Ogossagou

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Un poème qui s’empare d’un sujet dur, le massacre d’Ogassagou, et le traite avec une force magnifique. Si les premières strophes accusent, les

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L’artiste ne représente ni ne reproduit, il signifie : ce n’est ni l’explication rationnelle, ni l’émotion surannée qu’il recherche mais la profondeur du crépuscule afin de surprendre  [+]

Image de Printemps 2020

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Je dénonce le ciel bleu
Merveilleusement bleu comme l’argent
L’aube rutilante
De mille flammèches effilochées
L’aube si merveilleusement pure
Je dénonce la voix ensoleillée
Je dénonce la terre ocre emplie d’or

Ogossagou !

Je hurle à la transhumance
Partons, ô mon Dieu, partons, fuyons
Saisissons nos bâtons, nos chiens
Vêtons nos pagnes et nos djellabas
Prenons l’agneau.
Prenons nos vaches aux longues cornes
Saisissons leur farouche élégance

Ogossagou !

Brûlons nos chaumes, brûlons nos toits
Brûlons nos cheveux fiers,
Brûlons l’éclat de notre sourire
Car le monde n’est plus !
Nous ne sommes plus :
Ils incendient notre âme !
Car personne ne nous a prévenus !

Ogossagou !

J’accuse le calme, gris comme l’orage
J’accuse le silence de la plaine
J’accuse la candeur des acacias
J’accuse le baobab impavide
Même le lézard endormi sous l’auvent
Je dénonce les chiens blonds de la rue
Je dénonce la nature, oui même la nature

Car elle ne nous a pas prévenus

Elle ne nous a rien dit du désespoir
De l’iris ténébreux, de l’ivresse froide
De la main comme une balle d’acier
De l’ombre acérée de l’homme
Du vrombissement de la foi folle
De Dieu, de son incroyance
Elle ne nous a rien dit

Ogossagou !

Elle ne nous a rien dit, la rumeur sableuse
De l’arme qui dévaste des ventres
Des mains rougeoyantes
Qui broient les fœtus, des bras métalliques
Qui trouent les visages et les gorges
De l’imbroglio mécanique des cadavres

Ogossagou !

Maintenant les corps s’épanchent
Sous le mutisme ahuri
De ces draps verts de l’armée
Savaient-ils l’infamie ?
Je suis allongé la face transie
De cette pluie boueuse
Et je pleure, je pleure

Ogossagou !

Ma peine ensablée
Comme ces cafards dans la putrescence
Je pleure ma femme engrossée par le fusil
Je pleure ô mes chers, ô mes adorés
Où êtes-vous ? Ma génération, ma jeunesse !
Je ne vous entends plus !
Je pleure, ô l’humain disparu !

 

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Ce poème fait référence au massacre d’Ogossagou, commis en mars 2019 dans la région instable de Mopti au Mali.

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