Réalité

Nous ne pouvions plus avancer : une gigantesque falaise se dressait devant nous. Mon peuple et moi nous tournâmes vers nos assaillants : ils se rapprochaient, projetant des flammes sur les hommes protégeant les enfants. Leurs hurlements firent envoler quelques corbeaux postés dans les hauteurs des arbres. Ils furent brûlés, leurs peaux fondant sous le ciel étoilé, sous les regards horrifiés des enfants. Les habits en poils de bêtes qu'ils portaient s'enflammaient, telles des feuilles sur un feu de bois. Les enfants accoururent vers les survivants, criants et pleurants l'affreux spectacle qui venait de se dérouler sous leurs yeux. Certains jetaient des regards apeurés vers les assassins, qui n'étaient autres que du feu, de l'eau, de la terre ou de l'air en silhouettes humaines. Ceux faits d'air étaient constitués de quelques feuilles volantes, donc difficiles à voir. Soudain, nous vîmes que les hommes de terres (ainsi que nous les appelions) commençaient à nous jeter des blocs de pierres gros comme cinq personnes. Nous devions fuir. J'ai crié aux autres de me suivre sur notre gauche, ce qu'ils firent sans plus attendre. Ce jour-là, c'était la pleine lune. Grâce à elle, nous pouvions voir où poser nos pieds à travers la forêt des Murmures. En entamant notre fuite, il y a quelques heures de cela, j'avais pu apercevoir un panneau de bois indiquant ce nom. Puis des gouttes d'eau commencèrent à tomber sur nous et la végétation alentours, ce qui n'était en rien normal en vue du ciel dégagé qui se trouvait au-dessus de nous. Mais je découvris bien vite ce qui se passait réellement : un tsunami fonçait droit sur nous, ravageant la nature environnante. Tout le monde s'arrêta de courir, tétanisé de voir leur mort approcher. Des cris d'effroi surgirent derrière moi. En me retournant, je pus constater qu'ils avaient tous décider de rebrousser chemin, quitte à se retrouver face aux assassins de nos congénères. Ils se ravisèrent bien vite en voyant qu'un autre tsunami arrivait en face d'eux. La panique s'installa. Que devions-nous faire ? Nous ne pûmes en débattre car au même moment les pierres recommencèrent à retomber sur nous. Mais cette fois-ci, l'une d'elle me toucha à la tête et je perdis connaissance sous les cris des autres victimes.
Lorsque j'ouvris les yeux, ma tête me tournait affreusement. Alors que mes oreilles sifflaient, un tumulte de bruit métalliques, cris et grincements me parvinrent. Une terrible odeur d'urine et de bile flottait dans l'air. Cette odeur nauséabonde prenait au nez et accentuait mon mal de tête. Je mis un certain temps avant de pouvoir comprendre où je me trouvais. Je pus apercevoir des barreaux de métal m'encercler. Dans cette cage démesurée se trouvait avec moi d'autres femmes de tous âges. Ces dernières semblaient être devenues folle : certaines se mordaient les membres pour boire leurs propres sangs, d'autres se battaient entres elles pour savoir qui allait périr et finir dégustée tandis que d'autres encore mordillaient les barreaux métalliques. J'aurais pu apercevoir qu'une jeune fille de mon âge me mordait la jambe si je n'avais pas aperçu le vide qui se trouvait à nos pieds. Autour de nous se trouvaient des cages similaires à la nôtre, toutes flottant dans l'air. Sûrement l'œuvre des hommes d'air. Un frisson d'angoisse me parcouru le dos. Où est-ce que nous nous trouvions ? Des murs de pierres nous séparaient du monde extérieur et me faisaient me sentir oppressée. En jetant un regard en face de moi, j'aperçus qu'une troupe d'hommes de feux se placèrent devant nous. Ils étaient sur un chemin de planches de bois tenues par des chaines qui s'accrochaient au plafond de la salle. Puis soudain, l'un d'eux pris la parole :
- Vous, commença-t-il froidement, les femmes, avez été capturées pour que nous puissions vous étudiez. Les hommes ont aussi été mis dans des cages semblables aux vôtres, dans une autre pièce du château. Nous tenons à vous informer que vous serez nourries une fois tous les deux jours, pour éviter de vous engraisser. Cela fait maintenant deux jours et deux nuits que vous êtes enfermées sans notion du temps. Dorénavant, nous vous informerons quelle heure il est toutes les douze heures. Merci de votre...
- Et nos enfants ? hurla une femme dont les mains étaient noires de crasse.
- Les enfants ne nous auraient été d'aucune utilité. Nous avons d'abord testé leur résistance avant de les jeter dans l'enclos des tigres. 
Soudain, toutes les femmes, jeunes et âgées, se mirent à hurler de tristesse. Elles secouèrent les cages, montèrent aux barreaux et insultèrent les créatures. Le tout résonnait si fort dans le château que je cru entendre les hommes leur répondre en faisant les mêmes actions qu'elles. Le bruit était insupportable. Je me pris la tête dans les mains et m'accroupis au fond de la cage. Je reçus une griffure involontaire à la tempe. En posant ma main dessus, je m'aperçus que du sang y coulait. Mais peut m'importait. Je devais sortir de là avant de devenir folle à mon tour. Je décidai donc de me lever et de regarder si je ne pouvais pas crocheter le cadenas qui gardait la cage fermée. En m'avançant, un violant coup de pied me projeta en arrière. Je me sentais lourde. Je n'entendais plus rien. Je ne pouvais plus bouger. Mes yeux restaient clos. Puis, une voix me parvint : 
- Amaya, réveillez-vous, enfin ! Vous ne faites qu'aggraver votre cas à rester couchée sur votre table ! C'en est trop. J'appelle le principal. 
Ce n'était pas la voix des femmes ni celle des monstrueuses créatures mais bien celle de mon professeur de philosophie. Je me suis relevée en sursaut. Tous les regards étaient posés sur moi. Je me sentis rougir. Je pris mon sac puis courus vers la sortie de la salle de cours malgré les protestations du professeur. Je courus dehors m'assoir sur un banc et sorti mon carnet de note. J'avais l'impression que le rêve que je venais de faire représentait des faits de la réalité. Et puis, j'avais une nouvelle histoire pour un roman !

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