Un papillon sur l'épaule

il y a
1 min
3 260
lectures
298
Lauréat
Jury
Recommandé

J'écris pour inventer des libertés, pour m'approprier les pleins pouvoirs, pour (m'auto)critiquer, pour (me)sauver, pour (me)venger...mais aussi pour déterrer et dompter les monstres (intérieurs)  [+]

Image de Eté 2016

Disponible en :

Mon père avait coutume de dire que les papillons ne se posaient que sur les plus jolies fleurs. Et sur les personnes qui possédaient une belle âme.
Lorsque j’étais enfant, les papillons se posaient souvent sur moi. Et cela me rendait fière aux yeux de mon père.
Dans ce petit bout de jardin qu’il louait, il entretenait avec soin plantes et fleurs sauvages. Instinctivement. Ce coin de verdure sauvage et atypique lui ressemblait. Le samedi ou le dimanche, nous nous entassions donc tous dans la Simca pour nous y rendre, car il était situé en dehors de la ville. Là-bas, à même le sol, sur des nappes de fortune, ma mère dressait pique-nique et goûter. Puis, au son des cigales, nous nous y endormions après manger.
Mon père travaillait la terre avec et pour le plaisir. Sans but. Histoire de la retourner et de l’aérer, nous expliquait-il, à ma sœur et moi. Puis il l’oubliait parfois une saison entière. Pour qu’elle se reposât, se justifiait-il.
Au printemps, c’était dans cette ambiance intimiste que les papillons m’élisaient en se déposant sur mes épaules. Ils repliaient leurs ailes et se tenaient aussi immobiles que moi. Doucement, de peur de briser cet enchantement, je tournais la tête et les observais. À loisir, je détaillais le savant graphisme de leurs ailes. Avec l’envie de les caresser. Mais je me retenais : je savais la fragilité du papillon. Alors je leur confiais mes secrets par télépathie. Et souvent, ils ne prenaient leur envol que lorsque j’avais fini de m’épancher.

Aujourd’hui, dans mon jardin, lorsque les beaux jours paraissent et que les papillons volettent autour de mes enfants, je pense à mon père. Et si, par hasard, l’un d’eux se pose sur une de leurs épaules, je leur raconte notre légende familiale. Puis, par télépathie, je demande au papillon de rapporter à mon père que j’ai retrouvé auprès de ses petits-fils ma belle âme d’enfant qu’il aimait tant.
Avant.



À mon père, ce papillon trop éphémère.

Recommandé
298

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

En roue libre

Sylvie Loy

L'école jouxtait la vallée. Lorsque la cloche sonnait l'heure de la liberté, nous nous rassemblions et entamions notre marche tous ensemble, à la queue leu leu comme si nous étions encordés... [+]

Très très courts

Voilà, il est mouru

Robert Pastor

Voilà, il est mouru.
Écrasé par un camion, quel champion ! Un livreur trop pressé, le pied au plancher. L'autre traversait la rue, en courant, il poursuivait un ballon comme un couillon. Le... [+]