Ce matin, j'ai mon premier rendez-vous amoureux. On a prévu d'aller au cinéma.
Ce n'est pas tous les jours qu'un lycéen comme moi a la chance de sortir avec une fille comme elle. Lisa est superbe et drôle. Je ne dois pas tout gâcher.
J'attends Lisa au bout de sa rue pour éviter de croiser ses parents.
Quand elle arrive enfin, je suis ébloui. Elle est tellement belle ! On se met en marche. Mais, à peine dix mètres plus loin, elle m'annonce vouloir aller rendre visite à sa tante Salomé, seule depuis la mort de son mari.
Je la suis en espérant qu'on n'y reste pas trop longtemps. Après tout, je peux bien faire cet effort. Je suis tellement chanceux que Lisa s'intéresse à moi. J'espère au moins qu'on atteindra les deux semaines de relation avant qu'elle ne veuille plus de moi.
***
Dans l'ascenseur pour monter chez sa tante, je commence à sentir l'inquiétude monter en moi. Lisa se serre contre moi et j'oublie mon malaise.
Nous arrivons au dernier étage. Un long couloir violet mène à une seule énorme porte.
Derrière l'immense entrée, j'entends des bruits de pas lents et lourds. On dirait qu'il y a une énorme créature derrière cette porte.
Le bruit inquiétant laisse place à une petite mamie. Elle a un grand sourire et les joues roses.
— Ma Lisa ! la salue sa tante. Je suis contente de te voir ! Entrez donc, je viens de préparer du thé.
Je n'ai pas le temps de réagir que la tante me prend mon manteau. Elle est très rapide pour son âge.
Je m'installe sur un vieux canapé. J'ai l'impression que la tante me dévisage.
Souhaitant fuir les discussions, je regarde autour de moi. Les étagères sont surchargées d'objets de toutes sortes.
En prenant quelques gorgées de thé, mon regard s'arrête sur une photo en noir et blanc. C'est une photo de Salomé quand elle était jeune. Elle est accompagnée d'une autre femme qui porte un grand chapeau, cachant son visage.
— Il est vraiment très jeune, dis-moi !
Cette phrase me ramène à la réalité. Salomé et Lisa me regardent. Je me crispe. J'ai l'impression que Salomé inspecte mon visage en détail.
Je me sens sous pression. Mes oreilles se mettent à bourdonner.
Lisa pose sa main sur mon genou. Elle veut probablement me rassurer, mais je me sens encore plus inconfortable. J'ai besoin de me rafraîchir.
— Les toilettes, s'il vous plaît ? je demande.
***
Je ressors des toilettes, je me sens engourdi. J'ai un goût pâteux dans la bouche qui me gêne. C'est la première fois que le thé me fait cet effet-là.
Je remarque alors que je ne sais plus quel chemin j'ai pris pour aller aux toilettes. Les portes se ressemblent toutes. Je suis persuadé que certaines ont même changé de place. Suis-je en train de perdre la tête ?
Je tente une pièce au hasard. J'entre dans une chambre aux couleurs pastel. J'allais sortir mais je remarque une photo, la même que tout à l'heure. Je l'examine de plus près et ma gorge se serre.
La femme à côté de Salomé sur la photo n'est autre que Lisa.
Je retourne la photo et regarde ce qu'il y a écrit derrière : « Lisa et moi sur le Mauretania, 4 mai 1926. » C'est impossible ! Lisa n'aurait pas changé depuis les années 1920 !
— Tu n'aurais pas dû entrer ici, disent à l'unisson Salomé et Lisa.
Elles apparaissent à l'entrée de la chambre. Je recule. Elles essaient d'avoir l'air rassurantes, mais je vois de la malveillance sur leurs visages.
Je bafouille :
— Qu'est-ce que... Comment peux-tu ? Cette photo ?
Ma tête tourne de plus en plus.
Lisa approche, mais sa tante l'arrête d'une main sur l'épaule.
— Ne t'en fais pas, lui dit-elle. Avec la dose d'élixir qu'il a bue, il devrait bientôt s'endormir. Ce n'est qu'une question de secondes... Je continue de me dire que tu l'as choisi bien jeune.
— Toi qui ne supportais plus d'avoir l'air si vieille, tu pourras goûter de nouveau à une jeunesse toute fraîche.
— Qu'est-ce que... Vous... Êtes ? j'arrive à demander en luttant pour ne pas m'endormir.
Elles me sourient et Lisa répond :
— Juste de jeunes et jolies sorcières qui souhaitent le rester éternellement. Maintenant, cesse de lutter et file t'allonger comme un bon petit garçon. Nous allons commencer le rituel.
Je tente de m'enfuir, mais Lisa m'en empêche d'un simple toucher.
Les vertiges se font encore plus intenses. Je ne peux plus tenir debout.
Elles m'allongent sur le lit. J'entends une dernière phrase avant de m'endormir :
— N'empêche qu'il est vraiment très jeune.
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Cette œuvre est une adaptation de la nouvelle Premier rencard de Thomas Giulliani.
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