John, gérant d'un vieux bar sans nom, divorcé avec 2 enfants qui n'en sont plus, avait toujours cru avoir tout vu. Jusqu'au jour où 4 adolescents sont entrés.
C'était étrange car aucun d'eux ne semblait du même milieu que les trois autres. Ils s'asseyaient pourtant tous à la même table, toujours aux mêmes places.
Il y avait une fille - il l'aimait bien celle-là - les cheveux noirs méchés de roux, du genre rebelle qui commandait toujours du whisky. A sa gauche - un gosse du même âge sûrement - un petit binoclard toujours le dos voûté et le sourire timide. Blond, habillé dans des tons étrangement clairs, ce dernier demandait toujours une limonade avec beaucoup de glaçons. A droite de la rockeuse, un gars qui riait fort, les cheveux rasés comme les militaires et toujours les mains sales. Lui, il prenait une bière et n'arrêtait pas de taper ses voisins de table dans le dos. La dernière était plus calme et laissait toujours un bon pourboire sur la table quand tout le monde partait. Cette fille, c'était l'opposée de l'autre. Les cheveux roux et lisses, les yeux grands et clairs, une bohème. Elle prend de l'eau et la bois silencieusement à la paille.
Ces quatre énergumènes n'auraient pas autant attirés l'attention de John s'il n'avait pas eu cette manie d'observer les gens. C'était la première fois qu'ils étaient venus que John a entendu leurs noms. Depuis, il les observe. Car, qui dans le monde s'appelle Flame, Windy ( et pas Wendy ), Rock ( pas Rick ) et Water ( John avait tendu l'oreille, c'était pas Walter mais Water ) ? L'homme avait d'abord cru à des surnoms de mauvais goût mais même quand les adolescents semblaient sérieux, ils ne changeaient pas de nom. Toujours les mêmes noms.
C'était étrange mais il les servait. Plus étrange encore, le reste de la clientèle ne semblait les voir, sauf quand John parlait d'eux. Ça rendait le barman fou. Comment on ne pouvait pas entendre Rock rire ou frapper la table du plat de sa main quand Water osait répondre à Flame avec le peu de courage qu'il avait ? Comment ne pas voir Windy prendre la bouteille des mains de la jeune fille à une vitesse incroyable quand cette dernière se préparait à la lancer au visage de son voisin de gauche ? Des phénomènes bizarres se déroulaient si discrètement que John avait l'impression de devenir cinglé. D'où venait la flamme du briquet qui allumait la cigarette de la rebelle ? Et la terre que Rock laissait derrière lui malgré ses chaussures cirées ? Le courant d'air que ressentait le barman au passage de la rouquine était-il une hallucination ? Que penser de l'eau au pied de la table, pile à l'endroit où s'asseyait le binoclard ?
John n'en dormait plus. Alors ce soir-là, il prit une décision. Il allait leur poser la question. Ses réflexions personnelles n'étaient pas suffisantes pour ce genre de situation étrange. Mais comment demander à des adolescents que personne ne semble voir, pourquoi des phénomènes chelous se déroulaient autour d'eux ? Il tourne et retourne dans son lit. Il n'avait pas beaucoup parler à ses enfants quand ils étaient adolescents. Sa fille n'était pas très bavarde avec lui. Et son fils aîné s'était débrouillé et parlait souvent de voitures. Le barman ne savait pas quoi faire.
Le lendemain, à environ 19 heures, comme tous les soirs depuis au moins un mois, Flame passe la porte, suivi par Rock, Water et pour finir Windy, toujours dans le même ordre. Ils prennent leurs places et John ne demande pas au serveur de leur apporter leurs boissons. Il y va lui-même, un nœud dans la gorge et les mains tremblantes. Il se sent soudain très vieux, fatigué et abîmé. Il pose les deux bières dont un verre pour la brune. La limonade et l'eau.
- Cadeau de la maison ce soir, déclare le gérant en essayant d'empêcher sa voix de trembler.
A son grand désespoir, c'est Rock qui réagit en premier. Il sourit et tape encore une fois la fille aux mèches rouges dans le dos avec un grand sourire.
- Tu vois feu follet ? Je te l'avais dit, ils ne sont pas tous pareils, s'exclame le garçon.
- C'est pas un truc gratuit qui me fera changer d'avis, grommelle la fille en retour tout en s'écartant.
Avant même que John n'ai le temps de se racler la gorge pour attirer leur attention et leur poser sa fameuse question, la deuxième jeune femme les interromps.
- Merci pour votre hospitalité, chuchote presque Windy.
- Oui... m-merci, bégaie le quatrième.
Sur ce, les quatres adolescents prennent leurs verres , s'attendent certainement au départ de leur serveur. C'est ce qui se passe. Le barman s'est dégonflé et retourne à son poste. Il regarde les drôles de gamins tout en réfléchissant à une bonne manière de les aborder. Et puis, ils se lèvent. C'est le moment. L'homme prend alors son courage à deux mains et la boule dans sa gorge se dénoue.
- Vous croyez au paranormal ?
Il n'avait pas d'autres idées. Comment introduire ce genre de questions ? Il espérait une réaction positive, surtout venant de celle du groupe qui avait l'air la plus sympathique. Water ricane. C'est étrange venant de quelqu'un d'aussi timide d'entendre un ricanement.
- On est le paranormal, répond la rockeuse en allumant sa cigarette.
- J'aurais parié qu'il demande plus tôt que ça, ajoute Rock
- J'avais raison : les humains n'osent pas être indiscrets, répond de sa voix douce la bohème.
L'autre fille lève les yeux au ciel et grommelle. John ne comprenait rien. De quoi parlaient ils ? Comment ces gamins savaient qu'il voulait leur parler de quelque chose ? Water sourit timidement au barman.
- M-merci en-encore p-pour les boissons gratuites.
Pas d'explications. Juste la porte qui se referme sur les adolescents et les nouvelles questions qu'ils ont fait naître dans son esprit. Quelques instants plus tard, il y eu une panne sur toute la ville et aux infos le soir, on parla de la réapparition de quatres ados recherchés après une fugue.
John n'a jamais compris ces adolescents. Mais les élèves des 4 éléments n'oublieront jamais leur professeur, même sous une autre forme humaine.