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« Coucou ma chérie,
Je te laisse ce mot scotché sur la table de la cuisine. Tu ne pourras pas dire qu'un courant d'air l'a fait s'envoler sous le frigo.
Je sais que tu viens d'avoir quinze ans mais tout de même, pas la peine de te sentir pousser des ailes. J'aimerais mieux ne pas avoir à écourter mes vacances au ski.
Te voilà seule à la maison pour une semaine.
Il est bien sûr impensable que tu loupes un jour de collège, donc veille à mettre trois réveils tous les matins. Si on pouvait éviter de se retrouver, une nouvelle fois, confrontées aux services sociaux, ça m'arrangerait.
Ce n'est pas le moment d'encore paumer la clé de la maison. Surtout, tu la gardes autour du cou, même pour prendre ta douche.
Si t'as un truc urgent à faire signer, imite ma signature. Vu tes talents de faussaire, ça passera crème.
En ce qui concerne les bouteilles d'alcool... j'ai pris une photo des niveaux avant de partir.
Si tu es malade, tu connais le numéro du médecin. Si tu dois aller à l'hôpital, préviens papy Fangio. Il habite à trois cents bornes, donc en deux heures trente, il peut être là.
N'oublie pas d'éteindre le gaz quand tu te sers du four. Le minuteur te servira de rappel. Quand ça sonne, tu tournes le bouton du four vers la droite. La droite, c'est du côté de la main que tu n'utilises pas pour écrire, ni pour rien faire d'ailleurs...
Pour le micro-ondes, comme tu en as déjà flingué deux, dont un qui a cramé la moitié de la cuisine, je te le redis, pas de plat en métal, ni de papier d'aluminium dedans.
Je t'aime,
Bisous ma Zozo. »
***
Voilà à quoi je pense en rentrant des Alpes. La lettre que j'avais laissée à la petite avant de partir.
J'ouvre la porte, l'habitation est plongée dans le noir, il y règne un silence de mort.
J'allume, tout me semble à sa place.
Soudain, un hurlement.
— Surprise !
Zoé me saute dessus pour m'enlacer. Pendue à mon cou, elle me chuchote à l'oreille.
— Gueule pas s'te plait...
Mon cœur s'emballe. Je fais un pas en arrière et lui demande, angoissée :
— C'est quoi la connerie cette fois Zoé ?
Elle soulève la manche de son pull informe. À l'intérieur de son bras, je découvre un tatouage. Même si c'est un bel attrape-rêve, je fulmine.
— M'enfin Zoé, comment c'est possible ? T'es mineure !
Elle sourit :
— Papy Fangio.
J'aurais dû m'en douter. Grand-père ne perd rien pour attendre.
Avant que je ne puisse réagir, Zoé pose son index au milieu du dessin.
Je vois, finement calligraphié, le mot maman accolé à ma date de naissance. Les larmes me montent aux yeux.
Zoé m'assène le coup de grâce.
— J'avais quatre ans quand nos parents sont morts. T'en avais seize et tu n'as pas hésité à sacrifier ta vie pour moi. Je voulais te faire honneur. Tu es ma sœur de sang mais avant tout, dans mon cœur, tu es ma maman.
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