Un jour, dans les bois.

Ma grand-mère habite une grande maison à la campagne, or je n'aime pas la campagne, ni sa maison, ni le trajet pour y aller... Bref je n'aime pas grand-chose, sauf mon téléphone et mes amis.
Aujourd'hui mes parents voulaient lui rendre visite, donc ils m'ont forcé à monter dans la voiture, et nous voilà partis pour quatre heures de trajet. Youpi...
Après avoir fait la tête au monde entier, on arrive enfin, et la tête de ma mamie apparaît à l'entrée de sa maison, un grand sourire sur le visage.
- Raphaël ! Mon petit ange ! Dit-elle en me serrant dans ses bras, si fort que j'en avais mal aux côtes, tu vas bien mon chéri ?
Elle avait l'habitude de me donner toutes sortes de surnoms angéliques. Étrange, car c'est tout le contraire de ce que je suis : j'adore piétiner les fleurs, jeter des cannettes de soda vides par terre, tenir tête aux professeurs... Le genre de pratiquement tous les ados de mon collège. Mais pourtant, malgré mes notes catastrophiques et mes heures de retenue à répétition, elle continue de m'appeler de cette manière.
Après avoir posé ma valise dans la chambre qui m'était généralement destinée lors de nos visites, je suis descendu dans la cuisine.
J'ai sursauté en voyant ma grand-mère me regarder, toujours avec un grand sourire, et dont le regard indiquait qu'elle allait encore me sortir une de ses « merveilleuses » idées.
- Tu sais, mon grand, je pense que sortir prendre l'air te ferait le plus grand bien. Il y a une forêt pas loin, fais une petite cabane ! Comme quand tu étais petit !
Me voilà donc dehors, avec un petit chapeau sur la tête et des baskets de randonnée aux pieds, parce que certes, je suis un petit diablotin, mais pas au point de faire de la peine à ma mamie.
Je m'élance donc dans la foret, à contre cœur.
Très vite, je suis perdu.
Après avoir passé mes nerfs sur des plantes qui n'avaient rien demandé, j'ai décidé de continuer à marcher. Après quelques minutes de marche, j'ai commencé à entendre un chant. Je me précipitai donc à l'endroit d'où provenait la voix. 
J'arrivai dans une clairière, et ce que je vis au milieu me laissa bouche bée.
Une fille était allongée par terre, de jolies fleurs autour d'elle. Elle m'avait sans doute entendu car elle se leva et se retourna.
Elle était magnifique, d'une beauté à en perdre la vue. Cependant, sa peau était pâle et elle était très maigre, ce qui lui donnait l'air malade. De longs cheveux bruns descendaient le longs de son dos, et ses yeux verts me donnèrent le tournis. Son regard était pourtant si mélancolique !
- Tu t'es perdu ? Dit elle d'une voix mélodieuse.
Ça alors, la vie me réserve des surprises : je ne pensais pas tomber amoureux un jour !
- O-oui c'est ça.
Tellement pathétique ! N'avais-je que ça à dire ?
- Viens avec moi, je connais le chemin.
- Merci alors. Bafouillais-je
Quelques minutes plus tard, nous marchions côte à côte, sans dire un mot, puis je pris le temps de réfléchir avant de lui poser la question qui me taraudait :
- Qui es-tu ?
Elle s'arrêta puis me regarda.
- Je suis la Terre.
Alors là, j'avoue que je ne m'attendais pas à ça.
- La terre ? Dis-je aussi perplexe qu'émerveillé.
- Oui ! Ça doit te sembler bizarre pour toi, simple humain, mais je suis la Terre. Les arbres, les plantes, les fleurs... dit-elle en marchant et en regardant autour d'elle l'air triste.
- Tu es donc une déesse ?
- Tu peux le voir comme ça si cela te fait plaisir.
- Et... ce n'est pas une sorte de secret ?
- Pas vraiment, au point ou j'en suis, je m'en fiche. De toutes façons, je doute que quelqu'un te croie.
- C'est vrai. Je peux te poser une autre question ?
Mais elle s'arrêta de nouveau et fixa les herbes abîmées que j'avais piétinées quelques minutes plus tôt.
- Qui peut bien être assez idiot pour faire ces sottises !
À cet instant, je me suis senti terriblement bête.
- Euh... C'est moi.
- Je suppose que tu ne recommenceras pas.
J'acquiesçai d'un signe de tête, puis elle se remit en route.
- Pose moi ta question
- Hein ?
- Ta question.
- Ah oui ! Je me demandais... tu as l'air malade, c'est le cas ?
- Oui. Les hommes abîment la terre, tout comme l'air et l'eau, qui sont mes sœurs. Elles aussi sont malades. Nous sommes destinées à mourir au bout d'un certain temps, et quand nous mourrons, nous laissons derrière nous notre esprit, qui prendra forme humaine et continuera notre devoir. Ainsi, la vie peut se perpétuer. 
- C'est affreux ! Et le feu ? C'est aussi une de tes sœur ?
- Non. Feu est mon père. Sa colère augmente petit à petit. D'où la hausse des températures chez les humains.
- Qu'est-ce que l'on peut faire pour empêcher ça ?
- Rien. Le destin l'a décidé. Il nous suffit de vivre. Bien sûr, vous pouvez nous rendre service en nous préservant, mais quelques centaines de personnes face à sept-milliards d'autres, ça ne fera pas de différence.
Je restai sans voix pendant le reste du trajet. Puis une idée aussi farfelue que celles de ma mamie me vint à l'esprit.
- Puisque l'on doit profiter de la vie, tu veux faire une cabane avec moi ? Juste pour s'amuser.
Elle me regarda, surprise, puis me fit un grand sourire. Faut croire que les papillons dans le ventre, ça existe.
- Volontiers.
Pendant plus de trois heures, on a rit, couru, joué. Puis quand l'heure de partir fut venue, elle prit mes mains dans les siennes.
- Tu es un garçon formidable, Raphaël. Je crois en toi.
- Est ce qu'on va se revoir ? Dis-je d'une petite voix tremblotante.
- Non. On ne peut me voir qu'une fois. Mais je ne t'oublierai pas.
- Tu vas me manquer.
Je la pris dans mes bras, et elle fit de même.
- Jamais des adieux, rien que des au revoirs, c'est ce que disait ma mère.
- Si elle le dit, c'est que c'est sans doute vrai. Au revoir Raphaël, c'était une chance de te rencontrer.
Après ces déclarations douloureuses, je me suis assis dans la cuisine de ma grand-mère.
- Comment ça s'est passé mon chou ?
- Mamie, j'ai fait une rencontre extraordinaire.
Elle me sourit, avant de me faire un bisou sur la tempe.
Depuis ce jour là, je ne suis plus le même. Je ne ronchonne même plus quand on doit aller chez mamie.
 

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