Lassitude

Bilal

Bilal

Ce texte a été écrit dans le cadre du concours « 24h dans la vie d’un autre » par un élève de 4e du collège Jacques Monod à Caen.

Marc-Antoine traversait la route, le regard droit devant lui, lorsqu'il entendit un violent crissement de pneus. Une automobile s'arrêta pile devant lui, à quelques centimètres seulement. Elle faillit renverser le jeune homme qui, pourtant, n'eut pas la moindre réaction.
 
Il continua son chemin habituel et redondant avant d'entrer dans le collège aux alentours de 7h30, soit une demi-heure avant l'arrivée des insupportables élèves.
Il s'installa à sa place habituelle, en salle de vie scolaire, entouré de ses fidèles collègues qui semblaient, eux aussi, plus ou moins exténués.
 
« — Un café ? lança le meilleur ami de Marc-Antoine, également assistant d'éducation.
— Je ne suis pas contre », répondit celui-ci en serrant la main de son ami qui venait d'arriver.
 
Ils eurent à peine le temps de finir leur tasse que la sonnerie retentit, indiquant l'arrivée des élèves. Marc-Antoine grimaça d'agacement ; il était déjà tendu à l'idée d'être en contact, même de façon minime, avec eux.
Il sortit de la salle et se dirigea vers la grille principale. Il tapa le digicode, puis ouvrit le portail.
Aucun « bonjour », aucun mot, pas même un sourire. Marc-Antoine y était déjà habitué ; c'était presque devenu normal pour lui.
Presque.
 
Quand le dernier élève fut entré, il ferma le portail et patienta seul dans la cour. Il alluma son téléphone et un sourire apparut immédiatement sur son visage : il avait reçu des nouvelles de son petit frère, parti au front en Ukraine après trois années de service en France. Entendre sa voix dans un message vocal, après un mois de silence, le rassura profondément.
 
Il eut à peine le temps de penser à autre chose que la sonnerie retentit à nouveau.
« Déjà ? » pensa-t-il.
Il éteignit son cellulaire et partit surveiller les élèves. Certains vinrent le voir pour des histoires ou des problèmes de cour.
 
— Va voir César pour ça, lançait-il. Il savait que ce n'était pas correct, mais rediriger un élève importun vers un autre surveillant était toujours plus simple.
 
Soudain, il vit un groupe de cinq élèves de troisième se diriger vers lui.
 
— Salut Marcos ! lança l'un d'eux.
— Salut les gars, répondit Marc-Antoine.
Ils discutèrent de tout et de rien pendant dix minutes qui passèrent très vite, avant que le groupe ne s'éloigne.
— Bon allez, bon appétit ! dirent-ils en partant.
Marc-Antoine resta là, riant légèrement.
 
« Qu'ils sont idiots... enfin, leurs blagues le sont », pensait-il.
Mais leur compagnie était toujours préférable à celle des sixièmes qui se chamaillent en espérant qu'il règle un « problème » qu'il ne comprenait souvent même pas.
 
Le midi se passa sans manger : aujourd'hui, il n'était pas affecté à la surveillance de la pause méridienne. Le cycle recommença : heures de cours, pauses, récréation. Durant une pause, il put appeler son frère qui n'était pas en mission à ce moment-là. Ils discutèrent près d'une heure et demie. Pour Marc-Antoine, c'était le moment le plus heureux de sa journée, même si l'idée que son frère soit au front au sein des Forces spéciales étrangères l'inquiétait.
 
La sonnerie retentit une dernière fois. Il salua ses collègues, prit un second café et réemprunta ce chemin redondant et ennuyeux pour rentrer dans son petit appartement où il vivait seul. Là, il pouvait enfin se laver, manger et travailler sur ce projet qui le passionnait tant, avant de dormir.
 
Neuf heures plus tard, le réveil sonna. « Et c'est reparti... » pensa-t-il avec ironie et agacement en s'extrayant de son lit.
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