La princesse sans élément

Autrefois, il y a cinq cents ans, vivaient cinq sœurs, chacune maitrisait un élément à part Louise : Aglaé l'air, Agnès le feu, Apolline l'eau et Constance la terre. Les cinq sœurs habitaient un château avec leur mère.
 
Un jour, un prince toqua à leur porte :
-       « Bonjour, chères demoiselles, je cherche une épouse, celle qui me fera le plus beau cadeau sera ma femme. »
Alors les cinq princesses partirent chacune de leur côté chercher le plus beau cadeau pour le prince. Louise était embêtée, elle qui ne maitrisait aucun élément, elle aurait bien du mal à égaliser ses sœurs....
De son côté, Aglaé n'avait pas eu à bien réfléchir, elle allait offrir au prince des ailes pour voler. Elle se mit au travail. Agnès, elle non plus, n'avait pas cherché longtemps, elle avait décidé de fabriquer pour le prince, une cape lui permettant de traverser les flammes.
Apolline était déjà en train de confectionner des chaussures pour marcher sur l'eau !
Quant à Constance, elle cherchait une idée...mais bien sûr ! Elle aillait fabriquer pour le prince un miroir qui reflèterait les plus beaux paysages.
Louise, désespérée, alla s'assoir au bord de la rivière. Soudain, une vieille dame arriva :
-       « Bonjour, jeune fille, ça n'a pas l'air d'aller » lui dit-elle.
Alors Louise décida de tout lui raconter.
-       « Tu sais les meilleurs cadeaux sont ceux qui viennent du cœur » lui confia-t-elle.
                                          
Depuis l'enfance, Louise était mise de côté par ses sœurs et sa mère...Lorsque ses sœurs jouaient, petites et qu'elle demandait pour jouer elle aussi, elles lui répondaient :
« Non tu ne peux pas car tu n'as pas de pouvoir ». Cette phrase elle l'avait entendu un certain nombre de fois. Sa seule amie dans son enfance avait été Blandine, âgée du même âge qu'elle. Elles étaient inséparables et Louise ne se sentait ni jugée, ni méprisée en sa présence. Malheureusement, Blandine mourut d'une grave maladie. Louise s'effondra, la seule fille du village qui l'acceptait telle qu'elle était, la seule qui l'écoutait et qui jouait avec elle...était partie et Louise se retrouvait de nouveau toute seule...
Alors Louise pensa très fort à ce que Blandine aurait fait à sa place...et soudain elle trouva l'idée parfaite !
 
De son coté, Agnès, qui voulait à tout prix épouser le prince, décida de saccager le travail d'Apolline avec qui elle ne s'entendait pas et qui pouvait gagner. Apolline qui en avait marre que Constance dirige tout, allait saboter sa création ! Quant à Aglaé, qui avait entendu dire que Agnès confectionnait une cape permettant de traverser les flammes, avait craint de perdre et se préparait donc elle aussi à détruire la cape d'Agnès.
Louise était en pleine confection du cadeau du prince, elle y mettait beaucoup d'attention et d'amour.
 
Les quatre sœurs finir par découvrir l'état de leur cadeau. Les chaussures d'Apolline avaient été coupées aux ciseaux et les lacets retirés. La cape d'Agnès était déchirée et toute sale, les ailes d'Aglaé froissées et le miroir de Constance brisé. Les quatre sœurs fulminaient, chacune s'en voulait d'avoir saboter le travail de l'autre et était furieuse de l'état de son cadeau. Elles se remirent néanmoins à la tâche.
 
Le grand jour arriva. Chaque sœur mit sa plus belle robe et se prépara avec beaucoup d'attention. Le prince arriva dans son carrosse puis descendit avec grâce. Les cinq princesses n'avaient d'yeux que pour lui.
-       « Chères princesses, j'ai attendu ce jour avec beaucoup d'impatience, je pense que cela est le cas pour vous aussi. Maintenant, offrez-moi vos cadeaux. »
Agnès s'avança d'un pas décidé vers le prince.
-       « Mon prince, je t'ai confectionné une cape pour traverser les flammes et être invisible » Le prince fit une moue perplexe. Agnès reparti déçue.
Aglaé s'approcha alors du prince sûre d'elle :
-       « Mon prince, je t'ai fabriqué des ailes pour voler et ainsi voir les plus beaux paysages ! » Constance fusilla sa sœur du regard car elles avaient eu la même idée. Quant au prince, il hocha légèrement la tête. Aglaé repartie déconfite.
Apolline marcha pleine d'espoir jusqu'au prince :
-       « Mon prince, je t'ai créé des chaussures te permettant de marcher sur l'eau. » Le prince esquiva un sourire. Apolline reparti, triste.
Enfin, Constance se dirigea vers le prince, confiante :
-       « Mon prince, j'ai inventé un miroir pour te permettre de voir les plus beaux paysages ». Aglaé jeta un regard noir à sa sœur. Le prince leur dit alors qu'il allait réfléchir.
-       « Je...vous m'avez oublié » dit Louise en s'avançant timidement vers le prince. Le prince pris la lettre qu'elle avait dans les mains, peu convaincu. Louise entendit son cœur battre la chamade. Au fur et à mesure qu'il lisait la lettre, le regard du prince s'illuminait et son sourire grandissait. Toutes ses sœurs la regardèrent ne sachant que penser.
 
Depuis ce jour, Louise et le prince vivaient heureux. Ils avaient une fille Blandine et un garçon Charles. Chaque soir avant de s'endormir, ils relisaient la lettre qui les avaient uni :
 
                                                            Cher prince,
Je ne pense pas réussir à toucher votre cœur mais ce n'est pas grave. Je ne réussirai pas à vous offrir le plus beau des cadeaux car ce sera une de mes sœurs qui le fera.  Sans élément je ne suis rien. Depuis ma plus tendre enfance, on me rejette, ma mère, mes sœurs... Quand on se rapprochait de moi c'était pour mes sœurs, jamais pour moi... Je n'ai jamais vraiment compté pour quelqu'un. A part pour Blandine, ma seule amie, que j'ai perdue. Après cela, je n'ai plus réussi à aimer et je me suis renfermée sur moi-même. Quand je vous ai vu, j'ai eu un peu d'espoir mais j'ai vite compris que je ne pouvais pas rivaliser avec mes sœurs. Ce n'est pas grave, j'avais besoin de raconter mon histoire à quelqu'un. Et ce quelqu'un, c'est vous...
 
Le prince qui s'était toujours senti très seul et n'avait jamais eu de confident se reconnu dans le témoignage sincère de Louise et à eux deux, ils ne furent plus jamais seuls.

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