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Antoine Finck

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FINALISTE
Sélection Jury

— D’abord c’est qui cet Antoine ? demanda la vieille dame en accrochant un lapin par les pattes arrière à un clou du poteau en bois soutenant le préau. Tu m’en parles tous les jours, mais je ne le connais.
— Bah c’est un copain, répondit Pauline. On se voit souvent.
— De la maison là-bas ? Les citadins qui ne viennent que pour les vacances ? poursuivit la grand-mère.
Elle se tenait face à sa petite-fille, un gourdin dans la main.
— Oui, il est drôlement gentil.
— Hum… fit la vieille dame dubitative. Il a quel âge ?
— 10 ans et demi, répondit fièrement Pauline.
— Et qu’est-ce que vous faites ensemble ?
— On s’amuse quoi. On vise les vaches avec un lance-pierre et des petites pommes, répondit-elle en pouffant.
La vieille dame haussa les épaules :
— Pas malin ça. Ça les stresse. Ce n’est pas bon pour le lait.
— Bah oui, mais les oiseaux on n’y arrive pas !
Le lapin s’agitait dans tous les sens la tête en bas, les yeux fous, exorbités. Il savait ce qui allait lui arriver. Le clapier n’était pas loin. La scène se répétait chaque fois qu’il y avait une commande. La grille qui s’ouvre, un lapin attrapé par les oreilles : « Viens par ici toi ». Le bois du poteau était sombre. Le sang. L’odeur.
J’étais caché à côté du portail de la maison ; je n’osais pas entrer à la vue du spectacle et de la discussion centrée sur moi. Je ne ratais rien de la scène, la tête penchée, un petit papier plié en quatre tenu précieusement dans la main.
— C’est tout ce que vous trouvez à faire ?
— Bah on se raconte des histoires. On se balade. On fait du vélo. On joue au cerf-volant, quand il y a du vent.
— Il ne te demande rien d’autre ? Tu sais je suis responsable de toi pendant les vacances. Tes parents me font confiance.
— Non mamie, répondit Pauline. Il me raconte des histoires drôles aussi.
— Faudrait pas qu’il t’embrasse celui-là. Hein ? Tu m’entends ? Parce qu’il passerait un sale quart d’heure. Crois-moi. Tu n’as que 8 ans.
Sur ce elle leva son gourdin et en assena un violent coup sur le crâne du lapin. Il eut un soubresaut puis resta inerte. Elle avait la main la vieille, et moi la frousse. Je me voyais à la place du pauvre animal, pendu par les pieds, subissant le même sort.
Je commençais à trembler, une boule au ventre.
La grand-mère posa le gourdin sur la petite table de camping attenante et saisit un couteau. Elle approcha la lame luisante, fine et acérée des yeux de l’animal.
— Il ne t’a pas embrassé ?
— Non mamie !
Ouf ! Elle savait mentir.
— Hum…
Elle énucléa alors prestement le lapin. Du sang coula. Mon estomac se retourna. Le cidre bouché bu en cachette à la fin du déjeuner n’arrangeait pas mes affaires.
— J’ai peur qu’il profite de toi.
— On ne fait rien de mal mamie ! supplia Pauline. Je peux le rejoindre ? En plus il repart tout à l’heure. C’est la rentrée demain.
La grand-mère effectua une fine entaille dans la peau à la base des pattes, un geste méticuleux mille fois exécuté, puis reposa le couteau sur la petite table. Elle tira alors lentement sur la peau et dépeça complètement le lapin encore chaud.
Un orage éclata dans mon ventre ; coups de tonnerre et éclairs le traversèrent. Je courus jusque chez moi et me réfugiai dans les toilettes.
Jamais je ne connus la réponse de la grand-mère. Nous prîmes la route dans la Citroën DS chargée à bloc. Le soir je me couchai sans dîner. Mes parents mirent cela sur le compte de la rentrée scolaire. J’avais glissé le petit papier sous l’oreiller. J’allumai la lampe de chevet un peu plus tard, impossible de trouver le sommeil, et l’attrapai. De mon écriture maladroite et tremblante il y était écrit « Pauline je t’aime ».

PRIX

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Finaliste

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CLASSEMENT Très très courts

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Artvic · il y a
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M. Iraje · il y a
De la fraîcheur malgré tout dans ces vacances chez la grand-mère. Une atmosphère subtilement retranscrite.
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Elisabeth Marchand · il y a
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Stella Rivière · il y a
Je trouve que l'innocence de l'enfance et la crudité de la vie de campagne (que j'ai perso connu) sont très bien condensés dans ce court texte, très cinématographique ! Bravo !
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Haïtam · il y a
J'ai beaucoup apprécié cette histoire d'amour enfantin.°°°°°
Si vous avez un instant, mon poème La terre ocre de l'adrar, est aussi en finale 😊
Bon dimanche à vous et bonne chance !

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Bonne finale Antoine.
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Jeanne en B. · il y a
Amours enfantines, c'est joli. Qu'y avait-il au repas ce soir-là ? Du lapin ? Bravo pour la selection jury.
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Ginette Vijaya · il y a
Belle histoire pour une belle finale .
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Silvie DAULY · il y a
Mon soutien pour cette histoire au goût d'enfance et de vacances à la campagne. Si vous voulez visiter mon "mas cévenol en été", je vous y invite. Je suis finaliste aussi.
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Jean Calbrix · il y a
Une scène de la campagne comme si on y était ! Bravo, Antoine. Vous avez mes cinq voix.
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à lire mon poème Roberto lui aussi en finale : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/roberto
Bonne journée à vous.

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