Le sentier est raide, la terre glisse parfois sous mes chaussures, mais l'air frais qui descend des sommets me donne de la force.
Et toi pépé, tu marches devant, d'un pas régulier, comme si la montagne était ton escalier naturel.
Après quarante-cinq minutes de marche, nous nous asseyons sur ce rocher, près de la croix. Tu me racontes les étés à surveiller les vaches qui pâturent cette terre sauvage.
Et toi pépé, tu marches devant, d'un pas régulier, comme si la montagne était ton escalier naturel.
Après quarante-cinq minutes de marche, nous nous asseyons sur ce rocher, près de la croix. Tu me racontes les étés à surveiller les vaches qui pâturent cette terre sauvage.
— « Regarde cette herbe, Matthieu, me dis-tu en caressant le sol. C'est elle qui donne le goût au lait. La terre ne ment jamais, elle te rend ce que tu lui donnes avec tes mains. »
Tu me prends la main et nous arrivons au chalet. Sur le palier de la porte, j'admire cette forêt qui me sourit, agitée par le vent. Elle semble chargée d'air pur et de mystères.
— « Écoute-les, petit, murmures-tu. Les arbres parlent du passé et des veillées d'antan. Le vent de Nifflon, c'est le souffle de nos ancêtres qui ne veut pas s'éteindre. »
Nous rentrons et je regarde ce vieux râteau suspendu au mur et ces outils usés par la sueur des mains. Ils te rappellent d'émouvants souvenirs.
Après une courte pause où je déguste un café à la ricoré et toi ta petite gnôle, il est temps d'aller couper du bois. Car ici, le seul moyen de se chauffer, c'est le Feu.
Après une courte pause où je déguste un café à la ricoré et toi ta petite gnôle, il est temps d'aller couper du bois. Car ici, le seul moyen de se chauffer, c'est le Feu.
— « Approche-toi du foyer, me lances-tu alors que les premières bûches s'enflamment. Le feu, c'est la vie du chalet. Sans lui, la pierre resterait froide et triste comme un tombeau. »
Que je suis bien sur tes genoux à regarder les flammes qui crépitent et qui illuminent nos visages. Mais bientôt, tu te lèves. Il est temps de sortir car tu veux me montrer cet endroit secret. Tu me mènes vers ce gouffre rempli de neige. Devant cette "tanne", je ressens un frisson. Ce n'est pas seulement le froid de la neige éternelle, c'est le poids du temps.
Je te demande pourquoi cette larme coule sur ton visage.
Je te demande pourquoi cette larme coule sur ton visage.
— « C'est l'eau de ma jeunesse qui remonte, Matthieu, réponds-tu d'une voix tremblante. C'est ici, dans cette "tanne" de neige, que l'on conservait le beurre que je fabriquais avec ma maman avant de le descendre au village pour le vendre. ».
Nous retournons au chalet ; j'ai soif mais ici il n'y a pas d'eau potable. Tu m'expliques que l'eau de pluie est récupérée dans la citerne et qu'elle est précieuse.
— « On ne gaspille pas une goutte de ce que le ciel nous offre, m'expliques-tu en faisant bouillir la bouilloire. Chaque gorgée est un trésor. »
Je savoure de nouveau cette tasse café à la ricoré avec les biscuits de la "Taillarossaz" dont toi seul détiens la recette. Il est déjà l'heure de partir mais, comme à ton habitude, tu sors ton accordéon. Les notes s'envolent, légères comme des bulles d'air. Et tous les deux, nous reprenons ce refrain ensemble :
« Et si la vie moderne devait trop me blesser, chalet au toit de lauze saurait me protéger. »
Alors pépé, as-tu reconnu ce lieu ?
C'est l'alpage de Nifflon.
Merci pépé.
C'est l'alpage de Nifflon.
Merci pépé.
Je vous laisse, près de ce vieux chalet, avec ces feuilles remplies de messages qu'à présent vous connaissez, pour ne pas oublier.
Matthieu. Pour mon pépé Jean que j'aime tant.
« Ce texte est un témoignage authentique. Nifflon est un alpage bien réel de Haute-Savoie où mon pépé m'a transmis, entre ciel et terre, le respect des éléments et le goût de nos racines. »