Dans les profondeurs sombres de l'Univers, une planète vivait. La Terre-Mère. Elle naquit alors que seul le chaos régnait dans cet immense cosmos.
Cependant, à l'aube des temps, elle était seule, seule devant cette immensité.
Il lui fallut attendre des millénaires avant que le ciel ne s'éveille. Et que de cette pénombre qu'est l'Univers naisse une étoile. Puis, traversant les ténèbres, une deuxième, s'enchaînant ainsi des dizaines et des milliers d'autres. Le ciel s'illuminait de ses petits points scintillants qui brisaient l'obscurité. La Terre-Mère sentit sa peau rocheuse se réchauffer sous les doux rayons de l'étoile. L'Univers trouvait enfin sa grandeur tant espérée. Les premières galaxies se formèrent, produisant de magnifiques tourbillons étincelants. Devant ce tableau enchanteur, la Terre-Mère ne put ignorer ses envies de création afin d'en imprégner ses contrées vierges depuis bien trop longtemps.
Elle décida alors de créer un messager, un enfant qui parcourrait ses espaces en semant les graines de son imagination. Cependant, cet émissaire devait pouvoir se déplacer aussi bien sur terre que dans les méandres du ciel afin d'accomplir son devoir. Alors elle créa une bête pourvue d'ailes, de griffes et d'écailles qu'elle nomma le Dragon. Un être qui réaliserait ses projets les plus intimes. Et afin que cette créature puisse donner vie à ses créations, la Terre-Mère lui accorda quatre pouvoirs bien spécifiques. Quatre pouvoirs uniques et pourtant indispensables à la vie.
L'Air. La Terre. L'Eau. Et le Feu.
Grâce à ses ailes et à son premier pouvoir, le Dragon s'envola et créa le premier rêve de la Terre-Mère. Une immense sphère d'air tout autour de son globe. Dans le but de permettre la naissance de millions d'êtres vivants afin de peupler sa terre bien trop délaissée par le passé. Au comble du bonheur, la Terre-Mère nomma sa première œuvre l'Atmosphère. Face à cette réussite, elle accorda sa confiance au Dragon auquel elle transmit sa créativité afin d'enfanter ses terres de son imagination.
Empli de la fantaisie de sa créatrice, le Dragon s ‘envola et partit à la découverte de cette surface rocheuse encore inconnue par le cosmos. Il parcourut chaque bout de terre pour appréhender le tableau sur lequel il allait devoir peindre.
Il utilisa son second pouvoir, la Terre, pour dessiner les nombreux reliefs qui ornent aujourd'hui notre globe. Il fit apparaître plaines et montagnes, canyons et cavités, extrayant de la terre des chaînes rocheuses, créant ainsi des frontières infranchissables délimitant les premiers territoires. Il ajouta pour combler le tout, des fosses abyssales et des monts surmontés d'un creux semblable à un puits profond. Peu fier de son travail, le Dragon mit de côté son pouvoir de Terre et laissa libre court à son troisième pouvoir, l'Eau. Grace à cette dernière, il décida d'inonder les creux et les failles de torrents et ruisseaux. Il bâtit mers et océans, lacs et torrents en ajoutant ici et là fleuves et rivières. Il fit émerger des cascades grandioses et des chutes d'eau scintillantes sous les rayons des étoiles.
Il convint que l'eau serait la source même de la vie.
Enivré par ses trois pouvoirs, capable d'accomplir l'impossible, le Dragon accéda à son quatrième et ultime pouvoir, le Feu. Cependant, aucune idée ne lui venait.
Que pouvait-il bien faire avec un don comme celui-ci ?
À court d'imagination, le Dragon se rabattit sur ses créations précédentes et mit à profit ses monts troués d'une longue cheminée. Il combla ses gouffres de feu d'un aspect visqueux qu'il nomma la lave. Persuadé de pouvoir tirer de cette lave un meilleur profil que le remplissage des cuves, il essaya de la faire exploser afin qu'elle ressorte de ses monts couverts de verdure. À son grand étonnement, cela fonctionna à moitié. La lave ressortit de sa cavité sans pour autant exploser vers le ciel. Le Dragon la regarda couler lentement, dévalant les pentes. Il constata avec intérêt tout ce que la lave emportait sur son passage, rasant arbres et verdures qui avaient réussi à pousser grâce à ses trois premiers pouvoirs. Il examina, avec une attention frisant la satisfaction, que ce feu tuait toutes les premières traces de vie qui avaient commencé à éclore et qui se dressaient sur le chemin tout tracé de ces coulées de lave.
Prenant conscience de l'étendue de ce pouvoir destructeur, le Dragon voulut se l'approprier au plus profond de son âme afin de pouvoir contrôler par la terreur les formes de vie apparaissant sur cette terre.
Cependant, la Terre-Mère veillait. Lorsqu'elle comprit que sa créature lui avait tourné le dos pour s'enfoncer du coté obscur, elle décida de tromper le Dragon et de retourner ses pouvoirs contre lui.
De son coté, le Dragon voulut se jouer de sa créatrice et décida d'aller la voir afin de se soustraire de ses obligations.
Cette dernière lui répondit avec douceur et subtilité :
- « Mon enfant, tu as décidé de voler de tes propres ailes. Soit. C'est ta décision. Cependant, tu mérites une reconnaissance de tes bons et loyaux services, alors voici mon conseil : tes pouvoirs atteindront leur plein potentiel lorsque tu en seras complètement imprégné. »
Grisé par cette perspective de pouvoir grandiose, le Dragon prit le conseil de la Mère au pied de la lettre.
Privilégiant le feu qu'il avait trouvé si puissant pour gouverner, il survola la lave avant de plonger droit dedans. Cet acte précipita sa perte. Le Dragon périt dans cet élément dans lequel il avait fondé tant d'espoir. La Terre-Mère reprit le contrôle et les quatre pouvoirs s'échappèrent du Dragon pour se perdre dans l'immensité de cette planète.
Aujourd'hui encore, les Quatre errent perdus dans la Nature, attendant impatiemment qu'une âme pure viennent les chercher.