À moins d’un kilomètre de la ligne d’arrivée

il y a
3 min
3 870
lectures
1843
Lauréat
Public
⎯ Relève-toi Éléna ! Tu peux y arriver ! S'écrie une voix du public. La jeune fille, gémissant de douleurs, s'est recroquevillée sur le sol. Elle a vraiment mal et son visage en pleurs en témoigne.

⎯ Relève-toi Éléna ! Relève-toi soeurette ! Ordonne la voix une nouvelle fois. C'est bien celle de son frère Éli et elle la reconnaît aussitôt.

« Je n'ai pas fait tout ce parcours pour rien, déclare Éléna avec conviction. Je dois me relever, poursuit-elle ; j'ai promis de porter haut les couleurs de ma contrée dans cette compétition internationale donc je dois le faire. » Rassemblant toute son énergie vitale, elle réussit à se mettre à quatre pattes, mais se retrouve à nouveau blottie contre le sol. Cependant, elle n'abandonne pas. Elle recommence le processus et cette fois-ci elle réussit à se mettre debout sous les applaudissements de l'assistance toujours sous le choc. Elle fait un pas, puis deux, puis trois pour vérifier son équilibre, puis reprend le jeu sous l'admiration de tous. La course est rude. Il reste beaucoup de kilomètres à parcourir. Malgré la raideur de ses membres inférieurs, Éléna veut continuer. Elle doit multiplier ses exploits pour finir en tête de la liste. Pour cela, elle ne se focalise pas sur sa douleur, mais sur son objectif. Elle dépasse une coureuse, puis une autre, puis une troisième... et la voilà en deuxième position juste à quelques pas du but.

Cheveux au vent, corps en sueur, buste droit et tête haute avec le bicolore ceignant sa taille, elle s'imagine déjà traverser ce ruban, tenir cette coupe entre les mains et faire flotter tout en haut dans le ciel la bannière bleue et rouge, la fierté de sa contrée. Elle a beaucoup enduré pour arriver là. D'abord, elle a dû persuader sa mère d'arrêter de croire que le sport n'est pas fait pour les femmes. Ensuite, elle s'est entrainée durement pendant des années tous les fins de semaine au gymnasium Vincent afin de se préparer aux éventuelles épreuves sportives. Qui sait combien de tortures qu'elle a infligées à son beau corps féminin ? Pour booster ses notes aux examens classiques et continuer sans problèmes les séances d'entraînement, elle a dû veiller tard la nuit pendant des mois pour étudier. Après le baccalauréat, au lieu de s'inscrire à un préfac pour préparer son entrée à l'université, elle a préféré fréquenter des centres sportifs pour s'améliorer encore plus. Le sport, c'est sa passion depuis toute petite ; c'est pourquoi elle y consacre sa vie. Son frère Éli l'a toujours soutenue. D'ailleurs, c'est son complice et c'est grâce à lui que le désir de participer à ce championnat a pu se matérialiser.

À moins d'un kilomètre de la ligne d'arrivée, Éléna heurte un obstacle au vol et tombe face à terre. Son corps endolori et affaibli devient lourd. Incapable de se relever, mais déterminée à poursuivre la course, elle se met à ramper sur le sol comme un boa du désert. Sa rivale, en première tête de classement, se désole en la voyant dans cet état, alors elle s'arrête, puis fait un bond en arrière pour lui venir en aide. Cependant, Éléna refuse. C'est, selon elle, hors du fair-play et un grand signe de faiblesse.

⎯ Allez-vous-en ! dit-elle à la blonde aux yeux bleus, mais celle-ci ne lui obéit pas.
⎯ Ne voulez-vous pas gagner ? Lui demande alors Éléna voyant son insistance.
⎯ Oui, je veux gagner tout comme vous, mais cela ne m'empêche pas de vous aider. Vous avez besoin d'aide. Admettez-le.

La blonde a raison et Éléna le sait fort bien. L'expression de son visage trahit, dès le premier instant, la voix de son égo. Soudain, elle songe à la satisfaction que procure la victoire, à son grand frère Éli, à ses parents et à son pays. D'un revers de la main, elle essuie ses larmes et déclare avec vigueur à la jeune fille accroupie encore devant elle : « Oui, j'ai besoin d'un coup de main pour me relever. » La blonde lui tend alors la main et Éléna s'y accroche vivement. Dans un effort douloureux, elle reprend peu à peu le contrôle de ses membres. Cependant, une fois debout, ses jambes tremblantes l'empêchent de se tenir en équilibre. La blonde continue alors de la soutenir. Pour le moment, les autres compétitrices ne les ont pas encore rejointes. Ce qui leur est très bénéfique.

Bras d'Éléna autour du cou de la blonde et bras de la blonde autour de la taille d'Éléna, les deux jeunes filles courent à l'unisson sous le regard ébahi des spectateurs. Au moment de dépasser la ligne d'arrivée, Éléna s'écroule sur le sol et entraine la blonde avec elle. Cette chute laisse l'assemblée sans voix, même les chroniqueurs ne disent plus rien. On a l'impression que le temps s'est figé.

Tenant sa tête entre les deux mains en signe de migraine, la blonde se lève enfin. Elle regarde autour d'elle et constate qu'elle a bel et bien dépassé la ligne d'arrivée. Cependant, la coureuse qu'elle vient d'assister est encore au sol. Elle se précipite alors sur celle-ci et se met à la secouer en disant :
⎯ Hey ! Réveillez-vous. Nous avons gagné.
Malgré son intervention, Éléna ne réagit pas.
⎯ Vite ! Appelez les secours, hurle alors la blonde.
C'est à ce moment que deux jeunes médecins s'amènent sur la piste de jeu avec un brancard.

La compétition est arrivée à sa fin. Un silence percutant règne dans l'assistance, malgré la présence de quelques stars musiciens. Soudain, pendant la remise des prix, un jeune homme vient interrompre la cérémonie. Il monte sur le podium et annonce avec enthousiasme dans le microphone qu'Éléna, la coureuse numéro 27, s'est réveillée. Cette bonne nouvelle réjouit plus d'un. D'un autre côté, la blonde est déclarée championne et le trophée lui est donnée. Cependant, elle remet, au grand étonnement de tous, la coupe à Éléna.

⎯ « Votre bravoure et votre détermination font que vous le méritez mieux que moi », déclare t-elle publiquement à cette dernière.
1843

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Un nouveau vote pour le plaisir du partage, et parce que courir c'était mon ... "dada" !