ENFIN !!! La marque qu'elle attendait depuis si longtemps apparaissait sur son poignet. Elle qui depuis toute petite en rêvait. Les lignes se croisaient et s'entremêlaient pour laisser apparaitre l'élément qui changerait sa vie pour de bon.
Un scorpion, et elle pourrait manier le feu à sa guise. Un hippocampe ? Et l'eau n'aurait plus de secret pour elle. Un aigle et elle pourrait voler avec les oiseaux ! Une taupe ? Et les rochers seront ses amis.
Elle leva la tête, et en regardant les quatre animaux sacrés, elle eut le courage de regarder son poignet. Mais ce qu'elle vit la prit de cours.
Les traits avaient formé un signe inconnu, un signe qu'elle n'avait jamais vu lors des cérémonies. La forme d'un grand balbuzard, ce magnifique oiseau qui vivait dans le lac à coté du village avec ses grandes ailes et son bec crochu.
Mais il avait disparu il y a peu lors de cette terrible nuit où les éléments étaient devenus incontrôlables. Tout le village s'était demandé pourquoi il s'était volatilisé si soudainement alors que le lac où il vivait était rempli de poissons. Certains pensaient que cette nuit terrifiante l'avait apeuré. D'autres pensaient qu'il avait juste décidé de partir trouver un autre refuge pour l'hiver, qu'il reviendrait cet été, et que c'était juste du hasard qu'il soit parti pendant la nuit où les dieux s'étaient mis en colère.
Selon une légende, c'était le balbuzard qui avait guidé leur peuple jusqu'à des terres plus prospères et qu'il était lui-même guidé par les 4 grands animaux sacrés.
Mais cela ne répondait pas à sa question : pourquoi était-il inscrit sur son poignet ? Cela aurait peut-être dû l'émerveiller mais ça la terrifiait après ce qu'il s'était passé ses derniers mois.
Pendant qu'elle était perdue dans ses pensées, le druide du village était en train de demander aux nouvelles apprentis la marque qu'ils avaient reçue des dieux.
-Epsa, quelle est ton signe ?
-De quoi ?
-Quelle est ton signe ? répéta-t-il.
-Euh...
-Fait voir, dit-il en s'approchant.
Elle commença à paniquer, que dirait-il en voyant sa marque ? Serait-elle bannie du village ou serait-elle enfermée jusqu'à la fin de sa vie pour avoir reçu une autre marque que celle des dieux fondateurs ?
-Un hippocampe, très bien.
Pendant qu'elle était perdue dans ses pensées négatives, le druide avait attrapé délicatement son poignet et avait regardé sa marque.
-Un hippocampe ? dit-elle surprise.
-Tu le vois autant que moi que c'est un hippocampe, non ?
-Oui, répondit-elle timidement.
-Très bien, la cérémonie est terminée.
Cette nuit-là, elle rêva qu'elle était sur la rive du lac à côté du village. Soudain, un brouillard épais se leva et recouvrit les alentours. Une forme apparut et commença à se rapprocher de la jeune fille. Puis tout à coup la forme piqua vers elle et elle put la reconnaitre.
C'était un grand oiseau avec des plumes noires aux ailes et des plumes blanches au torse et à la tête, UN BALBUZARD PÊCHEUR !!!
Elle s'affola en voyant la lueur meurtrière dans son regard quand il fonça vers elle. Elle essaya de fuir mais il l'attrapa avec ses serres et l'envoya rouler au sol. Il reprit de l'altitude puis il repiqua vers elle. Par désespoir elle lui cria : « Arrête !»
Tout à coup, le balbuzard pêcheur sur son poignet se mit à briller. La terre gronda puis une volée de pierre surgit de nulle part et fonça sur le balbuzard, suivie par une tornade miniature et un grand jet de flammes. Mais le plus incroyable fut la grande main d'eau qui sortit du lac et plaqua le balbuzard au sol.
Même si Epsa était dans un rêve, elle se croyait presque dans la réalité tellement tout avait l'air réel.
Les quatre éléments continuaient toujours d'harceler le balbuzard en le plaquant au sol, en lui grillant le bout des ailes ou en le balançant dans tous les sens avec des tornades et des courants d'air. L'oiseau se faisait assommer par des pierres dès qu'il essayait de se dégager de l'emprise des éléments.
Epsa commença à avoir de la peine pour ce pauvre oiseau. De désespoir elle recria : « Arrêtez ! »
Par on ne sait quel coup du sort, les éléments l'écoutèrent et arrêtèrent d'attaquer ce pauvre oiseau. Ils repartirent d'où ils étaient venus.
Le balbuzard pêcheur se releva doucement. Elle eut peur qu'il la rattaque mais il n'en fit rien. Il se mit à la regarder fixement. Puis après un long moment d'attente, il parla.
- Donc c'est toi qui a eu ma marque pour cette fois, dit-il. Intéressant...
- Tu parles !?
- Oui oui je parle, les humains sont tous les mêmes... Mais bref, ce n'est pas le sujet. Si tu es ici ça veut dire que tu as reçu ma marque, il était d'ailleurs grand temps que quelqu'un la reçoive.
- Quelle marque ?
- La marque que tu as au poignet et que tu es seule à voir, c'est ma marque.
- Pourquoi j'ai eu ta marque ?
- Tous les cent ans une personne reçoit la marque du père des quatre éléments.
- Tu es le père des quatre éléments ! répondit-elle impressionnée. Mais je croyais que tu nous avais guidé jusqu'ici en étant guidé toi-même par les quatre éléments.
- C'est moi qui vous ai guidé jusqu'ici c'est vrai, mais je guidais en même temps les quatre éléments.
- Mais pourquoi m'avoir attaqué alors ?
- Pour porter ma marque, il faut la mériter. C'est en me battant que tu prouves ta bravoure et que tu es digne de porter mon signe.
- Mais tu n'es pas censé être plus fort que les éléments ?
- Tu penses vraiment que là j'ai sorti toute ma puissance ? Mais bon ce n'est toujours pas le sujet de ta venue ici. Tous les cent ans les éléments deviennent instables pour je ne sais quelle raison et donc un jeune du village est choisi pour calmer les éléments. Pour ça tu dois te rendre rapidement au lac cette nuit et remettre dans le droit chemin les éléments. Bonne chance.
A ce moment-là, elle se réveilla en sursaut dans son lit en bois.
En courant, elle arriva au lac en sueur. Elle pensa très fort aux éléments et tout ce qu'elle avait vécu dans sa vie. Puis elle envoya toute la force de ses pensées dans sa voix et dit : « Calmez-vous !»
Un grand calme s'ensuivit...