Notre existence tourne autour de quatre éléments distincts mais fonctionnant ensemble, l'eau, le feu, la terre et l'air. Indispensables bien qu'oubliés ou invisibles, ils forment le monde dans lequel nous vivons.
La terre constitue l'entièreté de ce qui nous entoure. Notre planète en personne porte son nom. De la roche aux épicéas, elle est à l'origine de la vie. Chacun de nous est créé par la même entièreté microscopique qui la compose. Les Tre Cime di Lavaredo ou la forêt amazonienne, toute la beauté du monde nous vient d'elle, notre Terre Mère. Elle a découvert l'agilité du martin-pêcheur et l'éclat du diamant brut, la vitesse du faucon et la finesse du sable blanc, la joie de l'hirondelle et le chaos des amas de charbon. Sans elle, nous ne serions rien, mais au lieu de la remercier, nous la dévastons, par nos actes et notre façon de penser. Nous croyons que tout est éternel, que quoi qu'il arrive, nous survivrons. Nous regardons le futur mais oublions le passé, nos origines. Il faut faire notre maximum pour amortir la chute. Comme les airbags dans les voitures ou les réserves de nourriture des écureuils. Anticiper l'inévitable.
Le feu, allégorie de la lutte et de la persévérance a néanmoins perdu de sa valeur d'antan. Autrefois vénéré, il est aujourd'hui tombé dans l'oubli. On craint de ne pas savoir le contrôler après tous ces millénaires. Autant à l'état physique que le feu intérieur qui hurle en chacun de nous. Un feu de haine et de revanche, un feu de désir et d'amour, un feu d'injustice et de rage qui cherche à tout dévorer sur son passage. Aussi dévastateur que réparateur, il gouverne le cœur de nos vies. Il représente ce que l'on ne veut pas comprendre, ce que l'on refuse d'admettre. Il nous confronte à nos démons pour nous permettre de ressortir victorieux de la bataille. Il rassemble la puissance et la délicatesse, il flamboie de mille feux mais sa flamme ne tient qu'à un fil. Et ce n'est pas lorsqu'il détruit mais plutôt lorsqu'il s'éteint qu'il fait le plus de mal. Et puis, il ne peut pousser que de la beauté dans les cendres.
L'eau est souvent le premier élément auquel on pense, bien sûr, il est vital. Il peut prendre différentes formes, mais au fond, il reste le même – un peu comme nous. Nos masques varient mais la raison profonde reste la même. L'eau peut être solide. Alors, elle est glacée, froide, elle s'enferme dans un bloc que l'on ne peut pas atteindre. Quand elle relâche ses défenses, elle devient liquide. Ainsi, elle glisse, fluide, douce et délicate. Du torrent déchaîné au lac paisible, elle incarne la recherche effrénée de la sagesse. Et puis c'est la surchauffe. Elle devient gazeuse, elle s'envole, tout s'effondre. Elle nous offre un moment suspendu avant la crise et le retour à la réalité, sous la forme de la pluie. La pluie de l'entre-monde, trop lourde pour le ciel mais disparaissant rapidement du sol terrestre, ne semblant trouver sa place nulle part. Mais la réelle beauté de l'eau réside dans sa forme la plus pure : la neige. Éternel étau blanc des montagnes, plus cher cadeau des enfants, elle est faite de milliards de petits cristaux scintillants. Ils illuminent nos journées plus que le soleil, ils dégagent une énergie que l'on ne retrouve nulle part ailleurs, ils sont la joie de vivre en personne. La neige représente en quelque sorte l'idéal à atteindre.
Hop ! Ou plutôt « Pfffff », v'là le dernier élément, l'air ! Le seul que l'on ne puisse pas voir directement. Mais il s'allie avec les trois autres pour se faire remarquer. Les tourbillons de feuilles mortes, la flamme qui vacille, les vagues à la surface de l'océan, on reconnaît sa marque. Son passage discret qui peut se transformer en ouragan à tout moment est un souffle qui nous rappelle les cerfs-volants de l'enfance et les tempêtes au bord de la mer. C'est cet air même qui permet le vol des oiseaux les plus majestueux. Plus léger que la plume de ces derniers, il supporte les tonnes des boîtes de métal volantes. Il est beau de voir les nuages se déplacer selon ses seules envies. Le ciel et les océans sont soumis à ses caprices, à cette force invisible qui a le pouvoir de tout envoyer balader sans un regard en arrière. Paisible et rageur, c'est le souffle de la liberté. Et lorsque le vent tourne, les rêves apparaissent.
Dévastateurs, essentiels, beaux, c'est ainsi qu'ils sont qualifiés. Supérieurs et incontrôlables, ils se jouent de nous en signe de vengeance. Bruts, rageurs, délicats, porteurs d'espoir, ils naviguent sur nos vies comme des voyageurs errants. Ils régissent ce monde et nous font espérer le meilleur...