La prêtresse des éléments

Sables aériens de Primarius, jour de l'éclipse.
Une silhouette avançait dans le désert. Visible de loin, tache blanche dans un paysage de dunes dorées, elle progressait en direction de la mystique forêt qui marquait la fin de son périple.
Cette silhouette appartenait à Nour, la prêtresse élémentaire.
Elle ne ressemblait à nulle autre, avec ses boucles rousses qui scintillaient au soleil, son visage décidé et ses yeux clairs. De la poussière maculait le bas de sa longue robe blanche. Ce n'était sans doute pas la tenue idéale pour traverser une zone élémentaire, mais c'était le vêtement sacré, celui qui marquait son rang.
Nour peinait à avancer alors que des vents violents l'assaillaient de face. Elle traversait le désert depuis trois jours, et était arrivée à la forêt : la lisière lui tendait les bras, si proche. Et, comme si elles avaient senti qu'elle touchait au but, les bourrasques se faisaient de plus en plus fortes.
Le temple de Primarius se trouvait au centre de la forêt primaire, et était cerné par quatre zones imprégnées de la magie des éléments. Le pont aquatique de la zone d'eau, les sables aériens de l'air, la jungle empoisonnée de la terre, et la plaine volcanique du feu. Chacune était extrêmement dangereuse et déchaînée à cette période de l'année, à l'approche de l'éclipse solaire. Seule la prêtresse pouvait les calmer.
Quand la jeune fille posa enfin le pied sur le sol de la forêt primaire, elle sentit les vents s'apaiser immédiatement.
La jeune fille leva les yeux et en resta bouche bée.
Les troncs blancs des arbres s'élançaient vers le ciel comme des piliers de marbres et soutenaient d'immenses branches qui s'entrelaçaient au-dessus de sa tête. Les frondaisons étaient une explosion de couleurs élémentaires : les feuilles étaient de toutes les nuances de rouge, de bleu, de vert et de jaune imaginables. Les rayons du soleil les transperçaient et projetaient des lumières colorées sur le sol. La jeune fille resta quelques instants ébahie devant la splendeur de la forêt sauvage, puis baissa les yeux.
En face d'elle se dressait le temple. Colonnes de pierre, arches audacieuses et gravures ancestrales se mêlaient pour former le plus bel endroit que Nour eût jamais vu. Du lierre grimpait le long des murs, les torches étaient allumées et les brises jouaient avec les feuilles élémentaires tombées au sol. Le bruit lointain d'une rivière lui confirma la présence des quatre forces élémentaires.
Elle passa le seuil.
 
*****
 
Nour s'enfonça dans le temple, le bruit de ses pas résonnant entre les colonnes. Bientôt, elle arriva dans une grande salle. La pièce était vide, hormis quatre arches sur le mur en face d'elle.
Nour s'agenouilla sur les dalles, le front contre le sol. Elle garda les yeux fermés, puis perçut un violent flash de lumière. Quand elle les rouvrit, elle n'était plus seule.
Quatre femmes, une sous chaque arche, l'observaient. La première était ronde et douce. Sa peau chocolat était abîmée de fissures. Les longues lianes fleuries qui lui servaient de cheveux tombaient jusqu'à sa taille et elle portait une splendide robe faite de végétaux. Ses yeux étaient d'un vert fabuleux. C'était la Terre, mère des forêts et des mines.
La seconde était plus fine, et sa peau était dorée comme les sables de ses plages. Des vagues écumantes encadraient son visage ovale et les éclaboussures dansaient devant ses yeux d'un bleu océan tourbillonnant. Des bracelets de coquillages ceignaient ses poignets et ses chevilles, et elle portait une longue tunique brodée de perles. C'était l'Eau, la protectrice des mers et des fleuves.
La suivante avait la peau sombre et les yeux couleur du brasier. Ses courtes mèches étaient constituées de serpentins de feu, et des ruisseaux de lave couraient sur la peau qui n'était pas cachée par sa robe noire. L'air autour d'elle était légèrement illuminé, comme par la flamme d'une bougie. L'impératrice des volcans et des braises, le Feu en personne.
La dernière portait une longue robe brumeuse. De l'électricité courait sur sa peau blanche, et des éclairs sillonnaient ses yeux laiteux. Les filaments de brouillard qui ondulaient autour de son visage étaient quelques fois éclairés par un trait de foudre. L'atmosphère semblait plus pesante autour d'elle. La reine des orages et des tornades : l'Air.
Nour savait ce qu'elle devait faire.
À la Terre, elle compta une histoire qu'elle avait écrite elle-même. Sous les yeux verts imperturbables, elle déroula son récit jusqu'à ce que les craquelures disparaissent de la peau de la divinité et soient remplacées par des feuilles irisées.
À l'Eau, elle proposa un nouveau pendentif de coquillages dorés. La déesse pencha la tête sur le côté et l'enfila. Les déferlantes de sa chevelure et les tourbillons de ses yeux s'apaisèrent.
À l'Air, elle chanta une mélodie ancienne. Les notes s'envolèrent en même temps que les éclairs, et la pression atmosphérique autour d'elle se dissipa.
Au Feu, Nour offrit une belle épée ouvragée. Le Feu la refusa. La prêtresse dégaina alors une couronne d'or. Le Feu secoua la tête et les flammes sur son crâne redoublèrent d'intensité.
Alors Nour eut une idée. Elle plongea une main dans son sac, cherchant l'objet auquel elle pensait, puis brandit fièrement sa torche. Celle qu'elle avait prévu pour son voyage, mais qu'elle n'avait pas utilisé.
Elle la tendit au Feu, qui la prit prudemment. La déesse l'alluma d'un claquement de doigts, et parut se réjouir lorsque la torche se mit à flamber. Le brasier de ses cheveux se calma, ses mèches se transformant en boucles de fumée, et le Feu soupira d'aise. Parce que le Feu, depuis qu'il était apparu, avait toujours eu peur du noir. C'était la raison pour laquelle il brillait si fort.
Les quatre divinités sourirent. Puis elles se volatilisèrent. Partout dans le monde, les crues se résorbaient, les incendies s'éteignaient, les tornades se dissipaient et les tremblements de terre cessaient.
Jusqu'à l'année prochaine, la prêtresse des éléments avait accompli son devoir.

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