Le murmure des éléments

Dans la vallée silencieuse où la faune semblait retenir son souffle, les anciens racontaient qu'il y a bien longtemps, les quatre éléments conversaient encore avec les humains. Peu de personnes pouvaient toutefois entendre et écouter leur langue, faite de murmures, de bruissements et de silences.
Un soir d'automne, alors que le ciel se teignait d'ocre et de cuivre, une jeune nomade nommée Silvia atteignit le bord d'un lac de montagne profond. Elle s'y assit, fatiguée de sa longue marche, et contempla l'eau sombre qui frémissait sous la caresse du vent.
Le lac réfléchissait les derniers rayons de soleil tel un miroir brisé. Dans ses remous vivaient les souvenirs des pluies anciennes, des rivières asséchées et des mers lointaines.
Silvia avait toujours considéré l'eau comme la mémoire du monde qui polit les pierres et façonne les vallées. Elle plongea sa main dans le lac. La fraîcheur l'enveloppa aussitôt et elle se sentit plus sereine.
Alors, l'air se leva : le vent descendit des cimes comme une ombre invisible, en faisant frissonner sur son passage les herbes et les branches des arbres. Il n'avait ni forme ni couleur mais il emplissait l'espace. Il murmura à la nomade, dans un bruissement de feuilles : " Je suis la Liberté. Je guide les nuages et j'annonce les tempêtes. " Silvia leva les yeux vers le ciel et elle sentit le monde respirer autour d'elle.
Soudain, la terre vibra sous ses pieds.
 La montagne semblait écouter la conversation des éléments avec une grande sagesse. La terre parlait avec la gravité des siècles. Elle était la patiente; et dans son silence reposait les cités oubliées et les graines qui, en poussant, formeraient de grandes forêt qui la recouvriraient.
Silvia frôla de la main la terre qui se trouvait à ses pieds. Pendant un instant, ce fut comme si la terre lui prêtait un fragment de son éternité.
La nuit tomba peu à peu sur la vallée, recouvrant de son voile sombre le lac et les montagnes. Tout était silencieux et l'air devint plus vif, mordant.
La jeune nomade frissonna. Le froid la gagnait et l'humidité du soir s'insinuait dans ses vêtements. Elle rassembla un tas de brindilles sèches et essaya de gratter une étincelle. Ses mains tremblaient mais elle finit par réussir à faire apparaître une petite flamme dans le tas de brindilles.
Elle avait hâte de sentir la chaleur du feu l'envelopper. Quelques minutes plus tard, elle dormait devant un feu dont les flammes avaient l'air de vouloir atteindre le ciel. 
Le feu était la lumière qui veillait et qui subsistait même la nuit. Il était aussi la chaleur; une chaleur qui combattait le froid avec ardeur.
Le lendemain, quand Silvia se réveilla, le vent s'était calmé, le feu n'était plus que braises, l'eau avait retrouvé sa tranquillité et la terre gardait sa sagesse habituelle.
Quand le soleil reparut derrière les montagnes, la nomade reprit sa marche.
Elle avait compris que les quatre éléments étaient la base de la vie sur terre.

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