le prix d'un espoir

Le monde va entrer en guerre mon enfant.
Le Peuple de la Terre aura enterré celui du Feu.
Le Peuple l'Eau aura tout submergé au moment venu.
Et celui de l'Air survolera tout.
Les Élémorphes se dissiperont dans toutes les contrées.
Les Terres Mortes sont dangereuses, mais possibles,
Seule une ombre vous guidera, froide et invincible.
Un seul regard pourra tout déverrouiller,
Et le prix sera... de payer.
 
 
 
Celles-ci sont les dernières paroles de mon père.
Et moi.
Amber.
Fille du roi Rouge. Dernière Elémorphe à maîtriser le feu. Je trouverai ces Terres Mortes.
J'en ai fait le serment.
La promesse.
Moi.
Moi et mon amie, Nancy. On retrouvera l'équilibre entre les mondes.
Mais pour ça, il faut trouver un guide.
Une chasseuse de primes.
Eryn.
On la trouve ici. Dans l'Arbre capitale géante qui marque la frontière entre le Peuple de la Terre et celui de l'Air.
Le Peuple de la Terre vit en bas. Entre les racines profondes et sombres qui font comme des arches sur plusieurs dizaines de mètres.
En bas. C'est sombre.
Humide.
Ici, la frontière n'est pas une ligne, elle se situe au milieu des airs, à la limite du sol et du ciel.
Mais Eryn ne se trouve pas en bas.
Elle. C'est en haut.
Dans le village suspendu.
Des cabanes en bois, recouverte de mousse et de toutes les couleurs sont posées sur les branches aussi grandes que des routes, des passerelles les relient toutes comme un énorme rhizome.
C'est dans un quartier plus petit et plus sombre qu'on trouve les mercenaires et chasseurs de primes de toutes les Terres.
Le quartier des Lumières Sombres.
Ici, les passerelles n'ont jamais été rénovées et l'odeur de l'humidité flotte dans l'air.
On dit une phrase.
Huit mots. 
"Ceux qui y vont sont fous. Ou morts. ''
Et c'est là où nous sommes.
Certains racontent qu'Eryn est née là bas.
Aux Terres Mortes.
Là bas personne ne sait vraiment ce qui s'y trouve, certains disent que c'est un monde à part, où le chaos est la seule loi.
Où survivre est la seule loi.
Là-bas il n y a que les ruines de l'ancien Peuple de L'Eau d'il y a des millénaires.
Depuis ce sont que des marais toxiques, où les corbeaux naissent et meurent.
Où ils vivent entre eux.
Se mangent entre eux.
Et meurent entre eux.
Certains comparent Eryn à un corbeau.
Elle attend.
Elle frappe.
Et se replace.
Les quatre peuples sont en guerre, chez mon peuple, une prophétie à été révélée.
Beaucoup sont morts.
Et peu y croient.
Mais moi, j'y crois.
Et ça suffit
Mon amie est moi arrivons juste à temps pour entendre :
- Je ne t'accorde pas trois mois...Je t'accorde...Une prolongation sous contrat, à partir de maintenant, ta dette double.
La cape d'Eryn bouge.
Ecko pâlit.
- Qu...quoi ?
- À cause d'intérêts de retard. Risque. Déplacement.
Elle penche la tête.
- Et ma patience.
Silence.
- Dans quatre-vingt onze jours. Je ne reviens pas parler. Je viens récupérer.
Ecko tremble.
- Je...Je paierai...
- Tu paieras.
Elle recule enfin.
- Ou tu mourras.
Nancy se fige derrière moi.
- La bombe ?
- Quelle bombe ?
Silence.
- Mais la prochaine fois...
Elle plante ses yeux dans les siens.
-...Il y en aura une.
Elle se détourne.
- Quatre-vingt onze jours.
Un temps.
- Pas un de plus.
Un pas.
- Pas un de moins.
Ecko se tord les mains, puis hoche la tête.
Mais Eryn disparaît déjà dans la foule.
- Vite ! On va la perdre !
Nancy se lance à sa poursuite, je la suis, le souffle court.
Je manque de rentrer dans quelqu'un, je continue.
Eryn s'arrête.
- Que ce que vous voulez ?
La voix d'Eryn est froide.
Nancy commence.
- On veut...
Je prends le relais.
- Vous engager... Pour les Terre Mortes.
Eryn relève la tête derrière son capuchon.
- Ne me faites pas perdre mon temps.
J'avance d'un pas.
- Cinq mille.
Elle s'arrête.
- On a cinq mille. Comme argent.
Elle tourne légèrement la tête.
- Ne risquez pas vos vies pour si peu.
Son pas reprend, je cours presque vers elle.
- Six mille.
Je suis juste derrière maintenant.
- Vous n'êtes pas d'ici... Sinon vous ne me donnerez pas deux prix.
Je souris.
- Six mille et vous nous accompagnez.
Elle secoue la tête.
- Vous savez au moins ce que sont les Terres Mortes ?
Je m'approche.
- Je crois oui.
- Croire ne suffit pas.
Elle avance.
Je ne sais pas vraiment pourquoi,
Sur une pulsion.
Sur un réflexe.
J'attrape sa cape...
Tout se passe trop vite.
Je sens le mur dans mon dos.
Sa main qui s'accroche à ma gorge.
Mais ce qui me fige ce sont ses cheveux blancs qui nacrent au soleil.
Et...
Ses yeux.
L'iris est entièrement noire.
Et la pupille elle...
Est bleue.
Ses yeux sont inversés.
Ses doigts se crispent, juste assez pour que l'air entre de travers.
Mon cœur se met à battre plus vite.
Je le sens taper contre ses doigts.
Et pourtant, elle parle.
- Vous êtes quoi hein ? Des Élémorphes d'Air ? De Feu ?
Elle mâche ses mots.
Ma respiration se met à siffler.
Je parle.
-... Le peuple du Feu a disparu depuis longtemps !
Nos souffles se mélangent.
- C'est vrai.
Ses yeux me fixent, mon cœur frappe sa paume.
Des ombres s'approchent de mes yeux.
Trop lentement pour les voir venir.
Trop vite pour les arrêter.
Je tente une bouffée.
Non.
Toujours pas.
Je m'agrippe à son poignet.
De l'instinct pur.
Elle ressert un peu plus fort.
Du jaune s'ajoute dans ma vision.
Le monde pulse au rythme de ma vie.
La pression se fait plus forte.
Puis...
Elle disparaît.
Je glisse le long du mur.
L'air respiré est comme du feu.
Mon cœur frappe trop fort ma poitrine.
Je tousse.
Ma gorge part en lambeaux.
Ma conscience s'effiloche, avant de revenir, par vagues.
J'entends les pas de Nancy vers moi, sa main sur mon épaule.
- AMBER ! Ça va ?
Mais je n'entends que la voix d'Eryn
- Va pour six mille... Si vous survivez.
Ma vision se floute.
Puis redevient stable.
Je relève les yeux embués par la douleur.
Ses pupilles luminescentes me fixent.
- Avec moi, vous ne serez plus des vivants... mais des survivants.
Elle recule d'un pas.
- Aux Terres Mortes, personne ne creuse de tombe.
Une mèche blanche brûle sous la lumière.
- Et j'en sais quelque chose.
Puis elle disparaît.
Et moi...
je comprends enfin.
Je peux tout gagner.
Ou tout perdre.

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