Je m'appelle Linda j'ai 12 ans . Il y a des jours où tout semble se liguer contre moi. Aujourd'hui était l'un de ces jours. Dès que je franchis le portail du collège, je sentis le Feu commencer à crépiter à l'intérieur de moi. Une remarque, un regard moqueur, un rire étouffé derrière moi, et mes joues se mirent à chauffer. Le Feu était là, invisible mais suffocant, me rappelant que je n'étais pas à ma place. Il brûlait chaque pensée, chaque fibre de mon corps, et je sentais mon cœur battre à toute vitesse, comme s'il voulait s'échapper de ma poitrine.
En entrant dans ma classe, les murmures commencèrent. Une voix derrière moi, un « regarde-la » lancé au hasard. Chaque mot était comme une étincelle qui venait me frapper droit au cœur. Les flammes semblaient grandir en moi, danser sous ma peau, prêtes à exploser à tout moment. Mes mains moites se serraient sur ma trousse, mes jambes tremblaient, et j'avais envie de hurler, de taper sur quelque chose, mais rien ne sortait. Même le silence des autres élèves semblait alimenter la flamme. J'étais coincée, prisonnière d'un Feu qui me consumait doucement mais sûrement, comme une braise qui ne s'éteint jamais vraiment.
Puis vint l'Air. Dans les couloirs, chaque chuchotement, chaque sourire échangé sans moi, me semblait un souffle qui m'étouffait. L'Air glissait autour de moi, froid et insistant, comme un vent invisible qui me suivait partout. Par moments, j'avais presque l'impression qu'il murmurait à mes oreilles, répétant les mots que je redoutais d'entendre. Il se glissait dans mes pensées, les embrouillait, les rendait plus lourdes. Respirer devenait difficile, comme si quelque chose envahissait mon esprit avançaitmalgré tout, traversant cette tempête silencieuse, tentant de garder la tête haute alors que tout en moi voulait disparaître.
À la pause, l'Eau me submergea. Seule dans un coin, loin des regards, je sentis mes larmes commencer à couler, chaudes et incontrôlables. Elles ne s'arrêtaient plus. Les moqueries, les regards, la solitude : tout se transforma en un torrent qui m'engloutissait. J'avais l'impression d'être emportée par une vague trop forte pour moi, incapable de revenir à la surface. Chaque pensée devenait floue, noyée dans ce flot d'émotions. Mes manches étaient trempées, mon visage brûlant, et pourtant je ne faisais rien pour retenir les larmes. C'était comme si l'Eau devait sortir, comme si elle emportait avec elle un peu de ma douleur.
Puis, la Terre s'imposa. Le sol sous mes pieds me parut soudain plus lourd, plus dur, comme s'il voulait me retenir prisonnière. Chaque pas demandait un effort immense. Mes jambes semblaient s'enfoncer dans un sol invisible, comme si je marchais dans de la boue. Le poids de tout ce que je ressentais m'écrasait. La Terre me clouait sur place, me rappelant que je ne pouvais pas fuir, que tout cela était réel, solide, impossible à ignorer. Même les murs du collège semblaient se rapprocher, comme pour m'enfermer davantage.
Je restai ainsi un moment, submergée par ces quatre éléments qui semblaient me posséder. Le Feu me consumait, l'Air me volait ma respiration, l'Eau me noyait, et la Terre me retenait au sol. Tout en moi criait d'abandonner, de disparaître, de ne plus ressentir tout cela.
Et pourtant... quelque chose résista.
Une petite étincelle, minuscule mais tenace, persistait au fond de moi. Elle ne brûlait pas comme le Feu de la colère. Elle était différente. Plus calme, plus stable. Comme une lumière dans l'obscurité.
Alors, quelque chose changea.
Je pris une inspiration tremblante. L'Air entra dans mes poumons, mais cette fois, je tentai de le contrôler. Lentement. Doucement. L'Eau continua de couler, mais elle semblait moins violente. Le Feu, lui, ne disparaissait pas, mais il cessait de me dévorer complètement. Quant- à la Terre, elle était toujours là, mais je sentais que je pouvais, peut-être, m'y appuyer au lieu de la subir.
Puis la colère monta, différente. Plus claire. Plus forte. Celle de ne plus vouloir rester passive. J'en avais assez d'ignorer les flammes comme si elles ne me brûlaient pas, d'ignorer l'eau comme si elle ne me noyait pas, d'ignorer la Terre comme si elle ne m'écrasait pas, et d'ignorer le vent comme s'il ne me volait pas mon souffle.
Avec un courage qui me surprit moi-même, je pris mes affaires et me dirigeai vers le bureau de mon professeur. Mon cœur battait à toute vitesse, mais cette fois, ce n'était pas seulement de la peur. C'était aussi de la détermination.
Chaque pas était difficile, mais différent. La Terre ne me retenait plus autant. L'Air ne m'étouffait plus complètement. Le Feu devenait une force. Et l'Eau... l'Eau me vidait de ce qui me faisait trop mal.
Arrivée devant la porte, je m'arrêtai un instant. Ma main tremblait. Puis je frappai.
Les éléments étaient toujours là. Mais cette fois, je n'étais plus seulement leur prisonnière.
J'étais au centre. Et pour la première fois, je me sentais prête à leur faire face.