps porteuse de pâturages, à cause desquels toutes sortes de créatures me piétinaient. Ces créatures...
Ma nouvelle camarade était tout aussi féconde en propos que la Brise, mais il perçait dans sa voix une sorte de sage expérience qui forçait le respect et devant lequel je jugeai bon de rester coite, malgré les nombreuses questions qui me brûlaient de l'intérieur et qui, j'en étais sûre, auraient fort incommodé mon aînée.
Après plusieurs minutes qui représentèrent pour moi la moitié d'une vie – j'avais appris à mon grand désespoir que mes amies vivaient bien plus longtemps que moi, je chevauchai à nouveau la Brise - terme que j'avais appris de l'inépuisable source de savoir de la Terre. Je me sentais faiblir un peu plus à chaque instant, et mon amie, qui ne manquait pas totalement de prévenance, réalisa un effort qu'elle me rapporta être immense, afin de canaliser le flots de paroles qui affluait de son incroyable mémoire.
J'avisai alors, seule au milieu d'une clairière, une jeune fille, que je devrais plutôt qualifier de fillette. Elle sanglotait, assise au milieu de fleurs que je ne pus nommer. Le chagrin de la petite fille me toucha, et je demandai à la Brise de me déposer près d'elle. Il faut dire que malgré ma mort imminente, ma curiosité était encore prête à en découdre. Ma monture, qui était maintenant aux petits soins avec moi, satisfit mon souhait, et je pus observer à loisir la frêle créature. Je tentai bien de la consoler, de lui demander ce qui la tourmentait ainsi, mais je dus me faire à l'idée qu'elle ne me comprenait pas, même qu'elle ne m'entendait pas.
Au bout d'un moment elle me remarqua tout de même, et sécha ses larmes ; elle me prit délicatement entre ses mains, et, tandis que je me sentais m'éteindre à jamais, elle me murmura doucement, tout doucement :
" Oh belle étincelle, que tu es brillante ! "